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Thiès a abrité la deuxième conférence annuelle de la Plateforme régionale des acteurs de la filière lait local en Afrique de l’Ouest et au Tchad, organisée par l’Association pour la promotion de l’élevage au Sahel et en Savane (APESS). Une rencontre majeure, unanimement saluée par les acteurs, qui y voient une étape décisive dans la promotion du lait local et la construction d’une véritable souveraineté laitière régionale.Réunissant des organisations paysannes, des réseaux d’éleveurs, des responsables institutionnels et des partenaires techniques, la conférence a offert un espace d’échanges sur les défis structurels de la filière, mais surtout sur les solutions portées par les acteurs eux-mêmes.Une rencontre porteuse d’espoir pour l’autosuffisance laitière pour laquelle les acteurs ont tenu à faire savoir leur perception .Pour Moussa Demba Asséte, Coordonnateur de l’Unité de coordination pays de l’APESS au Sénégal, la tenue de cette conférence au Sénégal est hautement symbolique.« Beaucoup de pays membres de l’APESS, aussi bien en zone de savane qu’au Sahel, sont représentés ici. Nous sommes ravis d’accueillir cette rencontre et de saluer les efforts du Sénégal, dont l’approche en matière de promotion du lait local est aujourd’hui citée en modèle », a-t-il souligné.Selon lui, la dynamique engagée ouvre la voie à une autosuffisance laitière tant attendue, susceptible de réduire les importations de produits laitiers et d’améliorer durablement la balance commerciale des pays de la région, avec des impacts positifs sur les revenus des producteurs et sur l’environnement.Mais cette ambition, précise-t-il, reste conditionnée à un accompagnement fort de l’État, notamment à travers la mise en place d’infrastructures de transformation, de stockage et de conservation, l’accès aux équipements, l’amélioration des pâturages et le renforcement des capacités des acteurs.« La transformation constitue une véritable plus-value. Elle est au cœur de la solution pour stopper les importations », insiste-t-il, saluant au passage l’engagement des autorités sénégalaises, notamment Dr Fafa Sow de la DIA/MASAE, pour le développement de la filière lait local.La plateforme régionale, un outil de réponse collective aux défis et s’impose comme une identité du développement et de la promotion de la filiére Lait locale.Une lecture dont fait fi Dodo Boureima, Président du Réseau Billital Maroobé et Président de la Plateforme régionale lait local qui estime que la conférence confirme la pertinence de l’Offensive régionale engagée par les acteurs face aux nombreux défis de la filière.« Notre élevage est majoritairement transhumant, avec une production laitière ambulante, ce qui entraîne d’énormes pertes », explique-t-il. D’où, selon lui, l’urgence de structurer la collecte du lait et de la connecter aux centres urbains, afin de répondre à la demande nationale.Il rappelle que le lait est un produit hautement périssable, nécessitant des solutions de conservation adaptées et l’amélioration des techniques traditionnelles. « Le développement du lait local contribue non seulement à la souveraineté alimentaire, mais aussi à la création d’emplois, à la génération de revenus et à la diversification agricole », affirme-t-il.Toutefois, le potentiel reste freiné par le manque d’infrastructures, l’enclavement, le mauvais état des routes et l’insuffisance énergétique, pour laquelle la solarisation apparaît comme une alternative crédible. D’où l’appel renouvelé aux États et aux partenaires pour un accompagnement accru des acteurs, souvent vulnérables.Le concept “Mon lait est local”, est une vision à mettre à l’échelle estime de son côté, Amadou Amédine Dicko, Émir de Barawoulé et Président du Conseil d’administration de l’APESS, que son organisation a très tôt compris la portée stratégique.« Nous avons cherché des partenaires pour relever les défis liés à la conservation, au stockage, à la collecte et aux infrastructures. Malgré les difficultés, notre approche a été concluante », a-t-il déclaré, plaidant pour une mise à l’échelle régionale, à l’image de l’expérience sénégalaise.L’insécurité, un frein majeur à la filière, une dimension sécuritaire qui a été fortement mise en avant par Oumou Sankaré, membre d’une organisation paysanne du Mali, qui a tenu à magnifier l’importance de la rencontre.« L’insécurité selon elle, constitue aujourd’hui un obstacle majeur à la collecte et à la commercialisation du lait », a-t-elle alerté, évoquant la baisse de la demande, le rétrécissement des pâturages et les restrictions de mouvement des hommes et des animaux.Pour elle, consommer local, c’est aussi assurer la sécurité et la souveraineté alimentaires. Elle appelle les autorités à soutenir davantage les producteurs, à améliorer les races locales et à créer des espaces sécurisés d’élevage.« Même quand le lait est produit, il n’y a parfois pas de vente à cause de l’insécurité. Pourtant, consommer sahélien fait partie de notre identité », a-t-elle déploré.D’où un plaidoyer collectif pour une filière stratégique qui s’impose au terme des échanges où les acteurs devront s’accorder sur un point : la filière lait local dispose d’un potentiel énorme, mais nécessite des politiques publiques volontaristes, intégrant sécurité, infrastructures, énergie et transformation.La conférence de Thiès apparaît ainsi comme un cadre stratégique de concertation, porteur d’une vision commune pour faire du lait local un pilier du développement et de la souveraineté alimentaire en Afrique de l’Ouest et au Sahel.

Babacar Séne Journal Agropasteur

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