À Ndiémane, dans la commune de Nguéniène (département de Mbour, région de Thiès), se tiendra du 14 au 16 avril 2026 la Foire locale des semences paysannes. Cet événement d’envergure est organisé par l’Association Sénégalaise des Producteurs de Semences Paysannes (ASPSP) et l’association « Aide aux forces vives par la formation à l’agroécologie » (AFAFA).
Cette initiative s’inscrit dans le cadre de projets soutenus par l’ONG espagnole Mundu Bakean et la Fédération genevoise de coopération, avec l’appui de Coopération Nord-Sud et des Jardins de Cocagne.
La foire vise principalement à valoriser et favoriser les échanges de semences traditionnelles, tout en contribuant au renforcement de la souveraineté alimentaire et à la promotion de l’agroécologie.
L’ASPSP défend une vision d’agroécologie paysanne fondée sur la souveraineté semencière, considérée comme un levier essentiel pour atteindre l’autonomie alimentaire.
Les foires de semences paysannes constituent ainsi des espaces clés de préservation de la biodiversité agricole et animale. Elles permettent le partage de savoirs et savoir-faire, tout en valorisant des semences locales adaptées aux réalités climatiques. Ces dernières jouent un rôle déterminant dans la résilience des systèmes agricoles face aux effets du changement climatique.
La Foire se situe dans un contexte agricole sous pression au Sénégal où l’agriculture repose à 95 % sur des exploitations familiales. Toutefois, celles-ci peinent de plus en plus à couvrir les besoins alimentaires des ménages. Les effets du changement climatique sécheresse, irrégularité des pluies, baisse de fertilité des sols entraînent une diminution des rendements et accentuent la vulnérabilité des producteurs.
Cette situation pousse de nombreux jeunes à migrer vers les villes ou à l’étranger, tandis que les femmes, fortement impliquées dans les activités agricoles, restent particulièrement exposées à la précarité.
Par ailleurs, les politiques agricoles favorisant les semences dites « améliorées » et le développement du secteur privé dans leur distribution ont progressivement marginalisé les systèmes semenciers paysans. Ces derniers reposent pourtant sur des pratiques locales intégrées (sélection, production, conservation) adaptées aux réalités culturelles et environnementales.
Placée sous le thème « Autonomisation et résilience des femmes semencières en milieu rural », cette édition mettra en lumière le rôle central des femmes dans la conservation et la gestion des semences locales.
Malgré leur importance, celles-ci font face à de nombreuses contraintes, notamment un accès limité au foncier, au crédit agricole et aux ressources productives. Leur autonomisation apparaît ainsi comme un enjeu majeur pour renforcer la sécurité alimentaire et réduire les inégalités de genre.
La foire se déroulera sur trois jours, avec un programme riche combinant échanges, formations et animations.
En prélude, une caravane de sensibilisation reliera Nguéniène à Ndiémane, suivie d’une soirée culturelle.
La première journée sera marquée par l’installation des stands, des visites de périmètres maraîchers, des panels d’orientation ainsi que la cérémonie officielle. Elle se clôturera par un dîner, une projection de film et des animations culturelles.
La deuxième journée sera consacrée à des expositions de semences, des visites de stands et plusieurs ateliers pratiques : transformation de produits locaux, panification à base de céréales locales, économie sociale et solidaire, ainsi que la campagne « Ma semence, ma vie ». Des panels aborderont également les stratégies de résilience des femmes et la gestion durable des ressources naturelles.
La troisième journée, dédiée à la clôture, mettra l’accent sur la bourse des semences, la poursuite des ateliers (éducation financière, accès au marché) et un panel sur la transition agroécologique. Elle s’achèvera par la cérémonie de clôture, la remise d’attestations et la lecture de la déclaration finale.
Un espace de dialogue et d’innovation locale pour cette foire qui au-delà de son caractère festif, l cette Foire locale des semences paysannes se veut un cadre d’échanges entre producteurs, organisations de la société civile et partenaires techniques et financiers.
Elle contribue à la valorisation des pratiques agricoles durables et à la préservation des semences traditionnelles, véritables piliers de la résilience et de la durabilité des systèmes alimentaires.
Babacar Séne Journal Agropasteur
