Au Sommet de l’Élevage 2025, une conférence organisée par la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI) et l’Institut de recherche et d’application des méthodes de développement (IRAM) s’est penchée sur une question cruciale : la filière viande bovine en Afrique de l’Ouest peut-elle se passer de l’élevage mobile ?Entre élevage transhumant dans les zones sahéliennes et marchés de consommation dans les pays côtiers, la filière viande bovine structure depuis longtemps les échanges économiques régionaux. Mais l’insécurité, la pression foncière et la sédentarisation croissante remettent aujourd’hui en cause ce modèle traditionnel.Faut-il rapprocher les élevages des zones de consommation ? Ou, au contraire, abattre les animaux au plus près des zones de production ? Comment sécuriser les espaces transfrontaliers et réduire les coûts liés à la distance ? Autant de questions au cœur des débats qui ont réuni chercheurs en économie, sociologues, zootechniciens et organisations professionnelles.Le Dr Bio Goura Soulé, agroéconomiste et responsable du volet technique « Élevage et pastoralisme » à la Commission de la CEDEAO, a appelé les pays africains à « sortir de la dépendance pour atteindre la souveraineté alimentaire ».Il a salué la mise en œuvre d’une préférence nationale dans les politiques agricoles régionales et rappelé les cinq offensives prioritaires adoptées par la CEDEAO : le riz, avec l’objectif d’atteindre 30 millions de tonnes d’ici 2035 ;le lait, avec des initiatives visant 30 millions de tonnes d’ici 2030 ;le maïs et la volaille, moteurs de la sécurité alimentaire et les racines et tubercules, notamment le manioc, soutenus par des pratiques agroécologiques pour renforcer la résilience face au changement climatique.Selon Dr Soulé, ces offensives traduisent une volonté politique forte de bâtir des systèmes alimentaires durables et adaptés aux réalités locales.La filière Viande est véritablement fragilisée par l’insécurité. Pour sa part, le Dr Issaka Sawadogo, président de la Confédération des fédérations nationales de la filière bétail-viande de l’Afrique de l’Ouest (COFENABVI-AO), a souligné les conséquences directes de l’insécurité sur la filière.« Les coûts de la viande et du bétail augmentent du fait des détours imposés par les zones à risque et de la hausse des frais de transport », a-t-il expliqué.Malgré la multiplication des marchés, les acteurs peinent à écouler leur production dans des conditions sûres. Le président de la COFENABVI-AO a appelé à une mobilisation collective pour renforcer la sécurisation des couloirs de transhumance des circuits de convoyage du bétail et à un dialogue renforcé entre éleveurs et agriculteurs afin de prévenir les conflits récurrents.En somme, cette rencontre au Sommet de l’Élevage 2025 met en lumière un enjeu majeur : concilier mobilité pastorale, sécurité régionale et valorisation économique de la viande bovine, dans une Afrique de l’Ouest en pleine mutation.babacar sene journal Agropasteur
