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À l’heure où le changement climatique fragilise les systèmes agricoles classiques, le pastoralisme apparaît de plus en plus comme une réponse stratégique pour renforcer la résilience alimentaire dans les zones sèches. C’est la conviction défendue par Dr Tamsir Mbaye, coordonnateur du Pôle Pastoralisme et Zones Sèches (PPZS), lors d’une communication consacrée à l’avenir des systèmes alimentaires sahéliens.

Une expertise scientifique ancrée dans les réalités du Sahel à travers le PPZS basé au Sénégal qui  fédère plusieurs institutions scientifiques majeures, dont le CIRAD, l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), le Centre de Suivi Écologique (CSE) et l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA).
Entre 2018 et 2021, plus de 40 dispositifs de recherche-action ont été déployés dans les zones pastorales sahéliennes, accompagnant également la formation d’une vingtaine de doctorants et jeunes chercheurs.

Ces travaux s’appuient sur des données empiriques collectées notamment dans le Ferlo, territoire emblématique des dynamiques pastorales.

« Qualifier le pastoralisme de solution n’est pas un slogan. C’est une affirmation scientifiquement étayée, à condition de lever certains angles morts », souligne Dr Mbaye.

Contrairement à certaines idées reçues, la mobilité du bétail n’est pas un facteur de dégradation, mais un mécanisme d’adaptation aux fortes variations climatiques sahéliennes, où la variabilité annuelle des pluies peut dépasser 30 %.

Les recherches montrent que les trajectoires de transhumance suivent des gradients très précis de biomasse et d’accès à l’eau. Lorsque les couloirs de passage restent fonctionnels, la pression sur les ressources naturelles se répartit dans l’espace, limitant les risques de surexploitation.

« La mobilité n’est pas un problème. C’est une intelligence écologique », insiste le chercheur.

Un poids économique largement sous-estimé pour l’élevage qui  représente entre 10 et 20 % du PIB dans plusieurs pays ouest-africains, et jusqu’à la moitié du PIB agricole. Pourtant, selon la Banque mondiale, sa contribution réelle demeure sous-évaluée.

Dans le nord du Sénégal, les études du PPZS révèlent une forte intégration aux marchés urbains ;des flux commerciaux transfrontaliers structurants  et une production laitière quotidienne, même en année sèche.

Le pastoralisme apparaît ainsi comme un pilier économique des zones arides, loin de l’image d’activité marginale qui lui est parfois associée.

Les parcours pastoraux couvriraient environ 40 % des terres émergées mondiales, selon la Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Dans les régions arides, jusqu’à 80 % des terres sont impropres à l’agriculture pluviale mais valorisables par l’élevage extensif.

Les observations menées dans le Ferlo montrent même des phases de régénération naturelle de la végétation lorsque la mobilité est maîtrisée, confirmant le rôle du pastoralisme dans la stabilisation des écosystèmes.

Face à la multiplication des sécheresses, les systèmes pastoraux mobiles démontrent une capacité d’ajustement supérieure aux modèles agricoles fixes.
Lorsque les cultures échouent, la production laitière permet souvent d’assurer un revenu minimal aux ménages.

« Le pastoralisme fonctionne comme un mécanisme d’assurance écologique et économique intégré. Il est déjà un système d’adaptation climatique opérationnel », explique Dr Mbaye.

Un secteur en pleine transformation que constitue le  Pastoralisme Sahélien  qui est loin d’être figé mais qui évolue rapidement  à travers la diversification des sources de revenus ;l’émergence de mini-laiteries locales la meilleure connexion aux marchés urbains les innovations sanitaires  et l’usage croissant des outils numériques.

Il combine savoirs traditionnels et innovations contemporaines, constituant ce que les chercheurs qualifient de « technologie sociale optimisée pour l’incertitude ».

Le PPZS développe aujourd’hui des outils d’aide à la décision  la cartographies de mobilité pastorale ; l’analyses de filières ; les diagnostics sur la fragmentation foncière  et le suivi des dynamiques écologiques.

Ces informations doivent nourrir la planification territoriale, sécuriser les couloirs de transhumance et guider les investissements publics, notamment dans la perspective de l’initiative Nouakchott +10 consacrée à l’élevage pastoral.

« Sans données, la décision publique reste fragile. Avec des données objectivées, nous pouvons passer du soutien discursif à une intégration structurelle », plaide le coordonnateur du PPZS.

Pour Dr Mbaye, soutenir le pastoralisme ne revient pas à appuyer un groupe socio-professionnel particulier, mais à investir dans la résilience des territoires les plus exposés au changement climatique.

Le pastoralisme contribue simultanément à la résilience climatique ; la sécurité alimentaire  et la  stabilité territoriale.

« La question n’est plus : quelle place pour le pastoralisme ? Mais sommes-nous prêts à adapter nos politiques publiques à l’intelligence des zones sèches ? »

Dans un monde marqué par l’incertitude climatique, conclut-il, les solutions d’avenir seront celles capables de gérer la variabilité plutôt que de la subir — et le pastoralisme en constitue l’une des architectures les plus éprouvées.

Babacar Sene Journal Agropasteur

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