Des organisations paysannes et de la société civile ont exprimé leur vive préoccupation après leur absence des discussions lors de l’atelier sous-régional consacré au secteur des semences, organisé à Abidjan par le Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricoles (CORAF) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) souligne le communiqué de presse de l’AFSA.
Réunies autour de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), ces organisations estiment que les acteurs ayant une longue expérience des systèmes semenciers paysans ont été largement marginalisés, alors même que ces systèmes constituent, selon elles, le socle de la production alimentaire du continent poursuit -il.
« L’avenir des semences en Afrique ne peut être décidé dans des salles où les paysans sont absents. Si nous voulons des systèmes alimentaires résilients, les paysans doivent être au centre des décisions politiques et d’investissement », ont-elles déclaré dans une prise de position commune.
L’atelier d’Abidjan visait à définir des orientations stratégiques régionales pour le développement du secteur semencier en Afrique de l’Ouest et du Centre.
Tout en reconnaissant l’importance d’un dialogue régional sur les systèmes semenciers, l’AFSA et ses partenaires avertissent que le processus actuel risque de porter atteinte aux droits des paysans en marginalisant leurs pratiques traditionnelles, telles que les banques communautaires de semences, les foires semencières ou encore les initiatives participatives de sélection variétale.
« Toute stratégie sur les semences qui exclut les paysans et leurs organisations est fondamentalement viciée », a affirmé Alihou Ndiaye, coordinateur du Comité ouest africain des semences paysannes (COASP), membre de l’AFSA.
« Les paysans ne sont pas des acteurs périphériques. Ils sont les gardiens et les innovateurs des systèmes semenciers qui nourrissent l’Afrique. Les politiques doivent être élaborées avec eux, et non pour eux. »
Les organisations rappellent que les droits des agriculteurs sont garantis par plusieurs cadres juridiques internationaux, notamment la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des personnes travaillant en milieu rural (UNDROP) ainsi que l’article 9 du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture (TIRPAA).
Selon elles, ignorer les systèmes semenciers paysans reviendrait à négliger une réalité largement documentée. Des études de l’Union africaine indiquent en effet que 80 à 90 % des semences utilisées par les agriculteurs africains proviennent de ces systèmes locaux, souvent qualifiés d’« informels ».
« Qualifier les semences paysannes d’“informelles” ou d’inférieures, c’est ignorer qu’elles fournissent la majorité des semences utilisées en Afrique », a souligné Famara Diédhiou, coordinateur du groupe de travail sur les semences de l’AFSA.
« Ces semences sont diverses, résilientes et adaptées aux conditions locales. »
Un appel à aligner les politiques régionales sur les orientations de l’Union africaine par les organisations qui rappellent que, dans le cadre du Programme détaillé pour le développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA), l’Union africaine reconnaît désormais les systèmes semenciers paysans et indigènes comme essentiels à la transformation agricole et à la résilience climatique.
Elles plaident ainsi pour des cadres réglementaires fondés sur une reconnaissance équitable des différents systèmes semenciers, avec des règles adaptées à leurs spécificités, plutôt qu’une harmonisation qui risquerait de marginaliser les variétés locales.
D‘où la Vigilance à aquelle appelle Jean-Paul Sikeli, de la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN) face aux régimes de protection variétale
Les organisations de la société civile se disent également préoccupées par certaines propositions de simplification des systèmes de certification, perçues comme susceptibles de considérer les variétés paysannes comme de moindre qualité.
Elles mettent en garde contre les pressions exercées en faveur de l’adhésion au régime de protection des obtentions végétales de l’UPOV, qu’elles jugent inadapté aux réalités agricoles africaines.
« Nous ne pouvons pas permettre au régime de l’UPOV de détruire le patrimoine génétique de l’Afrique. Nos systèmes semenciers doivent protéger la diversité et les droits des paysans, et non imposer une uniformité industrielle », a déclaré Jean-Paul Sikeli, de la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN).
L’AFSA et ses organisations partenaires appellent le CORAF, la FAO et les institutions régionales à garantir, dans les prochains processus, une participation pleine et effective des organisations paysannes et de la société civile, afin de construire des politiques semencières inclusives.
Elles se disent néanmoins disposées à poursuivre un dialogue constructif avec les décideurs pour élaborer des stratégies « centrées sur les paysans » et capables de renforcer durablement les systèmes alimentaires africains.
Babacar Sene Journal Agropasteur