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Alors que l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) célèbre ses vingt années d’existence, un bilan radicalement différent est dressé par l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) et un chercheur indépendant de l’Université Tufts. À travers deux nouveaux rapports, ces acteurs contestent les résultats du modèle de « Révolution verte » promu depuis 2006 et soutiennent que celui-ci n’aurait pas permis d’atteindre les objectifs annoncés en matière de réduction de la faim et d’amélioration durable de la productivité agricole.Selon les conclusions mises en avant par l’AFSA, le nombre de personnes sous-alimentées dans les pays ciblés par l’AGRA aurait augmenté de 58 % depuis 2006. L’organisation estime que ce résultat contraste fortement avec l’objectif initial de l’AGRA, qui visait notamment à contribuer à réduire de moitié la faim dans les pays concernés.Au-delà de la question de la faim, les rapports présentés par l’AFSA mettent en doute la performance agricole du modèle promu par l’AGRA. Selon leurs auteurs, la progression des rendements des principales cultures aurait ralenti depuis le lancement de l’initiative, alors même que l’utilisation d’engrais aurait plus que doublé dans la région étudiée.L’un des principaux points de controverse concerne toutefois l’extension des terres cultivées. D’après les données citées par l’AFSA, les surfaces agricoles auraient augmenté de 46 % depuis 2006 dans les pays concernés.Pour l’organisation, cette évolution remet en question la promesse d’une « intensification durable » fondée sur l’augmentation des rendements sur les terres déjà exploitées. Une partie de l’accroissement de la production alimentaire serait ainsi liée non seulement à une amélioration de la productivité, mais également à l’ouverture de nouvelles terres agricoles.L’AFSA y voit un risque important pour les ressources foncières et les écosystèmes africains. L’organisation parle même de « gâchis foncier », estimant que l’extension des superficies cultivées ne saurait constituer une réponse durable à la faim et aux besoins alimentaires croissants du continent.Pour l’AFSA, le bilan doit également être apprécié à partir des réalités vécues par les agriculteurs. L’organisation dénonce notamment une dépendance accrue à l’égard des engrais, des semences commerciales et d’autres intrants extérieurs.« Après que des milliards ont été investis dans des politiques alignées sur l’AGRA, les agriculteurs n’ont fait que devenir plus affamés et plus endettés », a déclaré Mutinta Nketani, coordinatrice nationale de l’Alliance zambienne pour l’agroécologie et la biodiversité (ZAAB), citée dans le cadre de la présentation des rapports.Cette déclaration illustre l’une des principales critiques formulées par les organisations de la société civile : un modèle agricole fortement dépendant des intrants extérieurs pourrait accroître les coûts de production et fragiliser les exploitations familiales lorsque les producteurs ne disposent pas de ressources suffisantes pour supporter ces charges.Dans son analyse comparative, l’AFSA cite également le Sénégal, qui ne faisait pas partie des pays cibles de l’AGRA. Selon les données mises en avant par l’organisation, le pays aurait atteint, au cours de la même période, l’objectif de réduction de moitié de la faim que l’AGRA s’était fixé pour ses pays d’intervention.Pour l’AFSA, cette comparaison mérite d’être examinée de près. Elle pose notamment la question de savoir si les progrès en matière de sécurité alimentaire sont nécessairement liés à l’adoption du modèle de Révolution verte ou s’ils peuvent également résulter d’autres trajectoires agricoles et alimentaires.Face à ce bilan qu’elle juge préoccupant, l’AFSA défend une autre voie : celle de l’agroécologie en termes d’approches hollistiques et de la souveraineté alimentaire.Pour l’organisation, les alternatives ne relèvent plus uniquement du discours théorique. Elles sont déjà expérimentées par des milliers d’agriculteurs africains à travers la régénération des sols, la diversification des cultures, la conservation et la protection des semences paysannes, ainsi que la réduction de la dépendance aux intrants externes.« L’alternative agroécologique n’est pas théorique. Les agriculteurs sont déjà en train de la mettre en œuvre : en régénérant les sols, en protégeant leurs semences, en diversifiant leurs exploitations et en réduisant leur dépendance vis-à-vis d’intrants externes coûteux », souligne Million Belay, coordinateur général de l’AFSA.Pour lui, l’enjeu est désormais de réorienter les financements vers les solutions développées et maîtrisées par les communautés rurales elles-mêmes : « Il est temps de financer ce qui fonctionne. »Au-delà du débat AGRA-AFSA, quel modèle agricole pour l’Afrique ?La controverse autour du vingtième anniversaire de l’AGRA dépasse ainsi le seul bilan d’une initiative. Elle renvoie à une question plus fondamentale : quel modèle agricole l’Afrique doit-elle promouvoir pour nourrir durablement sa population sans épuiser ses terres et accroître la dépendance des producteurs ?D’un côté, les défenseurs de la Révolution verte mettent en avant la modernisation de l’agriculture, l’accès aux intrants, l’amélioration des semences et l’augmentation de la productivité. De l’autre, l’AFSA et ses partenaires estiment que les résultats obtenus ne justifient pas les investissements consentis et que l’expansion des superficies cultivées, la dépendance aux intrants et les difficultés économiques des exploitations familiales constituent des signaux d’alerte.Les deux rapports présentés par l’AFSA entendent ainsi ouvrir un nouveau chapitre du débat. Leur message est clair : plutôt que de poursuivre un modèle que l’organisation considère comme un échec, il faudrait investir davantage dans les savoirs paysans, les semences locales, la fertilité naturelle des sols, la diversification des systèmes de production et les pratiques agroécologiques.Vingt ans après le lancement de l’AGRA, la question demeure donc entière : faut-il intensifier la Révolution verte ou changer de trajectoire ? Pour l’AFSA, l’avenir de l’agriculture africaine passe désormais par une agriculture plus autonome, plus diversifiée et davantage fondée sur les ressources et les savoir-faire des communautés. Babacar sene journal Agropasteur 

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