En Afrique de l’Ouest et dans la zone sahélienne, le commerce transfrontalier constitue l’un des moteurs essentiels de l’intégration économique régionale. Pourtant, malgré les efforts des États et des organisations régionales pour fluidifier les échanges, notamment à travers la CEDEAO et l’UEMOA, une réalité continue de freiner la libre circulation des biens : les paiements illicites.Ces transactions informelles, souvent exigées aux postes de contrôle routiers, aux frontières ou lors du transport des produits agricoles, se caractérisent par l’absence totale de reçu ou de justification officielle. Selon plusieurs études régionales, elles peuvent représenter une part significative des coûts liés au transport et réduire fortement la compétitivité des filières agricoles.Les paiements illicites constituent un obstacle majeur aux efforts de formalisation du commerce des produits agricoles dans la région. D’abord, ils renchérissent artificiellement le coût du transport. Pour les petits commerçants, les coopératives ou les producteurs qui cherchent à écouler leurs récoltes au-delà des frontières, ces frais imprévus grignotent des marges déjà fragiles.Une menace pour la formalisation du commerce agricoleCertains transporteurs préfèrent alors emprunter des routes secondaires, parfois dangereuses, pour éviter les barrages informels un risque supplémentaire pour les personnes et les marchandises.Ensuite, cette pratique entretient un cercle vicieux d’informalité. Face à des coûts imprévisibles, beaucoup de commerçants choisissent de contourner le système officiel, renonçant aux déclarations douanières, aux certificats de qualité ou aux procédures légales. Or, cette informalité complique la traçabilité des produits, limite l’accès aux marchés structurés et nuit au développement de chaînes de valeur agricoles capables de répondre aux standards régionaux et internationaux.L’impact va au-delà du secteur agricole. Les paiements illicites affaiblissent la confiance dans les institutions, découragent l’investissement privé et ralentissent la mise en œuvre effective des accords régionaux sur la libre circulation..Un frein à l’intégration économique régionalequi éloigne de plus en plus le continent des objectifs d’intégration économique, pourtant cruciaux pour dynamiser les échanges, améliorer la sécurité alimentaire et renforcer la résilience des économies sahéliennes.Pour de nombreux experts, la lutte contre ces pratiques passe par une professionnalisation des corps de contrôle, une digitalisation des procédures douanières, mais aussi une sensibilisation des transporteurs et commerçants à leurs droits. Une meilleure coordination entre États voisins est également nécessaire pour réduire les zones grises où prospèrent les pratiques illicites.Malgré des avancées, la persistance des paiements illégaux rappelle que l’intégration commerciale en Afrique de l’Ouest ne pourra pleinement se réaliser que si les frontières deviennent de véritables espaces de coopération, et non des points de passage coûteux et arbitraires pour les acteurs économiques. Babacar Sene journal Agropasteur
