Réunis autour d’une même table, responsables d’organisations paysannes, journalistes et partenaires ont engagé un dialogue franc sur la faible visibilité médiatique de ce secteur qui nourrit pourtant l’essentiel des populations ouest-africaines. Au cœur des échanges il s’agit de construire un nouveau récit, plus proche des réalités des terroirs, afin de replacer les exploitations familiales au centre du débat public.Dès l’ouverture de la rencontre entre les organisations paysannes et les médias, le ton est donné. La première table ronde s’articule autour d’une question aussi simple que fondamentale : l’agriculture familiale souffre-t-elle d’un déficit de visibilité médiatique ? Les réponses convergent rapidement. Pour les participants, le constat est sans appel : les réalités du monde rural demeurent largement absentes des colonnes des journaux, des ondes des radios et des écrans de télévision.Alors que l’agriculture familiale constitue le socle de la sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest, elle continue d’être éclipsée par l’actualité politique, les faits divers ou les événements à forte médiatisation. Pourtant, derrière chaque exploitation familiale se cachent des femmes et des hommes qui produisent, innovent, préservent les ressources naturelles et assurent l’alimentation de millions de personnes.La nécessité de reconstruire les récits médiatiques est largement revenu au fil de échanges; un même diagnostic revient avec insistance : le traitement médiatique de l’agriculture familiale reste insuffisant, souvent superficiel et parfois éloigné des réalités du terrain.Les intervenants soulignent que cette faible couverture nourrit une perception incomplète du secteur. Les initiatives locales, les innovations paysannes, les expériences réussies et les difficultés quotidiennes des producteurs trouvent rarement leur place dans les médias généralistes.Pour les organisations paysannes, il devient urgent de construire un récit spécifique sur l’agriculture familiale, capable de rendre compte de sa diversité, de son rôle économique, social et environnemental ainsi que de sa contribution à la souveraineté alimentaire.Les médias spécialisés font face à leurs propres défis; là aussi les débats ont mis en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés les médias spécialisés dans les questions agricoles.Le manque de formation des journalistes, l’insuffisance des ressources financières, le faible accès aux financements et les coûts élevés des reportages limitent fortement la production d’informations de terrain.Pourtant, ces médias jouent un rôle essentiel de passerelle entre les producteurs, les décideurs publics et les partenaires techniques et financiers. Plusieurs intervenants regrettent qu’ils soient encore trop souvent assimilés aux institutions publiques ou aux organisations paysannes, alors qu’ils remplissent avant tout une mission d’information indépendante.À cet égard, Agropasteur est cité comme une expérience inspirante, démontrant qu’un média spécialisé peut contribuer à valoriser les initiatives agricoles tout en favorisant le dialogue entre les différents acteurs du développement rural.Le défi est de créer une alliance durable entre journalistes et producteurs; Au-delà du diagnostic, la rencontre débouche sur des propositions concrètes.Les participants appellent à la création de partenariats durables entre les médias, les organisations paysannes et les partenaires techniques et financiers afin de multiplier les reportages de terrain, renforcer les capacités des journalistes et améliorer la qualité des contenus consacrés à l’agriculture familiale.L’objectif est également de rapprocher journalistes et producteurs afin que les préoccupations des exploitations familiales, les effets du changement climatique et les enjeux liés aux systèmes alimentaires durables soient mieux compris et mieux relayés auprès de l’opinion publique.Une demande fortement appréciée par M.Ibrahima Coulibaly Président du ROPPA le Réseau des Organisations Paysannes et des producteurs de l’ Afrique de l’Ouest en intervenant au Panél le président Ibrahima Coulibaly, rappelle l’importance stratégique des exploitations agricoles familiales, qui concernent près de 80 % des populations de la région.Selon lui, ces exploitations continuent de produire et d’investir avec leurs propres moyens tout en restant insuffisamment reconnues dans les politiques publiques.« Les femmes et les hommes travaillent dignement dans les exploitations agricoles familiales, investissent avec leurs propres moyens et nourrissent les populations, sans bénéficier des investissements conséquents dont le secteur a besoin », déclare-t-il.Le président du ROPPA dénonce également les difficultés d’accès au crédit agricole. À ses yeux, seuls 6 % des agriculteurs familiaux bénéficient aujourd’hui d’un financement, tandis que les taux d’intérêt restent particulièrement élevés.« Nous ne demandons pas l’aumône. Nous demandons simplement des solutions qui permettent de développer notre souveraineté alimentaire », insiste-t-il.Il regrette également que les financements destinés au monde rural n’atteignent pas toujours les exploitations familiales, les ressources étant souvent captées à d’autres niveaux.Il s’agira de faire des médias des partenaires de la souveraineté alimentaire et face aux défis du changement climatique; là M. Ibrahima Coulibaly plaide pour une meilleure orientation des financements climatiques vers les exploitations familiales, un renforcement des filières agricoles et une véritable co-construction des politiques publiques avec les producteurs.Mais son appel dépasse la seule question des financements. Pour lui, les médias ont un rôle déterminant à jouer dans la transformation des regards portés sur l’agriculture familiale.Déconstruire les clichés, lutter contre la désinformation, montrer les innovations, raconter les réussites et faire entendre la voix des producteurs autant de missions qui permettront de replacer l’agriculture familiale au cœur du débat public.Car, conclut-il, une agriculture familiale mieux racontée est une agriculture mieux comprise, mieux soutenue et davantage prise en compte dans les politiques publiques.Au terme de cette rencontre, un message s’impose : raconter l’agriculture familiale autrement n’est plus seulement un enjeu médiatique. C’est une condition essentielle pour construire des systèmes alimentaires durables, renforcer la souveraineté alimentaire des États ouest-africains et redonner toute leur place aux millions de femmes et d’hommes qui nourrissent quotidiennement le continent.Babacar sene journal Agropasteur
