Réunis à Turin à l’occasion de Terra Madre Salone del Gusto 2026, producteurs, pêcheurs, peuples autochtones, cuisiniers, artisans et acteurs des systèmes alimentaires ont adopté une nouvelle feuille de route pour les quatre prochaines années. Au cœur de cette vision : agroécologie, souveraineté alimentaire, protection de la biodiversité et renforcement des communautés locales.Après quatre jours de rencontres, de débats et d’actions collectives, Terra Madre Salone del Gusto 2026 s’est achevé à Turin sur un nouveau mandat politique pour le mouvement international Slow Food.À travers une déclaration intitulée « Des liens authentiques pour un changement réel », les participants entendent apporter une réponse collective aux crises qui affectent les systèmes alimentaires : dérèglement climatique, conflits, inégalités, recul démocratique et concentration du pouvoir dans les chaînes alimentaires mondiales.Pour Edward Mukiibi, reconduit à la présidence de Slow Food, l’alimentation ne peut être dissociée des réalités environnementales, sociales et politiques dans lesquelles elle est produite, distribuée et consommée. Il défend ainsi une approche fondée sur la diversité, la solidarité et la coopération, en opposition aux logiques d’exclusion et de repli.La déclaration adoptée à Turin place la protection de la biodiversité, la reconnaissance de l’alimentation comme droit humain, le développement de l’agroécologie et la souveraineté alimentaire parmi les priorités du mouvement.Slow Food insiste également sur le rôle des peuples autochtones et des communautés locales, dont les savoirs et les pratiques de gestion des territoires sont présentés comme essentiels à l’avenir des systèmes alimentaires.Le mouvement appelle par ailleurs à la vigilance face à certaines solutions technologiques susceptibles, selon lui, d’accroître les inégalités ou de réduire le contrôle des communautés sur leurs ressources et leurs connaissances. L’innovation doit, selon la déclaration, servir l’intérêt général, favoriser la transparence et la démocratie et venir en complément des savoirs et des relations humaines.Quatre engagements pour les quatre prochaines annéesLe nouveau mandat adopté à Turin s’articule autour de quatre engagements majeurs.Le premier vise à renforcer les communautés nourricières et à mieux relier les initiatives locales à un réseau international de connaissances et de solidarité.Le deuxième porte sur le développement d’un réseau de fermes engagées dans l’agroécologie et la préservation de la biodiversité, avec un soutien accru aux producteurs qui restaurent les sols et protègent les écosystèmes.Le troisième ambitionne de toucher un million de personnes à travers l’éducation alimentaire et la sensibilisation, afin de mieux faire comprendre l’impact des choix alimentaires sur les sociétés et l’environnement.Enfin, Slow Food entend renforcer son rôle dans les espaces internationaux où sont définies les politiques relatives à l’alimentation, à l’agriculture, au climat et à la biodiversité.L’Assemblée des participants a également renouvelé la direction internationale de Slow Food. Edward Mukiibi, originaire d’Ouganda, est reconduit à la présidence.Le Conseil comprend également Marta Messa, Dali Nolasco Cruz, défenseure des droits des peuples autochtones au Mexique, et Francesco Sottile, expert italien de la biodiversité agricole. Ramon Uy Jr., agriculteur biologique et entrepreneur social philippin engagé dans l’agroécologie et la conservation de la biodiversité en Asie du Sud-Est, fait son entrée au sein de cette instance.Cette nouvelle équipe intervient dans une période particulière pour le mouvement, puisqu’il s’agissait de la première Assemblée organisée depuis le décès de Carlo Petrini, fondateur de Slow Food.À Turin, les participants ont rendu hommage à la vision de Petrini tout en soulignant que l’avenir du mouvement repose désormais sur la mobilisation collective de ses communautés à travers le monde.Fermes agroécologiques, protection des semences et des traditions alimentaires, pêche durable, éducation des jeunes ou encore sauvegarde des territoires par les peuples autochtones : autant d’actions locales que Slow Food veut désormais davantage connecter pour en faire une force internationale.« Le vrai changement commence par des liens authentiques », résume le message porté à la clôture de Terra Madre 2026.Pour Slow Food, la transformation des systèmes alimentaires ne se joue donc pas uniquement dans les grandes déclarations internationales. Elle se construit également dans les territoires, à travers le travail quotidien de celles et ceux qui cultivent, pêchent, transforment, cuisinent et défendent les ressources naturelles et les cultures alimentaires.Les prochaines grandes rencontres de Terra Madre sont annoncées en Europe au printemps 2027, en Asie-Pacifique du 28 juillet au 1er août 2027, puis dans les Amériques du 24 au 26 septembre 2027.À Turin, le mouvement Slow Food entend ainsi inscrire son prochain cycle autour d’un principe : transformer les liens entre communautés en actions collectives en faveur de systèmes alimentaires plus durables, plus inclusifs et davantage ancrés dans la biodiversité et les territoires.Babacar sene Journal Agropasteur.
