La question de la souveraineté scientifique et de la reconnaissance des semences paysannes au Sénégal revient au cœur des débats entre chercheurs et acteurs du secteur agricole. Selon plusieurs experts, la période postindépendance a laissé place à des pratiques de coopération scientifique peu adaptées aux réalités locales. « L’une des failles est que nous ne pouvons pas faire la même chose chez eux », souligne un spécialiste, tout en rappelant que le pays dispose aujourd’hui de ressources humaines formées dans les mêmes écoles et instituts que leurs homologues internationaux.Parmi les points de tension, certains chercheurs citent le rôle de structures comme le CIRAD et le CORAF, qu’il conviendrait de réexaminer dans le cadre d’une renégociation des partenariats scientifiques.Un autre blocage majeur concerne la législation nationale sur les semences. La loi actuelle ne reconnaît pas les semences paysannes, ce qui limite considérablement la liberté de recherche et favorise les intérêts des firmes internationales. À titre de comparaison, le Burkina Faso a adopté une loi alignée sur le traité international TIRPAA, garantissant des droits effectifs aux paysans et à leurs semences. « Pourquoi ici, sommes-nous bloqués ? Les chercheurs veulent simplement travailler dans l’égalité », dénonce une spécialiste du secteur.La question de la souveraineté scientifique se pose également dans le cadre des projets de biotechnologie. L’ISRA est impliqué dans le projet de niébé transgénique (Bt), coordonné par l’AATF au Kenya et financé par des acteurs internationaux tels que la fondation Bill Gates. Certains s’interrogent sur la pertinence de ce choix pour les paysans sénégalais et sur l’origine des semences importées, provenant notamment du Nigeria ou du Ghana où le niébé Bt est déjà autorisé.Face à ces défis, les chercheurs et acteurs agricoles appellent à un réexamen des politiques de développement et de recherche, afin que les systèmes scientifiques contribuent réellement à la souveraineté alimentaire et aux intérêts des producteurs locaux.Babacar sene Journal Agropasteur
