Dans un extrait de sa contribution au Livre blanc sur la semence au Sénégal, qui paraîtra prochainement, Simon Ndéné décrypte les trois systèmes semenciers qui structurent aujourd’hui la filière : paysan, formel et communautaire.La contribution de Simon Ndéne au futur Livre blanc sur la semence au Sénégal invite ainsi à dépasser les oppositions simplistes entre semences paysannes et semences modernes. Une lecture à s’approprier pour mieux comprendre les enjeux de la souveraineté semencière au Sénégal.La semence est bien plus qu’un simple intrant agricole. Elle est au cœur de la production, de la sécurité alimentaire et, plus largement, de la souveraineté agricole. Au Sénégal, derrière les débats sur l’accès aux semences de qualité se dessine une réalité plus complexe : plusieurs systèmes semenciers coexistent, se complètent, mais peuvent aussi se confronter.Dans une contribution qui paraîtra prochainement dans le Livre blanc sur la semence au Sénégal, Simon Ndéné met en lumière trois systèmes : le système semencier paysan ou traditionnel, le système semencier formel et le système semencier communautaire.Un éclairage particulièrement utile au moment où le Sénégal cherche à améliorer la productivité agricole tout en préservant ses ressources génétiques, ses savoirs endogènes et les pratiques des communautés rurales.Le système paysan : la semence qui se transmet de génération en générationLe premier système est celui des paysans eux-mêmes. Il repose sur une pratique ancienne : sélectionner les meilleures graines d’une campagne agricole, les conserver et les utiliser comme semences lors de la saison suivante.Ces semences circulent également entre producteurs à travers des mécanismes de solidarité profondément ancrés dans les communautés rurales : troc, échanges, dons et réseaux paysans.Pour Simon Ndéné, ce système est alimenté par les savoirs endogènes et constitue une composante essentielle de la stratégie de sécurité alimentaire. Les variétés locales, les cultivars traditionnels et les réserves conservées dans les greniers familiaux représentent ainsi un patrimoine agricole précieux, particulièrement pour les cultures vivrières, marginales et dites « orphelines ».L’Association sénégalaise pour la Production de Semences paysannes (ASPSP) s’inscrit dans cette dynamique en promouvant notamment des variétés traditionnelles et améliorées, non certifiées selon les normes conventionnelles, tout en utilisant également certaines variétés modernes.Le système formel : la semence sous contrôle et certificationÀ l’autre bout de la chaîne se trouve le système semencier formel, organisé autour d’un cadre institutionnel, législatif et réglementaire.Ici, la semence est soumise à des normes et à des exigences qui permettent d’assurer sa traçabilité à travers les différentes étapes de la chaîne : création et sélection des variétés, obtention et maintenance, production et multiplication, triage, conditionnement, distribution et commercialisation.Ce dispositif vise notamment à garantir la qualité et la conformité des semences mises à la disposition des producteurs.Simon Ndéné relève que le Sénégal a réalisé, au cours des deux dernières décennies, des avancées importantes dans la structuration de ce système.Le système communautaire : trouver le trait d’unionC’est précisément entre ces deux univers que se situe le système semencier communautaire.Présenté comme un système intermédiaire, il combine des éléments du système paysan et du système formel. Son ambition est notamment de permettre la transformation et l’intégration progressive du système informel dans le circuit réglementé, sans perdre de vue les réalités et les pratiques des communautés.Le défi est de taille : comment faire évoluer le système semencier sans marginaliser les savoirs paysans et les variétés locales ?Et surtout, comment garantir aux producteurs un accès, au bon moment et à un prix abordable, à un portefeuille variétal diversifié, sélectionné et certifié ?Pour Simon Ndéné, cette question est directement liée à l’amélioration de la productivité et de la production agricoles.Vingt ans de structuration et des acquis à consoliderLa contribution rappelle qu’entre 2004 et 2024, plusieurs programmes phares ont accompagné la consolidation du système semencier sénégalais, parmi lesquels le PSAOP, le COM-STABEX, le PPAAO/WAAPP et, actuellement, le FSRP pour la période 2024-2029.Cette évolution s’est traduite par plusieurs acquis majeurs : un cadre juridique et réglementaire renforcé, avec notamment une loi, trois décrets, des arrêtés et des règlements techniques et professionnels harmonisés avec les cadres internationaux et communautaires ; un cadre institutionnel et organisationnel impliquant de nombreux acteurs ; un portefeuille variétal homologué inscrit au Catalogue des Semences et Plants ; ainsi que des laboratoires et centres ou unités de triage et de conditionnement opérationnels.Le Livre blanc, un document à s’approprierÀ travers cet extrait, Simon Ndéné ouvre surtout une réflexion sur l’avenir du système semencier sénégalais.Le Livre blanc sur la semence au Sénégal, dont la publication est annoncée prochainement, devrait ainsi apporter un éclairage précieux sur les dynamiques, les acquis, les limites et les perspectives de la filière.Pour les producteurs, organisations paysannes, chercheurs, décideurs publics, acteurs privés, partenaires techniques et financiers, mais aussi pour les professionnels de l’information agricole, ce document mérite d’être lu, connu et surtout approprié.Car derrière la question apparemment technique de la semence se joue une question beaucoup plus fondamentale : qui maîtrise les semences maîtrise en grande partie les conditions de production et donc une part essentielle de la souveraineté alimentaire.La contribution de Simon Ndéné au futur Livre blanc sur la semence au Sénégal invite ainsi à dépasser les oppositions simplistes entre semences paysannes et semences modernes. Elle pose plutôt la nécessité de penser leur coexistence, leur complémentarité et leur articulation, au service des producteurs et de la souveraineté agricole du Sénégal.Le débat est lancé. Le Livre blanc est attendu.Babacar sene journal Agropasteur
