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De Mékhé à Kolda, de Kaolack à Richard-Toll, des paysans, des éleveurs, des femmes et des jeunes réinventent l’agriculture et l’élevage sénégalais. Entre compost, irrigation solaire, mini-laiteries et cultures fourragères, un modèle original émerge : productif, durable et profondément enraciné dans les savoirs locaux.Le soleil se lève sur Mékhé. Dans ses sillons fraîchement arrosés, Mbaye Diouf inspecte ses jeunes pousses de mil. À côté des variétés locales héritées de ses parents, il a semé une nouvelle souche plus rapide. « Ici, on expérimente toujours », dit-il avec un sourire. « C’est comme ça qu’on avance : un pied dans la tradition, un autre dans l’innovation. »Partout au Sénégal, des producteurs, des éleveurs, des femmes et des jeunes ouvrent de nouvelles voies. Entre champs irrigués, mini-laiteries rurales et coopératives numériques, se dessine un modèle agricole sénégalais : résilient, créatif et plein d’avenir.À Kaolack, sur le marché, Fatou Ndiaye vend ses sacs de compost. L’odeur de terre humide s’échappe des emballages, preuve d’une fertilité retrouvée. « Le compost, c’est notre richesse », dit-elle. « On nourrit la terre et on récolte mieux. » Des champs qui nourrissent et innovent où l’irrigation goutte-à-goutte solaire transforme aussi les pratiques. Les tomates sont rouges, les oignons bien ronds. « Avant, une bonne pluie décidait de tout. Aujourd’hui, c’est nous qui maîtrisons l’eau », explique Moussa, 28 ans.Avec de nouveaux magasins de stockage et unités de transformation, les producteurs voient plus loin. « Ce n’est plus seulement produire, mais aussi conserver et vendre au bon prix », résume un responsable de coopérative.Mme Fatou Ndiaye, Kaolack se dit très fière ; « Le compost, c’est notre engrais. Avant, on achetait cher. Maintenant, on fabrique nous-mêmes et on en vend aux autres. C’est une fierté. »A Kolda, l’ingéniosité est au service des troupeaux, là Ousmane Baldé nourrit ses vaches avec du niébé fourrager cultivé dans son périmètre fourrager. Le bétail est plus robuste, les veaux plus vigoureux. « Avant, on perdait pendant la saison sèche. Maintenant, les bêtes traversent l’année avec plus de force », raconte-t-il, le regard fier.Des campagnes de vaccination régulières et des postes vétérinaires de proximité sécurisent les troupeaux. « Quand une vache est protégée, c’est toute une famille qui respire », ajoute Ousmane.À Richard-Toll, le lait local prend une nouvelle dimension. Dans une petite laiterie, Néné Aicha transforme chaque matin le lait en yaourt crémeux. « Les clients reviennent toujours », dit-elle. « Ils savent qu’ici, c’est du vrai lait du Sénégal. »« Nous, les femmes, on transforme le lait local en yaourt. On n’a pas besoin de poudre importée. Et nos enfants grandissent avec ce qu’on produit ici. »Les Jeunes et les femmes sont les pionniers du renouveau dans la Zone des Niayes.À Thiès, un hangar résonne de rires et d’enthousiasme. Des jeunes cultivent hors-sol des salades croquantes et des tomates cerises. « On prouve que l’agriculture peut être moderne, branchée et rentable », explique Abdou, smartphone à la main.Les femmes dynamisent les coopératives rurales. Mariama, à la tête d’un groupement, rêve de machines et de crédits plus accessibles. « Nous avons l’énergie et les idées. Il suffit de nous faire confiance », dit-elle. « Avant, je pensais que l’agriculture, c’était pour les anciens. Maintenant, je vois que c’est un vrai business moderne, connecté, et qui donne du sens. »Dans le Delta du fleuve, des paysans récoltent du riz tolérant au sel, une petite victoire contre l’avancée des eaux salées. Dans le Ferlo, les haies d’arbres fourragers verdissent les enclos et nourrissent les troupeaux. C’est véritablement une agriculture qui soigne la terre.Ces pratiques agro-sylvo-pastorales rappellent que le futur s’écrit avec les savoirs anciens. « L’arbre, l’animal et la culture doivent vivre ensemble », dit un vieux berger, assis à l’ombre d’un acacia. « Quand on plante un arbre, on nourrit les vaches, on protège la terre, et on donne de l’ombre aux enfants. C’est ça l’avenir. »De Mékhé à Kolda, de Kaolack à Richard-Toll, un nouveau récit se tisse celui d’un pays qui choisit de se nourrir par lui-même, d’investir dans ses forces et de miser sur son intelligence collective. Un modèle sénégalais en marche, qui valorise les céréales locales et le lait de terroir mais aussi qui place Un modèle qui place les jeunes et les femmes au cœur du changement et qui marie innovation et respect de la nature.En redressant sa silhouette au milieu de son champ, Mbaye Diouf conclut d’une phrase simple, mais pleine d’avenir : « L’agriculture, c’est notre richesse. Et c’est à nous de la faire grandir. »Babacar Sene Journal Agropasteur

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