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L’agroécologie n’est plus une simple alternative agricole. Elle s’impose désormais comme une stratégie crédible pour renforcer la souveraineté alimentaire, restaurer les terres, préserver la biodiversité et améliorer les revenus des producteurs africains. C’est le principal message porté par le Professeur Anthony Egeru lors de la session consacrée à « l’Agroécologie et l’agriculture biologique écologique à grande échelle : leviers et freins pour des systèmes alimentaires durables », organisée dans le cadre de la Semaine des sciences de la FARA à Abuja.Selon le professeur Anthony Egeru, « les preuves de l’efficacité de l’agroécologie en Afrique sont désormais réelles et de plus en plus nombreuses ». Toutefois, a-t-il averti, son adoption reste inégale et dépend encore largement des projets financés par les bailleurs de fonds, plutôt que d’être véritablement intégrée dans les politiques publiques nationales et régionales.Mme Luise Mwanyangapo, Chargée principale du marketing stratégique et des communications au Forum régional des universités pour le renforcement des capacités en agriculture (RUFORUM), a rappelé que les experts constatent aujourd’hui un paradoxe majeur : la demande des agriculteurs pour les pratiques agroécologiques dépasse largement les capacités actuelles de recherche, de formation et de financement destinées à accompagner cette transition.Présentant une note de synthèse destinée aux ministres africains, Anthony Egeru a souligné que la Déclaration de Kampala, adoptée par les Chefs d’État de l’Union africaine en janvier 2025, constitue le signal politique continental le plus fort jamais donné en faveur de l’agroécologie.Le plan stratégique 2026-2035 qui en découle reconnaît, pour la première fois, l’agroécologie comme une stratégie essentielle pour préserver la biodiversité, restaurer la fertilité des sols, améliorer la nutrition et renforcer les systèmes alimentaires locaux.Pour le chercheur, l’heure est désormais à la traduction de ces engagements politiques en budgets nationaux, en réformes des services de vulgarisation agricole et en politiques territoriales adaptées.S’appuyant sur une analyse de 70 études scientifiques menées dans 25 pays africains entre 2019 et 2024, Anthony Egeru a indiqué que le Sénégal, le Kenya, la Tanzanie et le Burkina Faso figurent parmi les pays les plus avancés dans la mise à l’échelle de l’agroécologie grâce à des politiques publiques et des institutions plus solides.Les évaluations réalisées par la FAO auprès de près de 2 500 ménages agricoles dans huit pays africains montrent qu’une intégration plus poussée des pratiques agroécologiques améliore simultanément les performances économiques, environnementales et sociales, sans compromettre les niveaux de production.Parmi les résultats les plus marquants figurent :la régénération naturelle assistée sur plus de 24 millions d’hectares, ayant permis d’augmenter les rendements agricoles de près de 50 % et de doubler les revenus de nombreux ménages ;les cultures associées céréales-légumineuses, adoptées par plus de 155 000 petits producteurs, qui ont multiplié par 2,2 les rendements du maïs tout en réduisant fortement les attaques des ravageurs ;au Burkina Faso, les techniques de zaï et de digues en pierres ont permis de restaurer jusqu’à 300 000 hectares de terres dégradées avec, dans certains cas, des hausses de rendement atteignant 500 %.Anthony Egeru a également mis en avant le succès du modèle des Partenaires de Transfert d’Innovation (PTI) développé par RUFORUM.En moins de deux ans, plus de 200 000 agriculteurs ont été accompagnés en Ouganda, au Kenya et en Tanzanie grâce à de jeunes agro-entrepreneurs chargés de diffuser les innovations agroécologiques. Une approche qui favorise simultanément l’emploi des jeunes, la création de richesses et la protection de l’environnement.Le chercheur a cité plusieurs exemples illustrant les progrès réalisés sur le continent :le Zimbabwe a officiellement adopté l’agroécologie comme stratégie nationale d’adaptation au changement climatique ;le programme « Paysages vivants agroécologiques » du CGIAR est désormais opérationnel dans plusieurs pays africains ; plusieurs universités kényanes ont intégré l’agroécologie dans leurs cursus ; les écoles pratiques d’agriculture sont progressivement institutionnalisées dans les services publics de vulgarisation en Éthiopie, au Kenya et en Ouganda.Le principal défi reste le financementMalgré ces avancées, Anthony Egeru estime que les capacités humaines et institutionnelles demeurent insuffisantes.Seulement 13 % des projets des instituts de recherche agricole au Kenya concernent l’agroécologie. L’aide publique destinée à la recherche, à l’éducation et à la vulgarisation agricoles reste faible, tandis que la majorité des financements internationaux continue d’être orientée vers les modèles agricoles industriels.Parallèlement, les réseaux de la société civile prennent une place croissante. Des organisations comme PELUM et l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique représentent aujourd’hui une force majeure de diffusion des pratiques agroécologiques auprès de millions de producteurs.En conclusion, Anthony Egeru a invité les gouvernements africains à agir rapidement autour de trois axes prioritaires : sécuriser des financements durables pour la recherche, la vulgarisation et l’entrepreneuriat agroécologiques ;institutionnaliser des systèmes publics de conseil agricole centrés sur les producteurs et les approches agroécologiques ; planifier les transitions agroécologiques à l’échelle des territoires en associant chercheurs, collectivités locales, secteur privé et organisations paysannes.Il recommande également aux pays qui ne disposent pas encore d’une stratégie nationale d’agroécologie de s’inspirer des expériences du Kenya et du Sénégal, considérés comme des références sur le continent.Animée par Markus Arbenz, de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) en Suisse, cette session s’inscrivait dans le cadre de la Semaine des sciences de la FARA, qui réunit à Abuja chercheurs, décideurs politiques et organisations de la société civile autour des stratégies de transformation durable des systèmes agroalimentaires africains.Au terme des échanges, un consensus s’est dégagé : les arguments scientifiques et politiques en faveur de l’agroécologie sont aujourd’hui solidement établis. Le défi majeur consiste désormais à transformer cette dynamique en politiques publiques ambitieuses, financées et durables afin de faire de l’agroécologie un véritable pilier de la souveraineté alimentaire en Afrique.Babacar sene journal Agropasteur

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