Les mouvements anti-droits et anti-genre sont alimentés par des entités politiques, conservatrices et religieuses qui présentent la justice de genre comme une menace pour l’ordre social », déclare Dr Angelique Nixon, Directrice de CAISO: Sex & Gender Justice (Trinité-et-Tobago) et Maîtresse de conférences à l’Institut d’études sur le genre et le développement de l’Université des Antilles.Elle ajoute en outre que « Pour nous, dans le Sud global, il est essentiel de comprendre que l’ordre mondial dominant fondé sur la suprématie blanche, le capitalisme et le patriarcat se nourrit de la division, de la peur et du mythe selon lequel « le marché peut tout réparer ». Or, nous savons que ce n’est pas le cas. »Selon elle, ces mouvements conservent leur pouvoir en bloquant toute tentative de remise en question de leur idéologie. Des organisations conservatrices du Nord comme Agenda Europe et World Congress of Families financent les campagnes anti-genre à l’échelle mondiale, organisant même des conférences dans des pays comme Trinité-et-Tobago et la Barbade. Leur programme : opposition au divorce, à la contraception, au mariage homosexuel, à la pornographie et à l’avortement. Dans les Caraïbes, ils ont empêché l’éducation complète à la sexualité, aggravé les violences contre les personnes LGBTQIA+ et restreint l’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive.« En 2018, la Haute Cour de Trinité-et-Tobago avait dépénalisé les relations sexuelles consenties entre personnes de même sexe, les reconnaissant comme un droit constitutionnel. Mais le gouvernement n’a apporté aucun changement législatif en ce sens, et a même fait appel de la décision. Aujourd’hui, ce jugement historique vient d’être annulé, et les relations homosexuelles consenties sont à nouveau criminalisées. C’est un grave recul des droits humains », affirme Dr Nixon.« Avec seulement cinq ans pour atteindre les ODD, non seulement les progrès sont en retard, mais dans de nombreux cas ils régressent. Il est temps d’exiger des changements structurels audacieux. L’appel est clair : Justice pour le développement, maintenant », déclare le Forum Asie-Pacifique sur les Femmes, le Droit et le Développement (APWLD).« On ne peut pas parler des ODD sans inclure explicitement les communautés transgenres laissées pour compte dans l’agenda des ODD », affirme Abhina Aher, militante transgenre, ex-présidente du Réseau Trans Asie-Pacifique et Directrice générale de la TWEET Foundation (Inde).« Les personnes transgenres sont souvent invisibilisées dans les discours LGBTQIA+. Elles doivent avoir leur propre espace et des ressources pour faire valoir leurs droits. ‘Ne laisser personne de côté’ doit inclure toutes les identités de genre et d’expression. »« Les récentes réductions de financement risquent de faire revenir le monde à des niveaux d’infections au VIH et de décès liés au sida comparables à ceux du début des années 2000 », avertit Eamonn Murphy, Directeur régional de l’ONUSIDA pour l’Asie-Pacifique, l’Asie centrale et l’Europe de l’Est qui considère que dans le Rapport mondial sur le sida 2025 les coupes budgétaires menacent les avancéesNeuf pays d’Asie et du Pacifique enregistrent une hausse des infections et une couverture de traitement insuffisante. Entre 2010 et 2024 : Fidji : +3091 %, Philippines : +562 %, Afghanistan : +187 %. Dans de nombreux pays, moins de la moitié des personnes vivant avec le VIH ont accès au traitement, dont Afghanistan : 11 % ; Pakistan : 16 %, Philippines : 40 %, Bangladesh : 41 %.« Alors que les nouvelles infections ont baissé de 40 % dans le monde, la baisse en Asie-Pacifique n’est que de 17 % », souligne Murphy.En Afrique, les avancées sont notables. « Les nouvelles infections en Afrique de l’Est et australe ont chuté de 57 % entre 2010 et 2023 », indique Letlhogonolo Mokgoroane, représentant juridique d’OurEquity (Afrique du Sud). « Mais en 2024, on a recensé 800 000 nouvelles infections en Afrique subsaharienne, dont 63 % chez des femmes et des filles. »« Le VIH n’est pas seulement un problème médical, c’est une question de justice sociale. Il faut s’attaquer aux causes systémiques. »C’est la crise de la prévention d’où une nécessité impérieuse d’agir urgemment.« La prévention du VIH en Asie-Pacifique est en crise », alerte Murphy. « Chaque 2 minutes, une nouvelle infection. Chaque heure, 35 nouvelles infections, dont 9 chez les jeunes. 79 % des nouvelles infections concernent des populations clés et leurs partenaires. »Décriminaliser le travail du sexe , c’est non seulement une question de justice mais aussi de santé« Nous réclamons la décriminalisation totale du travail du sexe », déclare Pam Ntshekula, responsable plaidoyer à SWEAT (Afrique du Sud).« La criminalisation rend les travailleuses et travailleurs du sexe vulnérables à la violence, aux abus policiers et à la stigmatisation. La décriminalisation permettrait un accès sans peur aux soins, à la justice, et à la dignité. »« Beaucoup évitent les centres de santé par peur d’être jugés. La décriminalisation garantirait un accès sûr aux services de santé mentale et de santé sexuelle. »Il s’agira de combattre la stigmatisation intersectionnelle ; « Les personnes transgenres subissent des discriminations multiples : en tant que trans, vivant avec le VIH, parents, ou anciens malades de la tuberculose », déclare Abhina Aher.« Avec les coupes budgétaires, la situation est encore plus critique. J’ai moi-même perdu mon emploi à l’USAID simplement parce que je suis transgenre. Beaucoup sont dans la même situation. »Babacar sene Journal Agropasteur
