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Préserver la nature et renforcer l’agriculture familiale ne sont pas des freins, mais des moteurs de croissance et d’emplois. C’est le message fort lancé par la Banque mondiale à travers deux rapports dévoilés à Dakar : « Repenser le développement : l’économie d’une planète vivable » et « Travailler avec les petits exploitants : Guide pour les entreprises bâtissant des chaînes d’approvisionnement durables ». Ces documents appellent les États et le secteur privé à investir dans la restauration des écosystèmes et dans l’inclusion des producteurs ruraux pour bâtir une économie plus résiliente et équitable.

Selon le premier rapport, près de 90 % de la population mondiale vit dans des zones affectées par la dégradation des terres, la pollution de l’air ou le stress hydrique. Dans les pays à faible revenu, huit habitants sur dix n’ont pas accès à un environnement sain. Cette situation constitue un frein majeur à la croissance économique et à la prospérité.

Le document montre que la destruction des forêts perturbe les régimes de pluie, accentue les sécheresses et provoque des pertes économiques de plusieurs milliards de dollars. L’usage excessif des engrais azotés coûte à lui seul près de 3 400 milliards de dollars par an, tandis que la pollution de l’air et de l’eau réduit silencieusement la productivité et les capacités cognitives.

Pourtant, des solutions existent car préserver la nature reste un levier de croissance et d’emplois. La Banque mondiale souligne qu’une meilleure gestion des ressources naturelles peut créer des emplois, renforcer la résilience et stimuler la croissance. Chaque dollar investi dans les « marchés de la pollution » génère entre 26 et 215 dollars de bénéfices. L’amélioration des services d’eau et d’assainissement, comme la chloration au point d’usage, pourrait sauver un quart des enfants victimes de maladies hydriques.

« La bonne nouvelle, c’est que si les pays investissent dès maintenant, les systèmes naturels peuvent être restaurés avec des retours significatifs en termes de croissance et d’emplois », a déclaré Axel van Trotsenburg, Directeur Général Principal de la Banque mondiale.

Le second rapport met l’accent sur le rôle central des petits exploitants agricoles, qui représentent plus de 80 % des exploitations dans le monde et près d’un tiers de la production alimentaire mondiale. En Afrique et en Asie, ils assurent la majeure partie de la production vivrière et de cultures d’exportation comme le cacao, le café ou le coton.

Malgré leur importance stratégique, ces producteurs restent parmi les plus vulnérables : manque d’accès aux intrants, aux financements, à la technologie et aux marchés. Le guide invite les entreprises agroalimentaires à s’engager davantage avec eux pour bâtir des chaînes d’approvisionnement durables et inclusives.

Cette troisième édition, enrichie de nouvelles perspectives sur l’agriculture durable et les technologies numériques, propose des solutions pratiques pour améliorer la productivité, sécuriser les revenus ruraux et renforcer la résilience face au changement climatique. Elle s’adresse principalement aux entreprises, mais peut aussi servir aux programmes de développement, aux ONG et aux institutions de recherche.

Ces deux publications traduisent une même conviction : un développement durable ne peut être atteint sans concilier protection de l’environnement et inclusion des producteurs agricoles. Un appel à l’action pour un développement inclusif s’impose. La restauration des systèmes naturels et le soutien aux petits exploitants constituent, selon la Banque mondiale, des leviers majeurs pour bâtir une économie plus résiliente, équitable et respectueuse de la planète.

Babacar Sène, Journal Agropasteur

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