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Face à la montée des offensives anti-droits et au recul du multilatéralisme, des défenseur·e·s des droits humains appellent à renforcer l’utilisation de l’Examen périodique universel (EPU) pour transformer le plaidoyer en un véritable mécanisme de responsabilisation fondé sur des données probantes, notamment en matière d’égalité des sexes et de droit à la santé.Avant même le début de l’année 2026, la communauté internationale n’était déjà pas en bonne voie pour atteindre les objectifs d’égalité des sexes, de droit à la santé et de justice sociale. Les violences basées sur le genre, notamment celles perpétrées par des partenaires intimes, n’ont pratiquement pas reculé depuis l’an 2000. Pire, alors que la communauté internationale s’était engagée à éradiquer les mutilations génitales féminines d’ici 2030, leur prévalence a augmenté de 15 % au cours des huit dernières années.L’année 2026 s’est en outre ouverte dans un contexte mondial marqué par une contestation accrue de l’égalité des genres et des droits humains, illustrée notamment par le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales, dont 31 entités des Nations Unies engagées pour l’égalité des sexes, à l’image d’ONU Femmes. Une position que quelques autres pays semblent également suivre.

Une offensive mondiale contre les droits humains pour laquelle  « Nous devons reconnaître le lien pernicieux entre l’injustice de genre, le patriarcat, le capitalisme, la militarisation et le fondamentalisme religieux », a déclaré Shobha Shukla, coordinatrice du programme SHE & Rights. Elle a salué la résilience des féministes et des défenseur·e·s de première ligne qui, malgré les reculs, continuent de protéger les acquis en matière de santé, de droits et de sécurité des femmes, des filles et des personnes de diverses identités de genre.

La Dre Mabel Bianco, médecin militante, figure du féminisme en Amérique latine et présidente fondatrice de la Fondation pour les études et la recherche sur les femmes (FEIM) en Argentine, a exprimé de vives inquiétudes face au retrait américain des agences onusiennes, notamment de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). « Ce retrait traduit un désintérêt manifeste pour l’égalité des sexes, le droit à la santé et les droits humains. Il a également provoqué une crise financière pour de nombreux programmes de développement, en raison de la suspension brutale des financements américains », a-t-elle souligné, tout en notant que certains pays ont renforcé leurs contributions, offrant ainsi des signaux encourageants.

Une crise du multilatéralisme, mais pas une fatalité selon Dr Dre Bianco  intervenant lors de la conférence SHE & Rights de janvier 2026, organisée par plusieurs organisations internationales ; elle a en outre   rappelé le rôle historique des États-Unis dans le financement de programmes de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme dans les pays à revenu faible et intermédiaire. « L’arrêt soudain de ces financements est profondément perturbateur, notamment pour les services de santé sexuelle et reproductive », a-t-elle déploré.

Pour Paola Salwan Daher, directrice principale de l’action collective chez Women Deliver, la situation actuelle est marquée par la montée d’une masculinité hégémonique, de l’extrême droite et de discours remettant en cause les droits des femmes et des groupes marginalisés. « Le patriarcat ne prend jamais de vacances, mais les mouvements féministes non plus », a-t-elle affirmé, rappelant l’héritage des mobilisations autour de Pékin (1995) et du Caire (1994).

Elle a également évoqué une crise structurelle du multilatéralisme, exacerbée par le deux poids, deux mesures dans l’application du droit international. « Nous ne voulons pas d’un monde sans multilatéralisme. Il est temps de le repenser pour le rendre plus humain, plus responsable et véritablement redevable », a-t-elle plaidé.

L’EPU reste véritablement un outil stratégique de responsabilisation ;dans ce contexte, l’Examen périodique universel (EPU) apparaît comme un mécanisme central pour exiger des comptes aux gouvernements. « L’EPU est l’un des outils les plus accessibles dont disposent les défenseurs des droits humains pour demander des comptes aux États », a rappelé Paola Salwan Daher, tout en soulignant l’importance des organes conventionnels et des procédures spéciales des Nations Unies.

La Dre Virginia Kamowa, responsable de l’engagement régional et national au Centre mondial pour la diplomatie et l’inclusion en matière de santé (CeHDI), a expliqué que l’EPU examine l’ensemble des 193 États membres de l’ONU tous les quatre ans. « Il s’agit du seul mécanisme onusien qui évalue régulièrement, de manière universelle, le respect des obligations des gouvernements en matière de droits humains », a-t-elle précisé.

Selon elle, l’EPU établit un cadre clair de responsabilisation : les recommandations sont publiques, les États peuvent les accepter ou les rejeter, et les progrès sont évalués à intervalles réguliers. « Globalement, 76 % des recommandations de l’EPU sont acceptées, et ce taux atteint 82 % pour celles relatives à la santé », a-t-elle indiqué, soulignant les avancées concernant la santé maternelle, indicateur clé du droit à la santé.

Du plaidoyer moral à la redevabilité fondée sur les preuves ; Cette dynamique est d’autant plus cruciale que les reculs mondiaux ont des répercussions directes au niveau national. Au Népal, par exemple, un éventuel désengagement international pourrait fragiliser des avancées majeures en matière de santé maternelle et de représentation politique des femmes, a averti Tushar Niroula, militant pour la justice de genre.

« En transformant les engagements en obligations mesurables, l’EPU permet de relier les réalités locales aux promesses internationales », a résumé la Dre Kamowa. « Il renforce le plaidoyer en le faisant passer d’appels moraux à une redevabilité fondée sur des données probantes. »

Avortement et droits reproductifs : des combats toujours d’actualité aux Philippines, où les lois sur l’avortement comptent parmi les plus restrictives au monde, ; le réseau PINSAN appelle à la dépénalisation de l’avortement. « Il ne s’agit pas de légalisation, mais de mettre fin à la criminalisation des femmes et des prestataires de soins », a expliqué Pauline Fernandez, coordinatrice du réseau. Elle a dénoncé le rejet, par le gouvernement philippin, des recommandations de l’EPU appelant à dépénaliser l’avortement, au nom de valeurs culturelles et religieuses.

D’où un appel à l’action collective alors  que plusieurs pays, dont le Rwanda, Sainte-Lucie, la Namibie ou encore le Mozambique, sont ou seront examinés dans le cadre de l’EPU en 2026, les défenseur·e·s des droits humains appellent à une mobilisation accrue. Gouvernements, parlements, institutions publiques, société civile et communautés sont invités à jouer pleinement leur rôle pour transformer les engagements internationaux en changements concrets.

« Sans contrôle public, les engagements de l’EPU risquent de rester lettre morte », a conclu la Dre Virginia Kamowa. Un rappel fort que, face aux reculs, la vigilance citoyenne et la solidarité internationale demeurent indispensables pour faire progresser l’égalité des genres et les droits humains.

Babacar sene Journal Agropasteur

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