L’Afrique doit revoir et redéfinir les règles du jeu si les Africains veulent véritablement reprendre la maîtrise de leur développement, ils doivent avoir le courage de revoir en profondeur les bases de leur coopération scientifique. Trop souvent, cette coopération apparaît comme un vaste « fourre-tout », où se côtoient projets, programmes, expertises et financements sans que les priorités africaines soient toujours placées au centre.Il est temps d’ouvrir un dialogue direct, d’égal à égal, sans complexe et sans faux-semblants, avec les partenaires occidentaux. L’Afrique ne peut plus se contenter d’accueillir des projets conçus ailleurs, dont les objectifs, les méthodes et les résultats ne répondent pas toujours suffisamment à ses besoins réels.La coopération scientifique doit être revue, redéfinie et surtout rééquilibrée. Sa réforme n’est plus une option : elle devient un impératif pour construire les bases d’un développement fondé sur les connaissances, la recherche, l’innovation et la souveraineté scientifique du continent.Cela suppose notamment de revoir les rapports entre institutions africaines et partenaires extérieurs. Des organismes comme le CIRAD, l’IRD, l’AFD et d’autres acteurs de la coopération sont fortement présents dans les systèmes africains de recherche et de développement. Leur rôle et leurs interventions doivent pouvoir faire l’objet d’un débat ouvert, contradictoire et documenté : quelles priorités sont définies ? Qui décide des programmes ? Qui contrôle les données ? La prospective ; Qui bénéficie des résultats ? Des données Quelle place est réellement accordée aux chercheurs et aux institutions africaines ?Ces questions ne doivent plus être considérées comme taboues. Et l’on doit plus se taire .L’Afrique ne demande pas la fin de la coopération. Elle demande une autre coopération. Une coopération fondée sur la réciprocité, la responsabilité partagée, le respect des priorités nationales et régionales et la reconnaissance de l’expertise africaine.Il faut sortir de la logique dans laquelle certains projets se succèdent sans produire les transformations structurelles attendues. Lorsque les mêmes diagnostics reviennent, que les mêmes programmes sont reconduits et que les mêmes recommandations sont formulées sans changement suffisamment visible sur le terrain, il devient légitime de s’interroger sur l’efficacité des mécanismes mis en place.Le CIRAD, l’IRD et d’autres institutions constituent à cet égard des exemples qui méritent d’être réexaminés sans procès d’intention, mais avec exigence, transparence et données à l’appui. Le débat doit porter sur les résultats, les impacts, les coûts, la gouvernance des programmes et surtout sur la capacité de ces coopérations à renforcer durablement les institutions scientifiques africaines.Car l’enjeu dépasse largement les seuls organismes de coopération. Il touche à la souveraineté scientifique de l’Afrique.Pour changer cette situation, il faudra une véritable volonté politique des États africains, accompagnée d’une position commune et d’une fermeté dans la négociation. Les universités, centres de recherche, organisations professionnelles et acteurs de la société civile doivent également pouvoir participer à cette réflexion.L’Afrique doit passer du statut de terrain d’expérimentation et de bénéficiaire de projets à celui de partenaire scientifique à part entière, capable de définir ses priorités, de produire ses connaissances, de maîtriser ses données et de valoriser ses innovations.La coopération scientifique peut être un formidable outil de développement. Mais pour cela, elle doit changer de nature.Le temps est venu d’en revoir les fondements, les mécanismes et les finalités. Et ce débat, désormais, ne devrait plus être repoussé.À suivre Babaclimat Journal Agropasteu
