Le Sénégal consolide sa riposte contre le VIH/Sida, avec des résultats encourageants en matière de prise en charge et de réduction des nouvelles infections, selon un document récemment publié par le Ministère de la Santé et de l’Action sociale. Il y a vingt-cinq ans, vivre avec le VIH au Sénégal signifiait faire face à une forte incertitude thérapeutique, à un accès limité aux soins et à une stigmatisation sociale pesante. Aujourd’hui, la situation a profondément évolué. À travers 157 sites de prise en charge répartis sur l’ensemble du territoire, plus de 37 638 personnes vivant avec le VIH sont régulièrement suivies. Elles bénéficient d’un traitement antirétroviral gratuit, leur permettant de mener une vie productive. Cette transformation illustre les progrès structurés de la riposte nationale, portée par les autorités sanitaires. Des résultats encourageants dans la réduction des nouvelles infections Les données récentes montrent une baisse des nouvelles infections. Celles-ci sont passées de 3 485 cas en 2005 à 2 979 cas en 2024, traduisant l’impact des stratégies mises en œuvre. Chez les enfants, les avancées sont particulièrement marquantes : les nouvelles infections ont été réduites de moitié, passant de 20,1 % en 2023 à 8,4 % en 2024. En revanche, une tendance préoccupante est observée chez les adolescents, avec une hausse des nouvelles infections, atteignant 16,8 % en 2024 contre 14,6 % en 2023. De manière générale, une progression des nouvelles infections est constatée dans presque toutes les tranches d’âge, à l’exception des enfants, avec une augmentation notable chez les personnes âgées de 50 ans et plus. Une prise en charge renforcée et des performances en amélioration La gratuité du dépistage et du traitement antirétroviral, instaurée dès 1998 avec l’Initiative sénégalaise d’accès aux ARV, a profondément transformé la prise en charge. À la fin de l’année 2024 : 37 638 personnes étaient suivies régulièrement ; 788 décès liés au Sida ont été enregistrés, soit une létalité annuelle estimée à 2 %, en baisse continue. Les performances du Sénégal s’alignent progressivement sur les objectifs internationaux : 85 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique ; 93 % d’entre elles sont sous traitement antirétroviral ; 92 % des patients traités présentent une charge virale supprimée. Cependant, près de 30 % des patients sont encore diagnostiqués à un stade avancé, soulignant la nécessité de renforcer le dépistage précoce. Dans la Transmission mère-enfant , des progrès notables sont obtenus mais des efforts sont à poursuivre Depuis la mise en place du programme de prévention de la transmission mère-enfant en 2002, des avancées significatives ont été enregistrées. Ainsi en 2024 93 % des femmes enceintes séropositives sont sous traitement 93 % des enfants exposés bénéficient d’un traitement ; 100 % ont accès au diagnostic précoce. Toutefois, le taux de dépistage des femmes enceintes reste à 70 %, malgré une proposition systématique dès la première consultation prénatale. L’objectif reste d’atteindre les 95 % à chaque étape de la cascade de soins et d’éliminer la transmission verticale du VIH, de la syphilis et de l’hépatite B. Cependant des inquiétudes liées au financement de la riposte existent. Réagissant à ces résultats, Flora salikhova Directrice exécutive de l’ONG Prometra International, salue les progrès réalisés. Toutefois, elle exprime des préoccupations quant à la durabilité des acquis. Selon elle, les résultats de 2024 pourraient être fragilisés par les évolutions du contexte international, notamment les décisions prises sous l’administration du président américain Donald Trump, ayant entraîné une réduction de l’appui de l’USAID. Une situation qui, selon elle, accentue les défis liés au financement du secteur de la santé. Cap sur 2026-2030 : accélérer et consolider les acquis Les autorités sanitaires misent désormais sur le Plan stratégique national intégré 2026-2030 pour intensifier la riposte. Ce plan vise notamment à réduire davantage les nouvelles infections ; améliorer le dépistage précoce ; étendre les services différenciés de prise en charge ; renforcer les interventions communautaires, notamment auprès des populations difficiles d’accès. Il prévoit également : l’intégration des services VIH avec ceux de la tuberculose, des hépatites et des infections sexuellement transmissibles (IST) ; la digitalisation complète du système de suivi-évaluation, avec une identification unique des patients. Vers une souveraineté sanitaire et une valorisation des médecines traditionnelles Dans ce contexte, Prometra International plaide pour un recours accru à la médecine traditionnelle africaine. Selon Mme la Directrice Exécutive de Prometra cette approche endogène pourrait faciliter les interventions communautaires et améliorer l’accès aux soins, notamment dans les zones difficiles. Elle appelle ainsi à une souveraineté sanitaire, invitant les États à réduire leur dépendance aux modèles médicaux exogènes et à valoriser davantage les ressources locales. Babacar sene journal Agropasteur
