Derrière chaque litre de lait local valorisé, il y a des familles d’éleveurs, des femmes transformatrices, des jeunes entrepreneurs, des emplois créés et des territoires renforcés. » C’est en ces termes que Dr Ibra Touré, Directeur régional Afrique de l’Ouest et Zones sèches du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, représentant également Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement et l’Alliance Agreenium, a ouvert la 5e édition du Colloque international « Lait, vecteur de développement », ce mardi 12 mai 2026 au Sénégal.Organisé conjointement par l’Institut sénégalais de recherches agricoles, l’INRAE et le CIRAD, cet important rendez-vous scientifique et professionnel confirme la place du Sénégal comme acteur majeur de la réflexion sur l’avenir de la filière laitière en Afrique. Après Rennes, Rabat et la Tunisie, le Sénégal accueille pour la deuxième fois cette rencontre internationale de haut niveau.Une filière stratégique pour le développement durable affirme Dr Touré qui a insisté sur le caractère stratégique de la filière laitière, qu’il considère comme un puissant levier de développement économique, de sécurité alimentaire, de résilience climatique et de cohésion sociale.« Dans un contexte mondial marqué par les crises climatiques, sanitaires, économiques et géopolitiques, la question du lait dépasse largement les seuls enjeux de production animale. Elle touche à la souveraineté alimentaire, à la nutrition, à l’emploi des jeunes et des femmes, à la valorisation des territoires pastoraux et à la stabilité des sociétés rurales », a-t-il déclaré.Un potentiel régional encore sous-exploité estime Dr Touré qui a en outre rappelé qu’en Afrique de l’Ouest, la production annuelle de lait atteint près de 5 milliards de litres. Pourtant, moins de 2 % de ce volume est effectivement collecté et transformé localement, tandis que les importations de produits laitiers continuent de croître pour satisfaire une demande urbaine en forte expansion.Selon lui, cette situation révèle un immense potentiel encore insuffisamment valorisé et souligne l’urgence de mettre en place des systèmes de collecte, de transformation et de commercialisation plus performants, inclusifs et durables.Intégrer les défis climatiques et environnementauxLe Directeur régional du CIRAD a également mis en avant les défis auxquels les systèmes d’élevage sont confrontés : sécheresses récurrentes, pression sur les ressources naturelles, disponibilité de l’eau et émissions de gaz à effet de serre.Ces contraintes imposent, selon lui, de repenser les modèles de production et de promouvoir des innovations conciliant productivité, durabilité environnementale et équité sociale.Trois jours d’échanges pour construire des solutions où , chercheurs, décideurs publics, industriels, organisations paysannes, éleveurs et partenaires techniques et financiers partageront leurs expériences et élaboreront des solutions adaptées aux réalités locales.Les discussions porteront notamment sur :les filières laitières ouest-africaines ;l’évolution des marchés ;l’adaptation au changement climatique ;la diversité des laits ;la nutrition ;la sécurité sanitaire ;l’innovation.La recherche au service de l’impactAu nom du CIRAD, Dr Touré a réaffirmé l’importance d’une coopération scientifique ouverte et équilibrée entre institutions et pays.« La recherche doit être pleinement au service de l’action, des politiques publiques et des acteurs de terrain. Elle doit produire des connaissances utiles, coconstruites avec les territoires et orientées vers l’impact », a-t-il souligné.Le CIRAD poursuivra ainsi son accompagnement des dynamiques régionales autour du pastoralisme, des systèmes d’élevage durables et des filières agroalimentaires territorialisées, avec pour ambition de renforcer les capacités locales et de soutenir des innovations adaptées aux contextes africains.Pour Dr Ibra Touré, le lait représente bien davantage qu’une denrée de consommation.« Il est un facteur de lien social, un marqueur culturel, un moteur économique et un outil de développement territorial », a-t-il affirmé.Il a appelé à des politiques publiques cohérentes, à des investissements adaptés, à des innovations accessibles et à une coopération renforcée entre la recherche, le secteur privé et les acteurs de terrain.Hommage aux équipes et aux partenairesLa 5e édition du Colloque international « Lait, vecteur de développement » s’annonce ainsi comme un espace privilégié de dialogue, d’innovation et de construction de solutions concrètes pour une filière laitière plus inclusive, plus compétitive et plus durable.En conclusion, Dr Touré a remercié ses homologues pour leur engagement avant d’exprimer sa gratitude à l’ensemble des partenaires institutionnels, scientifiques et financiers, dont le soutien contribue à faire de cette rencontre un signal fort en faveur d’une coopération internationale ambitieuse, solidaire et tournée vers l’avenir des territoires et des populations d’Afrique de l’Ouest.Babacar sene journal Agropasteu
