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Face aux défis sanitaires, environnementaux et économiques liés à l’usage intensif des produits chimiques agricoles, l’agroécologie s’impose de plus en plus comme une alternative crédible et durable. Au Sénégal, comme dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, elle apparaît aujourd’hui comme une réponse concrète aux enjeux de souveraineté alimentaire et de résilience face aux crises.

Alors que les systèmes agricoles industrialisés peinent à répondre aux exigences de durabilité et de santé publique, l’agroécologie séduit de plus en plus de producteurs, de chercheurs et d’acteurs de la société civile. Ce modèle agricole, basé sur le respect des écosystèmes, la valorisation des savoirs paysans et l’autonomie des exploitants, constitue une réponse pertinente aux effets délétères des intrants chimiques.

L’usage massif de pesticides et d’engrais de synthèse a des conséquences bien connues, c’est la dégradation des sols, la pollution des eaux, la perte de biodiversité, mais aussi graves impacts sur la santé humaine.

 Au Sénégal, ces substances exposent particulièrement les femmes et les jeunes producteurs à des risques d’intoxications aiguës et chroniques. Les résidus chimiques présents dans les aliments et l’eau soulèvent de réelles inquiétudes de santé publique et sont des conséquences sanitaires et environnementales alarmantes

C’est dans ce contexte qu’une session d’information à l’intention des journalistes a été organisée pour renforcer leur rôle dans la sensibilisation sur la transition agroécologique et ainsi pour les engager.

L’objectif visé est de leur fournir les outils nécessaires pour produire des contenus impactant, capables d’informer et de mobiliser le grand public.

L’événement s’inscrivait dans une stratégie plus large de plaidoyer en faveur de politiques agricoles plus justes et résilientes. Plusieurs experts de renom y ont pris la parole, parmi lesquels Amadou Kanouté (CICODEV), Mar Ngom (FONGS), Abdou Thiam (Pan Africa) et Famara Diedhiou (AFSA).

Dans son intervention, Amadou Kanouté a rappelé la différence fondamentale entre sécurité alimentaire centrée sur l’accès à des calories suffisantes et souveraineté alimentaire, qui suppose le contrôle des systèmes de production et de consommation. Il a également retracé l’évolution des politiques agricoles sénégalaises, évoquant les initiatives de soutien à la production locale telles que l’ONCAD ou la SODEVA.

M. Kanouté a insisté sur l’importance de maîtriser chaque maillon du système alimentaire, de la production à la consommation, en passant par la transformation et la distribution. Il a plaidé pour l’utilisation du compost local (TOSS), une meilleure gestion des terres, la promotion des semences locales, et la valorisation des produits locaux dans les circuits de distribution. L’agroécologie est au cœur d’une souveraineté alimentaire retrouvée ; elle est une alternative durable aux intrants chimiques

Contrairement à l’agriculture conventionnelle, l’agroécologie repose sur des pratiques agricoles durables le compostage, la rotation des cultures, l’agroforesterie, la gestion intégrée de la biodiversité. Autant de méthodes qui permettent d’enrichir les sols, de produire des aliments plus sains, et de réduire les coûts de production. Elles s’appuient sur les savoirs locaux et la résilience des communautés paysannes.

L’agroécologie offre ainsi un modèle viable face aux changements climatiques, à la dégradation des terres et à la raréfaction des ressources naturelles. Plusieurs initiatives communautaires, notamment dans le Ferlo, le Bassin arachidier ou la Casamance, montrent que cette voie est non seulement possible, mais déjà en marche.

Un changement de paradigme est nécessaire car la transition agroécologique nécessite un engagement politique fort, un appui des collectivités territoriales, des partenaires techniques et financiers, ainsi que l’adhésion des citoyens. Il est urgent d’intégrer l’agroécologie dans les politiques agricoles nationales, de financer la formation des producteurs, de soutenir la recherche locale et de promouvoir les circuits courts.

Des organisations telles que AFSA, ROPPA, Enda Pronat, ou encore le CNCR ou la FONGS Action Paysanne mènent déjà des actions concrètes sur le terrain. Mais pour changer d’échelle, une volonté politique affirmée et des investissements soutenus sont indispensables.

Elle constitue une vision moderne, fondée sur la science et le bon sens paysan, loin d’être un retour en arrière et constitue également une réponse moderne, innovante et scientifique aux défis agricoles actuels et permet de bâtir une agriculture plus saine, plus équitable et plus résiliente, au service des générations présentes et futures.

L’agroécologie repose sur des principes simples mais puissants : valorisation des savoirs paysans, diversification des cultures, respect des cycles naturels, usage raisonné des ressources, intégration de l’agriculture et de l’élevage, et réduction, voire suppression, des intrants chimiques. Elle cherche à concilier performance agricole, justice sociale et respect de l’environnement.

Contrairement aux modèles agricoles intensifs, l’agroécologie ne vise pas uniquement la productivité à court terme. Elle place l’agriculteur au cœur du système et privilégie une approche systémique et durable de l’agriculture.

Sur le plan socio-économique, l’agroécologie favorise l’autonomie des producteurs, limite leur dépendance aux marchés extérieurs et renforce la résilience des communautés rurales. Elle encourage la création d’emplois locaux, la transmission des savoirs endogènes et le développement d’économies circulaires. Loin d’être une agriculture du passé, elle représente une modernité enracinée dans les réalités locales.

Sur le plan environnemental, l’agroécologie permet de restaurer les sols dégradés, de préserver la biodiversité, de mieux gérer l’eau et de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Elle contribue à atténuer les effets du changement climatique tout en renforçant la capacité d’adaptation des systèmes agricoles.

L’Afrique subsaharienne reste confrontée à de nombreux défis alimentaires : insécurité alimentaire chronique, malnutrition, dépendance aux importations, accès inégal aux marchés. Les systèmes alimentaires doivent devenir plus durables, équitables et résilients.

L’agroécologie répond à ces enjeux en promouvant des circuits courts, une alimentation saine, la souveraineté alimentaire et une gouvernance plus inclusive. Elle favorise également une meilleure connexion entre les villes et les campagnes, essentielle pour garantir la sécurité alimentaire des zones urbaines en pleine expansion.

L’usage intensif de pesticides chimiques, souvent non réglementé ou mal contrôlé, représente une menace majeure pour la santé humaine, la biodiversité et les écosystèmes. En Afrique, les cas d’intoxication aiguë, les résidus dans les aliments et la pollution des nappes phréatiques sont de plus en plus préoccupants. Les Pesticides constituent de tous les temps une menace persistante.

L’agroécologie propose des alternatives concrètes à cette dépendance l’agroforesterie, les associations culturales, la biopesticides, la lutte intégrée contre les ravageurs. Ces pratiques permettent de produire autrement, sans compromettre e la santé des producteurs ni celle des consommateurs.

D’où le rôle essentiel que devra jouer des journalistes dans la transition vers des systèmes alimentaires durables ; ils jouent un rôle déterminant car Ils ont la responsabilité d’informer, d’éveiller les consciences, de décrypter les enjeux techniques et politiques de l’agriculture et de relayer les voix des acteurs de terrain. En donnant la parole aux agriculteurs, aux chercheurs, aux consommateurs et aux décideurs, ils contribuent à créer un débat public éclairé.

Face aux lobbies agrochimiques, aux discours simplistes ou aux fausses solutions, le journalisme environnemental et agroécologique doit gagner en expertise, en indépendance et en impact.

L’Agroécologie n’est pas une utopie, c’est une nécessité. Et face à l’urgence sanitaire et écologique, elle s’impose comme la voie d’avenir pour l’agriculture sénégalaise et ouest-africaine. Comme le résume si bien le proverbe wolof : « Meunal sa bop, defal sa bop » prends soin de toi par toi-même. Une philosophie profondément enracinée dans l’esprit de souveraineté alimentaire que ce mouvement appelle de ses vœux.

L’agriculture africaine, en particulier celle des petits producteurs, est à la croisée des chemins. Soumise à de multiples pressions – changement climatique, appauvrissement des sols, expansion urbaine, dépendance aux intrants chimiques – elle doit impérativement se réinventer. C’est dans ce contexte que l’agroécologie émerge comme une voie porteuse d’espoir.

Babacar Sene Journal Agropasteur/Babacalimat

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