À une centaine de kilomètres de Tambacounda, le village de Makacoulibantang recèle un potentiel agricole considérable, porté par les femmes et les jeunes. Mais le mauvais état des routes freine l’essor de ce terroir, où le projet Avenir, soutenu par MEDA en collaboration avec l’Alliance de Biodiversité Internationale et le CIAT et financé par Affaires Mondiales Canada, tente de transformer les espoirs en réalités.
Des routes éprouvantes, un enclavement persistant s’offre à cette localité Makacoulibantang et environnants ; une route longue et pénible dont la distance avoisine la centaine de kms de la capitale régionale.
Une route dont la chaussée cabossée offre des crevasses parfois engloutie par les flaques laissées par les pluies.
En ce matin d’hivernage, la voiture 4×4 du projet Avenir peine à se frayer un chemin n’eut été l’ingéniosité du conducteur. « Ici, il faut savoir patienter et avoir de bons amortisseurs », glisse le chauffeur, concentré sur une piste qui disparaît par endroits sous l’eau.
Dès Koussanar, à une cinquantaine de kilomètres de Tambacounda, la richesse du terroir saute aux yeux : tapis d’herbes vertes à perte de vue, mares remplies, bétail rassasié. Mandingues et Peuls cohabitent depuis des générations, partageant pâturages, marchés et traditions. Ce brassage ethnique est perçu comme une véritable richesse locale.
Mais la route raconte aussi l’économie villageoise. À Kothia Manding ou à Sinthiou Malème, le charbon de bois s’entasse le long de la chaussée, marchandé bruyamment par les clients. Plus loin, ce sont des fagots de bois qui attendent preneurs. Une activité vitale pour de nombreuses familles, mais préoccupante pour les défenseurs de l’environnement.
À Bousra Al Makhrouss, le décor change. Habitant·e·s et talibés, guidés par un marabout, unissent leurs forces pour réparer la route. Pierres et sable sont déposés sur les parties les plus abîmées. « Si nous ne faisons pas ça nous-mêmes, qui viendra l’entretenir pour nous ? », lance un villageois, les mains couvertes de poussière.
À Makacoulibantang, la fatigue du trajet s’efface devant l’énergie des femmes du GIE Tesito en premiére ligne présidé par Mme Koudié Kane.
Bénéficiaire du projet Avenir, le groupement exploite un hectare de terres. « Grâce à ce soutien, nous avons pu renforcer nos activités et mieux nous organiser », explique Mme Kane, entourée de ses camarades en pagnes colorés.
Le GIE compte une quarantaine de membres qui cultivent gombo, maïs, bissap, piment, salade et niébé. En ce moment, gombo et piment sont en pleine récolte. « Nous avons créé une caisse de solidarité où nous gardons nos recettes. Aujourd’hui, grâce au forage, nous n’avons plus de problème d’eau. Nous travaillons en toute saison », ajoute la présidente.
Selon M. Latyr Diouf, de l’Alliance pour la Biodiversité, le projet Avenir accompagne femmes et jeunes à Tambacounda et à Sédhiou. Il met en place des périmètres irrigués équipés de systèmes goutte-à-goutte, forages et clôtures, offre des formations en organisation et gestion, et appuie la maintenance des équipements solaires. « L’objectif est de renforcer l’autonomie des femmes et des jeunes à travers la production agricole et la commercialisation », souligne-t-il, rappelant que le projet se poursuit jusqu’en 2026.
Les jeunes témoignent de leur engagement. Madou Ba, du village, participe à l’entretien du périmètre : transport de semences, maintenance du goutte-à-goutte et du solaire. « Grâce au projet, je me suis formé sur le tas. Après mon baccalauréat, je voudrais poursuivre des études en entrepreneuriat agricole », confie-t-il.
Même enthousiasme chez Fatoumata Diao, membre du GIE : « Le projet nous a permis de mieux nous organiser. Avec la caisse d’entraide, nous accédons à de petits crédits remboursables. Cela nous aide à développer nos activités. »
Au-delà de Makacoulibantang, le projet Avenir appuie plusieurs chaînes de valeur : le baobab à Tambacounda, l’anacarde et la mangue à Sédhiou, mais aussi l’horticulture (salade, oignons). En partenariat avec l’ISRA et l’ANCAR, il met en place des champs-écoles paysans, véritables parcelles de démonstration pour relever les défis de la production.
Pourtant, toutes les voix convergent vers la même préoccupation : l’enclavement reste le principal frein. Les routes impraticables compliquent l’écoulement des productions agricoles et limitent l’accès aux marchés.
La mise en place du périmètre du GIE Tesito met en valeur la vitalité locale, l’engagement communautaire et l’impact du projet Avenir, tout en soulignant les défis liés aux infrastructures.
Après Makacoulibantang, cap sur Tambacounda où l’entreprise Esther Mardochée SUARL, dirigée par Mme Jeanne Marie Sarr, prépare l’installation d’une chambre froide et l’acquisition d’un camion frigorifique pour conserver produits horticoles et mangues. Un investissement de 55 millions de FCFA, dont 32 millions déjà mobilisés par la fondatrice.
A noter que Le projet AVENIR est financé par Affaires mondiales Canada (AMC) pour la période 2019-2026, et mis en œuvre par l’ONG MEDA (Mennonite Economic Development Associates) en collaboration avec l’Alliance de Bioversity International et du CIAT, en collaboration avec des organisations partenaires locales, des services techniques, des acteurs de la société civile et du secteur privé.Babacar Sene babaclimat /Journal Agropasteur
