Un vent d’inquiétude souffle dans plusieurs localités rizicoles du Sénégal. Des organisations paysannes et des leaders communautaires expriment leur ferme opposition au projet de riz clonal actuellement introduit dans certaines zones, un projet présenté comme innovant mais perçu comme une menace directe pour la souveraineté semencière locale.Un projet porté par des financements extérieurs, jugé opaqueLes paysans soupçonnent le « Projet de Riz Clonal » qui reposerait principalement sur des financements extérieurs, dont certains acteurs sont décrits comme de puissants promoteurs des organismes génétiquement modifiés (OGM) et des biotechnologies agricoles.Ce projet s’appuie sur la technologie d’édition génomique, une approche récente et encore peu connue du grand public, mais aussi insuffisamment maîtrisée dans de nombreux pays. Pour les organisations paysannes, cette technologie comporte des risques importants, notamment en termes d’impacts écologiques, socio-économiques et sanitaires.La crainte d’une disparition progressive des semences paysannes plane chez ces paysans qui rappellent que les variétés de riz clonales sont, dans la plupart des cas, brevetées, ce qui introduit une dépendance juridique et financière. Ils redoutent que leur adoption massive entraîne à terme la marginalisation ou la disparition des semences paysannes, adaptées depuis des générations aux terroirs locaux , une dépendance accrue vis-à-vis des multinationales détentrices des droits de propriété intellectuelle ;Et une perte d’autonomie des familles rurales, qui deviendraient incapables de reproduire, échanger ou sélectionner librement leurs semences.Selon les organisations consultées, ces risques remettent en cause des décennies d’efforts menés par les femmes rurales, qui ont joué un rôle crucial dans la sélection, le stockage et la conservation des variétés paysannes de riz. Elles ont permis de préserver un patrimoine semencier qui constitue le socle de la souveraineté alimentaire nationale d’où « Toucher à ces semences serait un scandale ».Pour de nombreux producteurs, tenter de remplacer ces semences soigneusement préservées par des variétés clonales représenterait « le plus grand scandale ».Ils estiment que ce projet ne répond pas aux réalités des exploitations familiales et pourrait surtout servir des intérêts extérieurs.« Nous avons mis des années à protéger nos semences. Les retirer aux paysans pour les remplacer par des semences brevetées, c’est hypothéquer notre avenir et celui de nos enfants », déplore un représentant paysan.Les organisations paysannes et leurs membres en interpellant les autorités affirment que les structures officielles impliquées dans les politiques semencières notamment le Ministère de l’Agriculture, le MASAE, l’ISRA, la Direction de l’Agriculture, la DPV, l’ANCAR ou encore l’INP ne disposeraient pas encore de toute l’information nécessaire pour mesurer pleinement les implications d’un tel projet et qu’on leur fasse confiance de les impliquer dans la réflexion pour des solutions idoines .Elles appellent donc les autorités à examiner minutieusement les enjeux liés aux biotechnologies avant toute décision de déploiement.C’est dans ce cadre que la COPAGEN et les organisations alliées montent au créneau.C’est dans ce cadres que les membres de la Coalition pour la Protection du Patrimoine Génétique Africain (COPAGEN) et leurs alliés , de nombreuses ONG et des organisations de la société civile réaffirment leur opposition.Elles rappellent que des initiatives locales existent déjà pour renforcer les systèmes semenciers endogènes, notamment dans le riz local, et qu’il serait contre-productif de fragiliser ce travail.Ces organisations annoncent qu’elles ne resteront pas les bras croisés. Leur objectif est d’éviter un « désastre paysan » qui pourrait signer la disparition des dernières semences paysannes disponibles dans les exploitations familiales, fondement même de la souveraineté alimentaire du Sénégal. Babacar Sene Journal Agropasteur
