À l’occasion du Salon International de l’Agriculture 2026, le chercheur sénégalais Dr Tamsir Mbaye, directeur du Centre de Recherches Forestières de l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA) et responsable du dispositif PPZS, a plaidé pour une relecture stratégique du pastoralisme dans la construction des systèmes alimentaires de demain.
Invité à intervenir lors d’une conférence organisée par l’Agence Française de Développement (AFD) et le CIRAD, le scientifique a défendu une conviction forgée par plus de quinze années de recherche dans les zones sahéliennes, notamment dans le Ferlo :
le pastoralisme n’est pas un héritage du passé, mais une réponse moderne aux défis climatiques et alimentaires.
S’appuyant sur les travaux du Pôle Pastoralisme et Zones Sèches (PPZS), dispositif de recherche et de formation en partenariat réunissant le CIRAD, l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), le Centre de Suivi Écologique (CSE) et l’ISRA, ainsi que deux institutions associées l’École Nationale Supérieure d’Agriculture (ENSA) et l’Université Assane Seck de Ziguinchor (UASZ) Dr Mbaye a dressé un panorama des connaissances accumulées ces dernières années. Baéée sur une intelligence écologique adaptée aux zones sèches
Les recherches mettent en évidence :le rôle stratégique de la mobilité pastorale, véritable mécanisme d’adaptation à une variabilité pluviométrique pouvant dépasser 30 % ;une contribution économique de l’élevage encore sous-estimée dans les économies sahéliennes ;l’importance des services écosystémiques des parcours, qui couvrent près de 40 % des terres émergées de la planète ;et la capacité d’innovation des systèmes pastoraux, illustrée par les mini-laiteries, l’intégration aux marchés urbains, l’usage d’outils numériques et la diversification des revenus.
Un pilier de résilience face aux crises climatiques dans un contexte marqué par l’intensification des sécheresses, le pastoralisme apparaît déjà comme :un mécanisme d’assurance écologique,un amortisseur économique pour les territoires ruraux, un facteur de stabilité sociale et territoriale dans les zones fragiles.
« Le pastoralisme est une forme d’intelligence des milieux arides », a souligné Dr Mbaye, insistant sur sa capacité à produire durablement là où les modèles agricoles intensifs montrent leurs limites.
Ii fonde sa conviction sur trois conditions pour changer d’échelle ;Le chercheur a toutefois rappelé que le passage du discours à l’action suppose des transformations structurelles :Reconnaître la mobilité pastorale comme un actif stratégique et non comme une contrainte ;Sécuriser les corridors de transhumance et les espaces pastoraux et Fonder les politiques publiques sur des données scientifiques consolidées issues de la recherche.
Se référant à l’échéance de Nouakchott +10, il estime qu’elle doit constituer un moment décisif pour franchir ce cap politique afin de repenser les politiques alimentaires à partir des zones sèches
Pour Dr Mbaye, la question n’est désormais plus :« Quelle place pour le pastoralisme ? »
mais plutôt : « Sommes-nous prêts à adapter nos politiques publiques à l’intelligence des zones sèches ? »
La conférence-débat a permis de repositionner le pastoralisme comme un levier majeur pour répondre aux défis contemporains :sécurité alimentaire, résilience climatique, préservation des écosystèmes,développement durable des territoires ruraux.
Longtemps perçu comme marginal, ce mode d’élevage apparaît aujourd’hui comme une composante essentielle des systèmes alimentaires de demain.
Les échanges ont réuni chercheurs, organisations pastorales, décideurs publics, partenaires techniques et médias spécialisés, témoignant d’un intérêt croissant pour ce modèle productif adapté aux réalités environnementales du Sahel.
Babacar Sene Journal Agropasteur
