A Séville, en Espagne la 4e Conférence internationale sur le financement du développement (FfD4) s’est tenue dans un contexte marqué par une fermeture inquiétante de l’espace civique. Pour de nombreuses organisations de la société civile, cet événement a illustré les inégalités systémiques du système financier mondial, tout en limitant fortement leur participation effective.« Le processus d’engagement de la société civile lors du FfD4 a reflété les inégalités de pouvoir et les disparités de l’ordre financier mondial auxquelles nous sommes confrontés », a déclaré Zainab Shumail du Forum Asie-Pacifique sur les femmes, le droit et le développement (APWLD).« L’espace du FfD4 a été conçu pour nous isoler des gouvernements. Nous avons été soumis à des restrictions strictes et à un accès limité. »Parmi les mesures jugées excessives : l’interdiction d’objets pourtant anodins, comme des éventails en papier arborant des slogans tels que « La dette tue le développement », ou encore des autocollants aux messages jugés trop « politiques » sur les ordinateurs portables. Même les documents de plaidoyer produits par les ONG ont été filtrés à l’entrée.« Il faisait 40 à 45 °C à Séville. Nous n’avions même pas le droit d’entrer dans les salles avec des éventails portant des messages critiques. Nos rapports, fruits de témoignages de terrain, ont été refusés à l’entrée. C’est une atmosphère de surveillance, de restriction et de censure », a déploré Zainab.Une participation inégalitaire et frustrantePour Mabel Bianco, de l’organisation argentine FEIM, cette marginalisation reflète une stratégie délibérée de mise à l’écart de la société civile :« Nous n’avons pas été autorisées à participer sur un pied d’égalité. Mais nous ne devons pas céder à la frustration. Le vrai échec serait d’abandonner la lutte. Nous perdons uniquement lorsque nous cessons de nous battre. »Un agenda trahi et des fausses solutionsPour les militantes féministes, le contenu même de la conférence a également été une source de désillusion. Shereen Talaat, fondatrice du MENA Fem Movement, n’a pas mâché ses mots :« La FfD4 a trahi les droits des femmes, les peuples et notre planète. Ce n’était pas une conférence sur le financement du développement, mais un théâtre pour ressusciter un système multilatéral en perte de crédibilité, notamment depuis la pandémie de COVID. »« Sous le label de la Plateforme d’action de Séville, 130 soi-disant ‘initiatives’ ont été présentées : de véritables fausses solutions. »Elle a également rappelé que seulement 4 % de l’Aide publique au développement (APD) sont consacrés à l’égalité des sexes, et moins de 1 % vont directement aux organisations féministes. Pourtant, selon ONU Femmes, un déficit de 420 milliards de dollars doit être comblé chaque année pour espérer atteindre l’égalité des sexes dans les pays en développement.Une disjonction entre droits humains et financeSwetha Sridhar, de Fòs Feminista, a souligné l’absence flagrante de transversalité dans les discussions : « La dette, la fiscalité, le commerce et la justice sont intimement liés aux droits sexuels et reproductifs. Or, à la FfD4, ces liens ont été ignorés. On a délibérément séparé les discussions économiques des enjeux de genre et de droits humains. »Elle dénonce une tendance globale dans les instances internationales : cantonner les droits humains à des espaces spécifiques (comme la CSW Commission de la condition de la femme des Nations Unies), au lieu de les considérer comme des principes transversaux aux Objectifs de développement durable (ODD).Mabel Bianco abonde dans le même sens : Le processus de la CSW ne doit pas être un prétexte pour reléguer l’égalité des sexes dans une case à part. Les gouvernements ne peuvent pas continuer à accepter ou refuser la participation de la société civile selon leur bon vouloir. L’égalité des sexes et les droits humains doivent être intégrés dans toutes les discussions. »Babacar sene Journal Agropasteur
