Présent à la 20e édition de l’Africa Food Systems Forum (AFS Forum 2026), tenue du 31 août au 4 septembre au Convention Centre de Kigali, le ROPPA , le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouesta porté la voix des agricultrices et agriculteurs familiaux d’Afrique de l’Ouest. En marge du Forum, le réseau régional a organisé, le 3 septembre, une conférence de presse consacrée à la résilience des systèmes alimentaires paysans et à la nécessité de réorienter les politiques et les investissements agricoles.« Investir dans les systèmes agroalimentaires africains, nourrir les nations, créer des emplois, bâtir la résilience » : c’est autour de cette thématique que se sont retrouvés à Kigali acteurs publics, organisations paysannes, partenaires techniques et financiers, chercheurs et représentants du secteur privé à l’occasion de l’AFS Forum 2026.Parmi les acteurs de premier plan présents dans les débats, le ROPPA (Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest) a défendu une position claire la transformation des systèmes alimentaires africains ne peut être durable si elle laisse en marge les exploitations familiales et les dynamiques alimentaires portées par les territoires.Fort de son ancrage régional, le ROPPA porte la voix de plus de 30 millions de producteurs et de leurs organisations dans les espaces de dialogue, de plaidoyer et de construction des politiques agricoles et alimentaires.À Kigali, la participation du ROPPA visait notamment à contribuer aux débats sur les investissements agricoles, à partager les réalités, les visions et les propositions des producteurs familiaux ouest-africains, mais également à renforcer le dialogue avec les décideurs et les partenaires internationaux.Le réseau a ainsi remis au centre des discussions plusieurs préoccupations majeures : faire de l’agriculture familiale une priorité des financements, promouvoir et protéger les systèmes alimentaires paysans, accompagner la transition agroécologique, valoriser la consommation locale et renforcer la souveraineté semencière.L’inclusion effective des femmes et des jeunes dans les politiques et les investissements agricoles figure également parmi les priorités défendues par le ROPPA.Pour le réseau paysan, les échanges de Kigali ont surtout permis de mettre en évidence les écarts persistants entre les orientations des politiques publiques et les réalités vécues dans les territoires ruraux.À Kigali, le ROPPA interpelle sur la résilience des systèmes alimentaires paysans. C’est dans ce contexte que le ROPPA a organisé, le 3 septembre 2026, en marge de l’AFS Forum, une conférence de presse consacrée aux « traits de résilience des systèmes alimentaires paysans ».Cette rencontre avec les médias a constitué l’un des temps forts de la participation du réseau à Kigali. Elle a permis au ROPPA de présenter et de lancer officiellement une série d’actions issues de son travail sur les systèmes alimentaires paysans en Afrique de l’Ouest, notamment le Livret thématique sur les systèmes alimentaires paysans.Ces publications sont issues d’une recherche-action conduite par le ROPPA entre 2024 et 2026 dans neuf pays. Elles transforment les enseignements tirés du terrain en messages et propositions destinés aux différents acteurs susceptibles d’influencer les politiques, les investissements et les pratiques qui façonnent les systèmes alimentaires.Le constat porté par le ROPPA est sans ambiguïté : les politiques de soutien aux systèmes alimentaires ne prennent pas encore suffisamment en compte les principes, les pratiques et les capacités de résilience des systèmes alimentaires paysans donc désormais « Les systèmes alimentaires paysans ne doivent plus être laissés à la marge » estiment les représentants du ROPPA Devant les journalistes réunis à Kigali, les représentants du ROPPA ont dénoncé le décalage entre la concentration d’une partie importante des financements sur l’agrobusiness et la réalité des territoires ruraux, où les systèmes alimentaires paysans jouent un rôle déterminant dans l’approvisionnement des populations et la souveraineté alimentaire.Pour le réseau, la transformation des systèmes alimentaires africains doit donc partir des réalités des territoires et des exploitations familiales.Le plaidoyer porté à Kigali repose notamment sur plusieurs leviers : les marchés territoriaux, la consommation locale, la transformation locale, l’agroécologie, les ressources et savoir-faire endogènes et la résilience des communautés rurales.« La transformation des systèmes alimentaires doit partir des réalités des territoires et des exploitations familiales, et non les laisser à la marge des politiques publiques », ont insisté les représentants du ROPPA.Le réseau estime également que les marchés territoriaux, la consommation et la transformation locales constituent des leviers économiques, sociaux et alimentaires qui doivent bénéficier d’un soutien accru.Des responsabilités pour chaque catégorie d’acteursÀ Kigali, le ROPPA n’a pas seulement formulé des constats. Il a également adressé des appels précis aux différents acteurs.Aux décideurs publics et aux institutions régionales, il demande des politiques qui reconnaissent davantage les systèmes alimentaires paysans, soutiennent la consommation locale et les marchés territoriaux et créent un environnement favorable à des systèmes alimentaires inclusifs, durables et résilients.Aux organisations de la société civile et aux organisations paysannes, le ROPPA appelle à renforcer la diffusion des connaissances, construire des alliances, contribuer au renouvellement des politiques agricoles et structurer le plaidoyer autour de questions telles que la consommation locale, l’alimentation scolaire et la souveraineté alimentaire.Les collectivités territoriales sont également interpellées. Elles sont invitées à intégrer les systèmes alimentaires paysans dans leurs plans et budgets locaux, à investir dans les marchés territoriaux et les infrastructures de transformation, à soutenir les achats institutionnels locaux et à renforcer la résilience des communautés.Quant aux institutions de recherche, elles sont appelées à rapprocher davantage leurs travaux des réalités paysannes, à coproduire les connaissances avec les organisations de producteurs et à dépasser une logique de simple transfert de technologies au profit d’un soutien renforcé à l’innovation paysanne.Producteurs et organisations paysannes : des acteurs à part entière des politiques agricolesAu-delà des financements, le ROPPA insiste sur la nécessité d’une véritable participation des producteurs à la gouvernance des systèmes alimentaires.Pour le réseau, les producteurs et leurs organisations doivent être associés à la formulation, à la mise en œuvre et au suivi des politiques agricoles et alimentaires.La recherche, les collectivités territoriales, la société civile, les gouvernements et les partenaires techniques et financiers ont, eux aussi, des responsabilités spécifiques à assumer.Le ROPPA considère par ailleurs que les processus de renouvellement des politiques agricoles régionales, ainsi que la mise en œuvre de la Déclaration de Kampala, constituent des espaces importants pour faire progresser ces propositions.À Kigali, la conférence de presse du 3 septembre aura ainsi permis au ROPPA de dépasser le simple cadre de la participation à l’AFS Forum pour ouvrir un espace de dialogue plus large autour de ses propositions.Médias, décideurs, partenaires techniques et financiers, organisations paysannes, société civile, chercheurs et collectivités sont désormais appelés à s’approprier ces orientations et à réfléchir aux modalités concrètes de leur mise en œuvre.À travers cette participation à l’AFS Forum 2026, le ROPPA entend ainsi rappeler une réalité souvent au cœur des débats sur l’avenir alimentaire du continent : les systèmes alimentaires paysans ne constituent pas un secteur à protéger en marge de la transformation agricole. Ils sont l’un des fondements de la souveraineté alimentaire, de l’emploi rural et de la résilience des territoires africains.Babacar sene journal Agropasteur
