La lutte contre la maltraitance des ânes et le commerce illégal de leurs peaux pourrait connaître un nouvel élan en Afrique de l’Ouest. La rencontre entre Sidi Tiémoko Touré, ministre des Ressources animales et halieutiques de Côte d’Ivoire, et Emmanuel Bouré Sarr, Directeur régional de Brooke Afrique de l’Ouest, a placé la Côte d’Ivoire face à un enjeu qui dépasse désormais largement ses frontières : celui de peser dans la définition des règles et des décisions régionales destinées à mieux protéger l’espèce asine.Au-delà d’une simple rencontre institutionnelle, les échanges ont porté sur le positionnement de la Côte d’Ivoire dans les mécanismes de décision et de réglementation relatifs au bien-être animal, notamment dans la lutte contre la maltraitance, les vols, l’abattage clandestin et le commerce illégal des peaux d’ânes.
Pour Brooke Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire dispose d’un rôle potentiel majeur dans cette bataille. Membre de l’UEMOA et de la CEDEAO, et partie prenante des dynamiques de l’Union africaine, le pays peut contribuer à porter la question de la protection des ânes au plus haut niveau des agendas régionaux et continentaux.Car le problème ne peut plus être traité uniquement à l’échelle nationale. Les réseaux de commerce illégal ignorent les frontières administratives. Les animaux peuvent être volés dans un pays, acheminés à travers plusieurs territoires puis abattus clandestinement avant que leurs peaux ne rejoignent des circuits commerciaux internationaux.Face à cette réalité, une réglementation isolée risque de montrer rapidement ses limites.L’enjeu est donc désormais de parvenir à une réponse régionale cohérente, harmonisée et effectivement appliquée, associant réglementation, contrôle des mouvements, lutte contre les réseaux criminels, traçabilité et sanctions.La question centrale pour la Côte d’Ivoire est ainsi celle de sa capacité à prendre des positions et à participer activement à la construction des décisions régionales.Il ne s’agit plus seulement d’appliquer des réglementations élaborées ailleurs, mais de contribuer à leur définition, notamment au sein des espaces UEMOA et CEDEAO, afin que les mesures adoptées tiennent compte des réalités des pays et des communautés qui utilisent les ânes comme animaux de travail.Cette implication pourrait également permettre de porter le sujet auprès de l’Union africaine et de favoriser l’émergence d’une approche continentale du bien-être des animaux de travail.Pour Brooke Afrique de l’Ouest, protéger les ânes exige de s’attaquer simultanément à l’offre et à la demande.Tant que les peaux d’ânes conserveront une valeur commerciale suffisamment importante pour alimenter des réseaux clandestins, les vols, les abattages et les pratiques cruelles continueront de menacer les populations asines.La réponse doit donc combiner sensibilisation, prévention, contrôle et répression. Il faut également rendre les activités des trafiquants plus difficiles, plus coûteuses et plus risquées, en renforçant les contrôles et les mécanismes de coopération entre États.Le Burkina Faso vient, de son côté, d’adopter de nouvelles mesures réglementaires sur le commerce des ânes, avec notamment l’interdiction de l’exportation des ânes et des cuirs d’âne.Cette décision montre que certains États commencent à considérer la protection de l’espèce comme une question relevant directement des politiques publiques et de la sécurité des moyens de subsistance des populations.Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu consiste désormais à s’inscrire dans cette dynamique tout en contribuant à une harmonisation des réponses, afin d’éviter que le durcissement des mesures dans un pays ne provoque simplement un déplacement des circuits illégaux vers un autre.La Côte d’Ivoire est également concernée par le démarrage du projet « Lutte contre le commerce illégal des peaux d’ânes en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale », déployé dans cinq pays.Cette initiative offre un cadre supplémentaire pour renforcer la coopération, documenter les pratiques, améliorer les politiques publiques et favoriser le dialogue entre les différents acteurs engagés dans la protection de l’espèce.Derrière les chiffres du commerce des peaux se trouve une autre réalité souvent moins visible : l’âne est avant tout un animal de travail.Transport de l’eau, des récoltes, des marchandises ou des personnes : dans de nombreuses communautés rurales africaines, sa contribution à la vie économique et sociale est considérable.La disparition ou la diminution des populations asines fragilise donc directement les moyens de subsistance des ménages qui en dépendent.D’autant que le renouvellement des populations est lent. La longue durée de gestation et certaines caractéristiques biologiques de l’espèce rendent sa reproduction et son élevage particulièrement exigeants.La rencontre entre Sidi Tiémoko Touré et Emmanuel Bourré Sarr intervient ainsi à un moment stratégique.Pour la Côte d’Ivoire, il s’agit désormais de transformer son intérêt pour la question du bien-être animal en positionnement politique et réglementaire, en faisant entendre sa voix dans les espaces où se construisent les politiques régionales.UEMOA, CEDEAO, Union africaine : la protection des ânes appelle désormais une réponse qui dépasse les frontières.L’urgence n’est plus seulement de dénoncer la cruauté du commerce illégal des peaux d’ânes. Elle est de construire des règles communes, de les faire appliquer et de coordonner les États pour fermer progressivement les espaces d’action aux réseaux de trafic.
À Abidjan, le dialogue engagé pourrait ainsi constituer une étape vers une ambition plus large : faire de la Côte d’Ivoire un acteur influent de la construction d’une politique régionale de protection des ânes et, plus largement, du bien-être des animaux de travail en Afrique.Babacar sene journal Agropasteur
