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L’agriculture sahélienne est appelée à s’intensifier pour répondre aux défis alimentaires croissants, mais elle ne peut emprunter la voie classique de l’agriculture conventionnelle. Face à des sols fragiles, un climat semi-aride et des infrastructures encore insuffisantes, les systèmes de production doivent miser sur la résilience, l’optimisation des ressources locales et la durabilité.C’est dans cette dynamique que se déploient, au Sénégal, au Burkina Faso et au Mali, plusieurs initiatives de transition agroécologique accompagnées par le Cirad et ses partenaires.Au Sénégal, la transition agroécologique s’est traduite par l’organisation d’une Caravane de l’agroécologie, menée durant une vingtaine de jours pour sensibiliser, former et partager les expériences réussies entre producteurs, chercheurs et acteurs du développement. Cette démarche s’inscrit dans un processus plus large de territorialisation des pratiques agroécologiques, notamment dans le département de Fatick.Au Burkina Faso, la territorialisation a été expérimentée dans la province du Tuy à travers des ateliers de prospective réunissant agriculteurs, organisations paysannes, ONG et collectivités locales afin de co-construire des systèmes agricoles adaptés aux réalités locales.Entre 2020 et 2025, instituts de recherche européens et africains ont collaboré dans le cadre du projet FAIR Sahel, cofinancé par l’Union européenne et l’Agence française de développement à hauteur de neuf millions d’euros.L’originalité de ce programme repose sur une approche holistique combinant dimensions technique, organisationnelle et socio-culturelle. Plus de 350 producteurs ont été directement impliqués dans l’expérimentation et l’adaptation des solutions sur le terrain, dans une dizaine de localités couvrant différentes zones écologiques sahéliennes.Les travaux ont permis d’identifier quatorze systèmes agroécologiques adaptés aux conditions locales, validés par les exploitants eux-mêmes.L’un des principaux enseignements du projet est que l’agroécologie n’est pas une innovation importée, mais une réalité déjà présente dans les pratiques agricoles sahéliennes.La phase de diagnostic a mis en évidence une grande diversité de techniques mobilisées par les producteurs : fertilisation organique, associations culturales, valorisation des résidus agricoles ou encore intégration agriculture-élevage.Au Mali, par exemple, l’usage de fumures organiques issues de matières animales ou végétales constitue une pratique courante, témoignant d’une gestion intégrée des ressources naturelles.Dans certaines localités sénégalaises, les agriculteurs ont même orienté les chercheurs vers des associations culturales inattendues, comme la combinaison arachide-niébé, démontrant que l’expérimentation paysanne peut parfois devancer les recommandations scientifiques classiques.Pour favoriser la co-conception des solutions, le projet a mis en place des « champs centraux » au sein d’exploitations partenaires. Ces parcelles ont servi à la fois de sites d’essai, de démonstration et de formation, facilitant les échanges entre scientifiques, agriculteurs, organisations paysannes et acteurs du développement.L’intensification agroécologique repose sur la recherche de synergies entre cultures, élevage et ressources naturelles, mais aussi entre acteurs.Ainsi, travailler sur la fertilisation organique implique de collaborer avec les éleveurs ; développer les cultures d’arachide suppose de s’insérer dans les chaînes de transformation et de commercialisation.Le projet a également associé les structures nationales de développement rural afin d’assurer la pérennité des innovations au-delà de la durée de la recherche.Les résultats de FAIR Sahel se traduisent aujourd’hui par des changements d’échelle selon trois modalités :Une dissémination horizontale, avec la réplication des pratiques dans d’autres territoires, notamment à travers les Caravanes de l’agroécologie qui favorisent l’apprentissage entre pairs ;Une dissémination verticale, visant l’intégration de l’agroécologie dans les politiques publiques, référentiels nationaux et dispositifs institutionnels ;Une dissémination en profondeur, qui agit sur les mentalités grâce à la formation, la sensibilisation et le plaidoyer.L’approche agroécologique impose de repenser les temporalités des projets agricoles. Si les innovations techniques peuvent produire des résultats rapides, la transformation des organisations sociales et économiques nécessite davantage de temps.Les chercheurs soulignent ainsi l’importance d’une continuité entre projets afin de consolider les acquis et d’ancrer durablement les changements. Au Sénégal, certains programmes récents s’inscrivent déjà dans l’héritage direct des innovations issues de FAIR Sahel.Au-delà des expérimentations, l’agroécologie apparaît aujourd’hui comme une voie stratégique pour renforcer la sécurité alimentaire du Sahel tout en préservant les ressources naturelles.Elle repose sur une conviction partagée par les chercheurs et les producteurs : l’avenir de l’agriculture sahélienne passe moins par l’intensification chimique que par l’intelligence des écosystèmes et la valorisation des savoirs locaux.Babacar Séne Journal Agropasteur ( CIRAD 2026)

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