À Addis-Abeba, les acteurs africains de la prévention des catastrophes ont appelé les gouvernements à renforcer les systèmes d’alerte précoce et la préparation des communautés face à des risques de plus en plus nombreux. Pour le géographe environnementaliste Abdou Sané, le Sénégal dispose déjà d’importants acquis, mais doit désormais franchir un cap décisif : mieux coordonner les initiatives sectorielles.Du 2 au 4 septembre 2026, Addis-Abeba, en Éthiopie, a accueilli le Forum africain sur les systèmes d’alerte précoce multirisques, organisé dans le cadre de l’initiative « Alertes précoces pour tous » (Early Warnings for All – EW4ALL).Organisé par le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNDRR), en collaboration avec l’Organisation météorologique mondiale (OMM), la Commission de l’Union africaine (CUA), l’Union internationale des télécommunications (UIT) et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), le forum a réuni plusieurs institutions et acteurs engagés dans la prévention et la gestion des risques de catastrophe.Cette rencontre, accueillie par le gouvernement de la République fédérale démocratique d’Éthiopie, s’inscrit dans l’initiative lancée en 2022 par le Secrétaire général des Nations unies, avec une ambition forte : faire en sorte que chaque personne sur la planète puisse être protégée par un système d’alerte précoce multirisque.Revenant sur les principaux enseignements du forum, Abdou Sané, géographe-environnementaliste, ancien député, expert en réduction des risques de catastrophe, Champion de l’UNDRR, Chevalier de l’Ordre international de la protection civile et conseiller municipal de la commune de Ziguinchor, rappelle que les systèmes d’alerte précoce constituent aujourd’hui un outil essentiel de protection des populations.Ils permettent d’anticiper des phénomènes tels que les cyclones, les inondations, les sécheresses, les vagues de chaleur ou encore les incendies, afin de donner aux populations exposées le temps nécessaire pour se préparer et agir.Un système d’alerte précoce efficace repose, selon lui, sur quatre piliers fondamentaux : la connaissance des risques, la surveillance et la prévision, la diffusion et la communication des alertes, ainsi que la préparation et la capacité de réaction des communautés.L’enjeu n’est donc plus seulement de prévoir une catastrophe, mais de transformer l’information disponible en action anticipée et coordonnée.Sur ce terrain, le Sénégal dispose de plusieurs acquis qui méritent d’être consolidés. Sous l’impulsion de la Direction de la protection civile, le pays a engagé la mise en œuvre du Projet de résilience dans le Sahel, axé sur le renforcement de la résilience à travers des systèmes intégrés d’alerte précoce multirisques et des approches de développement territorial fondées sur les risques.Cette dynamique doit notamment se traduire par l’élaboration de plans régionaux de contingence pour les régions de Ziguinchor et de Kaolack.Le principe est simple : le système d’alerte précoce signale l’imminence d’un danger, tandis que le plan de contingence définit la manière dont les acteurs doivent réagir.Dans cette perspective, les deux régions sont appelées à renforcer leurs capacités de préparation et de réponse. Le projet de Plan national multirisque 2025-2027 identifie notamment Ziguinchor et Kaolack comme des territoires exposés à plusieurs risques, parmi lesquels le ravinement, les inondations, les feux de brousse et les épidémies.Ziguinchor et Kaolack passent à l’actionUne nouvelle étape sera franchie en septembre avec l’organisation de deux ateliers régionaux consacrés à l’élaboration des plans régionaux de contingence multirisques intégrant les actions anticipatoires.L’atelier de Ziguinchor se tiendra du 8 au 11 septembre 2026, tandis que celui de Kaolack est prévu du 14 au 17 septembre 2026.Ces rencontres seront conduites selon une approche participative associant les acteurs institutionnels, techniques, humanitaires et communautaires.Il s’agira notamment d’actualiser les profils régionaux des risques, de définir les scénarios de planification, de préciser les mécanismes de coordination, d’élaborer les plans de réponse sectoriels et les matrices de réaction rapide, mais également d’évaluer les besoins opérationnels et financiers nécessaires à la mise en œuvre des plans.Cette démarche s’inscrit dans les orientations du gouvernement du Sénégal, mais également dans le cadre de l’initiative Early Warnings for All, du Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe 2015-2030 et des principes de gestion intégrée des risques.Pour Abdou Sané, cette dynamique doit également beaucoup à l’engagement des autorités territoriales.Les gouverneurs, préfets et sous-préfets des régions concernées figurent parmi les acteurs clés de cette stratégie. Leur implication contribue à renforcer la résilience au niveau local et communautaire, notamment à travers les commissions auxiliaires de protection civile et la mise en place de cadres d’échanges permettant une meilleure utilisation de l’information issue des systèmes d’alerte précoce.Plusieurs initiatives témoignent déjà de cette volonté de territorialiser la gestion des risques.Abdou Sané cite notamment l’arrêté n°088 PD/KAF du préfet de Kaffrine, portant création d’un groupe de travail pluridisciplinaire basé sur les informations climatiques, dénommé GTP/SAP.Il évoque également l’arrêté n°033/PDB du 9 juillet 2014 du préfet de Bambey, portant création d’un groupe de travail pluridisciplinaire sur l’utilisation de l’information climatique dans le développement rural, ainsi que l’arrêté n°041/DZG/P du 28 février 2017 du préfet de Ziguinchor, portant création d’un groupe de travail pluridisciplinaire dans le cadre du Projet de renforcement de la gestion des terres et des écosystèmes (PRGTE).Alors, le Sénégal peut-il être considéré comme un « bon élève » en matière de réduction des risques de catastrophe ?« Pourquoi pas ! », répond Abdou Sané, qui estime que le pays dispose d’atouts importants. Mais cette appréciation est assortie d’une condition majeure : améliorer la coordination entre les différentes initiatives sectorielles.Santé, industrie, environnement, changement climatique, écosystèmes, systèmes alimentaires, hydrologie, hydrométéorologie : de nombreux secteurs produisent aujourd’hui des données, développent des outils et mettent en œuvre des actions de prévention.Pour l’expert, le défi consiste désormais à faire converger ces efforts.« Pour que l’ensemble de ces efforts soient féconds, il faut obligatoirement une meilleure coordination des actions, plus de mutualisation dans les actions des différents acteurs et une meilleure mise en cohérence des différentes interventions », souligne-t-il.Cette question de la coordination constitue, selon Abdou Sané, l’un des principaux enseignements des expériences internationales en matière de réduction des risques de catastrophe.Le Sénégal dispose déjà d’un cadre institutionnel permettant d’organiser cette gouvernance. Dans le cadre du Cadre de Sendai, le ministère de l’Intérieur demeure le point focal de la mise en œuvre de la politique nationale de réduction des risques de catastrophe, ce qui lui confère, selon l’expert, un leadership naturel dans la coordination des interventions.Le défi est donc moins de multiplier les initiatives que de les articuler, les mutualiser et les inscrire dans une vision commune de la résilience.À l’heure où les effets du changement climatique accentuent l’exposition des territoires africains aux risques, l’expérience sénégalaise montre ainsi une voie possible : renforcer les systèmes d’alerte, territorialiser la préparation, associer les communautés et surtout faire de la coordination entre acteurs le véritable levier d’une politique efficace de prévention des catastrophes.À Addis-Abeba comme à Dakar, le message est désormais clair : une alerte n’a de valeur que si elle arrive à temps, est comprise par les populations et déclenche une réponse organisée.Babaclimat journal Agropasteur
