Les discussions récentes au sein d’un panel réunissant chercheurs, paysans et acteurs de la société civile mettent en lumière la nécessité d’une révision en profondeur de la coopération scientifique en Afrique. La question des semences hybrides et OGM, ainsi que le rôle d’organisations internationales comme le CORAF, ont cristallisé les échanges.Les semences de maïs importées, majoritairement hybrides, sont au cœur de la polémique. Selon plusieurs intervenants, elles imposent aux producteurs une dépendance économique, puisque les semences doivent être rachetées chaque année pour garantir une récolte correcte.« Le Mais est conçu pour l’alimentation animale et n’a pas la saveur des variétés locales. Il provoque en outre la dégénérescence des variétés paysannes par pollinisation croisée », alerte Irina Thiello, membre active du panel.Pour d’autres participants, au-delà de la question du rendement vanté par les promoteurs, c’est tout un écosystème qui est menacé : épuisement des sols, recours massif aux intrants chimiques, monocultures destructrices et perte de biodiversité.Face à cette situation, des organisations paysannes s’organisent pour sauvegarder leurs variétés locales. Des exemples au Fouta, à Koussanar ou encore au sein de l’ASPSP (Association sénégalaise des producteurs de semences paysannes) montrent qu’il est possible de protéger un patrimoine génétique précieux.« Le paysan est le premier chercheur. C’est lui qui, depuis l’origine de l’agriculture, a créé et adapté les variétés. Aujourd’hui encore, son savoir-faire reste central », rappelle Mme Thiello.Des initiatives concrètes, comme la mise en place de distances d’isolement entre champs ou l’utilisation de barrières végétales, permettent de limiter les contaminations entre variétés locales et importées.La discussion s’est élargie au rôle du Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricoles (CORAF). Certains intervenants accusent cette structure de favoriser la privatisation du secteur semencier en Afrique de l’Ouest, au profit de firmes multinationales.« La réalité, c’est que l’Afrique ne doit pas rester le laboratoire des programmes occidentaux. Les projets sont souvent élaborés ailleurs, appliqués mécaniquement ici et les données repartent à l’étranger. Nous devons renégocier cette coopération », estime le journaliste Babacar Sène.Si d’autres défendent l’apport du CORAF dans le renforcement des systèmes de recherche, tous s’accordent sur un point : la nécessité de définir des politiques scientifiques et agricoles qui répondent avant tout aux besoins locaux.Autre sujet de préoccupation : le brevetage des semences paysannes. Le cas du célèbre oignon « Violet de Galmi », breveté par une entreprise, a été dénoncé comme une menace directe à la souveraineté alimentaire. « Breveter le vivant, c’est confisquer le patrimoine collectif des communautés rurales au profit du privé », dénoncent les membres du panel.À travers ces échanges, un constat émerge : l’Afrique dispose aujourd’hui des ressources humaines et scientifiques nécessaires pour définir ses propres priorités de recherche.« Ce qu’il nous faut, c’est une souveraineté en matière de coopération scientifique », résume Babacar Sène. « Nos systèmes de recherche doivent être au service de nos politiques publiques et de la préservation de notre patrimoine biologique. »En filigrane, c’est bien la place de l’Afrique dans la gouvernance scientifique mondiale qui est interrogée. Entre pressions des multinationales, dépendance technologique et résistances paysannes, le débat reste ouvert, mais une conviction se renforce : la science doit d’abord servir les peuples et leurs besoins.Babacar Sene Journal Agropasteur
