La deuxième journée du sommet international Désertif’Actions 2026 a été marquée par une réflexion approfondie sur la résilience des territoires face aux sécheresses. Au cœur des échanges, un panel consacré à la préparation des territoires a mis en lumière le rôle central de l’agroécologie, avec une intervention remarquée de Absa Mbodji, chargée de programme à ENDA Pronat et coordinatrice de la DYTAES.
Animée dans le cadre de la session 5, la plénière sur les processus préparatoires et les leçons apprises, modérée par Eric Scopel du CIRAD, a permis de poser les bases d’une compréhension systémique de la résilience.
Dans sa communication sur le sous-thème « accompagner la transition agroécologique », Mme Mbodji a insisté sur le fait que la résilience ne se limite pas à la parcelle agricole, mais doit être pensée à l’échelle des territoires.
Elle a rappelé que la DYTAES constitue une expérience innovante au Sénégal, rassemblant plus de 80 acteurs engagés dans la promotion de la transition agroécologique.
S’appuyant sur les résultats de 24 ateliers organisés dans 20 pays autour de quatre grandes thématiques, la spécialiste a mis en évidence un consensus international : l’agroécologie est une réponse structurante face aux crises climatiques.
Selon elle, cette approche permet notamment d’améliorer la rétention de l’eau dans les sols ; de restaurer la matière organique et la fertilité ; de réduire la dépendance aux intrants externes ;de diversifier les systèmes de production et limiter les risques ; de renforcer à la fois la résilience écologique et économique.
Elle a également souligné l’importance des savoirs endogènes, des échanges entre pairs et des dynamiques locales de gouvernance, notamment dans la gestion collective des ressources naturelles.
Malgré ces avancées, plusieurs obstacles entravent encore le déploiement de l’agroécologie. Mme Mbodji a évoqué la faible reconnaissance économique des productions agroécologiques ; l’accès limité au financement ; le manque d’accompagnement technique ; la fragmentation des politiques publiques ; l’insécurité foncière.
Elle a également pointé la nécessité de politiques publiques plus cohérentes et mieux intégrées, capables de soutenir durablement les transitions à l’échelle territoriale.
Pour surmonter ces défis, la coordinatrice de la DYTAES plaide pour l’institutionnalisation de l’agroécologie dans les politiques nationales ; le décloisonnement des approches sectorielles ; le renforcement du rôle des collectivités territoriales et la création de synergies entre acteurs.
Au Sénégal, la DYTAES, mise en place en 2019, s’est progressivement déployée dans les territoires depuis 2021, afin de mieux prendre en compte les réalités locales et les spécificités géographiques.
Cette plateforme multi-acteurs constitue aujourd’hui un cadre de dialogue, de plaidoyer et de coordination. Elle favorise l’émergence d’initiatives adaptées aux contextes locaux, avec des impacts durables.
« Les territoires sont des espaces d’interactions où se construisent des solutions collectives », a rappelé Mme Mbodji, insistant sur la nécessité d’intégrer ces dynamiques dans les politiques publiques territoriales.
Enfin, l’intervention a permis de revisiter la notion de résilience, définie comme la capacité des systèmes territoriaux à absorber les chocs et à s’adapter aux crises, notamment climatiques.
Une réflexion structurée autour de quatre axes majeurs a été proposée : accompagner les dynamiques territoriales ; renforcer les capacités des acteurs ; soutenir la mobilité et l’organisation des acteurs et consolider le rôle des collectivités locales.
À la lumière de ces échanges, l’agroécologie apparaît comme un levier stratégique pour la durabilité des territoires, en particulier dans les zones arides et semi-arides.
Le défi reste désormais de transformer les consensus en actions concrètes, afin d’assurer une résilience durable face aux sécheresses croissantes.
Babacar sene Journal Agropasteur
