Après deux semaines de négociations consacrées à la lutte contre la dégradation des terres, la désertification et la sécheresse, la 17e session de la Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (COP17 de la CNULCD) s’est achevée à Oulan-Bator avec une ambition clairement affichée : passer des engagements à l’action.La conférence a réuni les principaux leviers nécessaires à la mise en œuvre : décisions politiques, données scientifiques, financements, projets prêts à l’investissement, partenariats et participation accrue des populations qui vivent et travaillent sur les terres.Parmi les annonces majeures figure un portefeuille de financements de 1,3 milliard de dollars destiné à soutenir la restauration des terres et la résilience face à la sécheresse dans 23 pays répartis sur cinq continents. Sur cette enveloppe, 644,5 millions de dollars correspondent à de nouveaux financements, dont 216,4 millions sont déjà confirmés et en cours de mise en œuvre.La COP17 a accordé une place centrale aux parcours et aux éleveurs, dans le contexte de l’Année internationale des parcours et des éleveurs proclamée par les Nations Unies.Les pâturages couvrent environ 54 % de la surface terrestre, font vivre près de deux milliards de personnes et sont gérés par quelque 500 millions d’éleveurs. Pourtant, ces espaces demeurent insuffisamment pris en compte dans les politiques publiques et les investissements internationaux.Lancée à Oulan-Bator, l’Initiative phare pour les parcours mobilise à elle seule 1,2 milliard de dollars à travers 45 projets, constituant, selon la CNULCD, la plus importante mobilisation de ressources jamais consacrée aux parcours dans l’histoire de la Convention.Une nouvelle analyse économique présentée lors de la COP17 estime par ailleurs que les pâturages génèrent chaque année entre 21 et 47 billions de dollars de services écosystémiques, grâce notamment à la production alimentaire, à l’approvisionnement en eau, au stockage du carbone et à la conservation de la biodiversité.La restauration des pâturages pourrait générer entre 4 et 6 dollars de bénéfices pour chaque dollar investi, et jusqu’à 36 dollars lorsque sont intégrés les bénéfices publics plus larges, notamment ceux liés à l’eau.La question de la sécheresse a également occupé une place centrale dans les travaux.Plus de 70 pays disposent désormais de plans nationaux de lutte contre la sécheresse, contre seulement trois en 2013. Mais les financements et les capacités de mise en œuvre demeurent encore insuffisants face à l’ampleur croissante du phénomène.Les Parties ont ainsi appelé à renforcer la mobilisation des ressources financières, les capacités nationales et la coopération technique, notamment en faveur des pays africains et des autres pays en développement particulièrement vulnérables.Le Partenariat mondial de Riyad pour la résilience face à la sécheresse, lancé lors de la COP16, a également progressé vers sa mise en œuvre opérationnelle. Ses partenaires travaillent notamment à la création d’un fonds commun susceptible de soutenir environ 70 pays à revenu faible ou intermédiaire, à travers le renforcement des capacités, des projets prêts à l’investissement et des financements dédiés à la résilience.La COP17 a également vu le lancement du Mécanisme d’investissement pour la résilience à la sécheresse (DRIF), créé conjointement par la CNULCD et le Luxembourg avec le soutien de l’Alliance internationale pour la résilience à la sécheresse.Cette nouvelle plateforme ambitionne de mobiliser jusqu’à 400 millions de dollars de capitaux publics et privés pour financer la sécurité hydrique, l’agriculture durable, les solutions fondées sur la nature et la restauration des terres.Malgré ces annonces, l’écart entre les besoins et les financements disponibles reste considérable.Selon les données présentées à Oulan-Bator, quelque 355 milliards de dollars par an seraient nécessaires d’ici à 2030 pour respecter les engagements mondiaux en matière de restauration des terres. Les investissements actuels ne dépassent pas environ 77 milliards de dollars par an, laissant apparaître un déficit annuel de près de 278 milliards de dollars.Le financement privé ne représente actuellement qu’environ 6 % des investissements mondiaux consacrés à la restauration des terres.La COP17 a donc cherché à faciliter l’accès aux capitaux privés en encourageant le recours aux garanties, aux capitaux de première perte, aux assurances et aux mécanismes de préparation de projets, afin de transformer les plans de restauration en projets susceptibles d’attirer les investisseurs.Dans cette dynamique, la Mongolie a lancé son premier centre national Business 4 Land (B4L), accompagné de principes de finance durable, d’une taxonomie verte nationale et d’un objectif visant à porter les prêts verts à 10 % d’ici 2030. La Russie a également lancé son propre centre national, tandis que le Luxembourg a créé une fondation B4L et que l’Allemagne a soutenu un groupe d’experts spécialisé dans la finance B4L.La COP17 a également enregistré de nouvelles avancées vers la neutralité en matière de dégradation des terres (NDT).Le Brésil a présenté un nouvel objectif volontaire de NDT pour 2030 comprenant 17 sous-objectifs. L’engagement prévoit notamment la récupération ou la restauration de plus de 163 000 km², notamment à travers la restauration de la végétation indigène et le développement de systèmes agroforestiers.En parallèle, environ 3,51 millions de km² sont concernés par des mesures de prévention de la dégradation fondées sur la conservation et la gestion durable des terres.En Asie centrale, les cinq pays de la région ont adopté des objectifs volontaires de NDT. Plus de 80 millions d’hectares, soit plus d’un quart de la région, sont cependant déjà dégradés, affectant environ 24 millions de personnes.La COP17 a également renforcé le rôle de la science dans la lutte contre la dégradation des terres et la sécheresse.La deuxième phase de l’Observatoire international de la résilience à la sécheresse a notamment introduit un premier indice mondial de résilience à la sécheresse. Cet outil doit permettre aux pays de mieux évaluer leur capacité à anticiper, se préparer et s’adapter aux épisodes de sécheresse, mais aussi de mieux orienter leurs politiques publiques et leurs investissements.Les nouvelles données présentées à Oulan-Bator ont également permis de mieux mesurer le coût économique et humain de la dégradation des terres, tout en mettant en évidence les bénéfices économiques de la restauration des écosystèmes.Les peuples autochtones et les communautés locales davantage entendusAutre avancée importante : la COP17 a accueilli les premières réunions officielles du Caucus des peuples autochtones et du Caucus des communautés locales de la CNULCD, créés à la suite d’une décision adoptée lors de la COP16 à Riyad.La conférence a enregistré la plus importante représentation de peuples autochtones jamais réunie à une COP de la CNULCD.Les peuples autochtones, les éleveurs et les communautés locales ont notamment plaidé pour le renforcement des droits fonciers et de la mobilité, un accès direct accru aux financements, une participation effective à la prise de décision et une meilleure reconnaissance des savoirs traditionnels.La place des femmes et des jeunes a également été mise en avant, avec des appels à investir davantage dans la jeunesse comme force motrice de la restauration des terres et de la résilience face à la sécheresse.
Pays hôte de la COP17, la Mongolie a placé la question des parcours au centre de sa présidence.
Selon Son Excellence Battsetseg Batmunkh, ministre des Affaires étrangères de Mongolie et présidente de la COP17, le pays a œuvré à créer « un climat ouvert, transparent, inclusif et axé sur le consensus » afin de rapprocher les positions des Parties et d’aboutir à des résultats concrets.De son côté, Son Excellence Sandag-Ochir Tsend, ministre mongol de l’Environnement et du Changement climatique et président du Comité national d’organisation de la COP17, a souligné que l’un des principaux résultats pour la Mongolie réside dans le soutien international obtenu en faveur du « Plan pour les steppes », présenté comme un héritage politique majeur de la conférence.Dans ce cadre, trois initiatives internationales ont été officiellement lancées : l’Initiative phare pour les parcours, l’Initiative sur le lien eau-terre et l’Initiative pour des solutions fondées sur la nature pour des infrastructures durables.Pour les autorités mongoles, ces initiatives doivent contribuer à créer de nouvelles opportunités de projets, renforcer la coopération internationale et mobiliser davantage d’investissements.Pour la secrétaire exécutive de la CNULCD, Yasmine Fouad, Oulan-Bator devait être une « COP de mise en œuvre ».« Nous repartons avec une architecture plus solide, indispensable pour y parvenir : des décisions politiques, une science plus rigoureuse, des mécanismes de financement innovants, des filières d’investissement et des partenariats capables de déployer les solutions à grande échelle », a-t-elle déclaré.Mais le véritable bilan de la COP17 se mesurera désormais sur le terrain : capacité des pays à mieux se préparer aux sécheresses, restauration effective des terres et des pâturages, accès des projets aux financements et amélioration des conditions de vie des populations dépendantes des ressources naturelles.À l’issue de négociations soutenues, les Parties ont décidé de poursuivre les discussions sur la gestion proactive de la sécheresse lors de la COP18, qui devrait se tenir en Égypte en 2028.La sécheresse restera un point spécifique de l’ordre du jour de la COP18 et des sessions ordinaires suivantes. Les travaux devront s’appuyer sur les avancées enregistrées à Riyad et à Oulan-Bator afin de parvenir à une décision sur la gestion proactive de la sécheresse à tous les niveaux.L’Égypte a d’ores et déjà souligné la nécessité de renforcer les approches intégrées entre dégradation des terres, changement climatique et perte de biodiversité, afin de consolider la sécurité alimentaire et hydrique et la résilience des populations.Après Oulan-Bator, le défi est donc clairement posé : transformer les engagements en investissements, les investissements en projets et les projets en résultats concrets. La COP18 devra être le prochain grand rendez-vous pour mesurer cette transformation.Babaclimat Journal Agropasteur