A quelques jours de la foire aux semences paysannes au Togo par le COASP les paysans, réseaux d’organisations paysannes, associations, ONG nationales et internationales, institutions de recherche et de formation, défenseurs des droits humains, citoyennes, citoyens engagés pour la souveraineté alimentaire partagent la Déclaration finale de la Table ronde de l’initiative « De la graine à la table 2025 » qui s’est tenue le 19 février 2025 à Loumbila au Burkina Faso.Nous, paysans, réseaux d’organisations paysannes, associations, ONG nationales et internationales, institutions de recherche et de formation, défenseurs des droits humains, citoyennes, citoyens engagés pour la souveraineté alimentaire ;Réunis à Loumbila, au Burkina Faso, le 19 février 2025 à l’occasion de la table ronde rentrant dans le cadre de la deuxième édition de l’Initiative « De la graine à la table » sous le thème « Semences paysannes, agroécologie, identités alimentaires, réappropriation, racines et futur » ; Se référant :Au Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture (TIRPAA), adopté le 3 novembre 2001 par la 31e Conférence de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui reconnaît les droits fondamentaux des agriculteurs de conserver, d’utiliser, d’échanger et de vendre leurs semences de ferme, ainsi que leurs droits à la protection de leurs connaissances, au partage des avantages, à la participation aux décisions nationales sur les semences ;A la loi 010-2006/AN portant réglementation des semences végétales au Burkina Faso adoptée le 31 mars 2006 ;A la loi 020-2019/AN portant accès aux ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture et au partage des avantages résultant de leur utilisation, adoptée le 7 mai 2019 ;A la stratégie nationale de développement de l’agroécologie qui promeut les semences paysannes au niveau de l’axe stratégique 1 « Amélioration de la gouvernance de l’agroécologie » à travers son objectif spécifique 1.1 : « intégrer l’agroécologie dans les politiques agricoles » à son effet attendu 1.1.2 : « Les intrants (semences améliorées et paysannes, engrais organiques et biopesticides) et le matériel adapté à l’agroécologie sont pris en considération dans les politiques de subvention ».Considérant que :. Les semences paysannes sont adaptées aux conditions locales avec une plasticité des variétés sous contrôle des paysans et conduit au maintien de la structure familiale ; Les variétés des semences paysannes sont des bases d’informations et de connaissances endogènes dans les domaines culturel et médicinal ; Les semences paysannes sont le socle de notre souveraineté alimentaire, préservant la diversité génétique et garantissant une agriculture résiliente face aux changements climatiques. L’agriculture burkinabè repose à plus de 80 % sur les semences paysannes, bien que celles-ci soient insuffisamment reconnues et protégées par le cadre juridique actuel. Les politiques semencières actuelles favorisent les semences industrielles et hybrides, rendant les producteurs dépendants des multinationales et des intrants agrochimiques, au détriment de leur autonomie et de la santé des consommateurs. Les impacts négatifs des semences conventionnelles et des intrants chimiques sont avérés : perte de biodiversité, pollution des sols et de l’eau, effets sanitaires nocifs et endettement des paysans. Des alternatives existent déjà au Burkina Faso, portées par des organisations paysannes, des réseaux agroécologiques et des initiatives locales visant à renforcer la résilience agricole et la sécurité alimentaire.Appelons • Le gouvernement, les parlementaires et les administrations en charge de l’agriculture, de l’environnement et de l’alimentation à :• Reconnaître suffisamment les semences paysannes en les intégrant pleinement dans la réglementation nationale et les stratégies agricoles du pays.• Amender et renforcer le cadre juridique afin de garantir la liberté de production, d’échange et de conservation des semences paysannes par les agriculteurs.• Soutenir l’agroécologie paysanne à travers l’accompagnement des initiatives paysannes, telles que les foires de semences paysannes, rencontres, cases ou banques communautaires de semences, etc.• Favoriser l’agroécologie et la production locale en intégrant les semences paysannes dans les programmes de soutien agricole, notamment dans l’initiative « Assurer à chaque enfant en âge scolaire, au moins Un repas équilibré par élève par jour » et de plan « Offensive Agropastorale et Halieutique 2023-2025 ».• Instaurer un dialogue structuré et régulier entre l’État et les organisations paysannes afin de co-construire une politique semencière durable ;• Créer des prix et des distinctions qui mettent à l’honneur les agriculteurs garants, les communautés agricoles et leurs organisations qui contribuent de manière décisive à la conservation et à l’utilisation durable des RPGAA (ex journée nationale du paysan) ;• Associer les agriculteurs à la caractérisation, à l’évaluation et à la sélection des RPGAA, y compris les variétés utilisées par les agriculteurs et les variétés locales, et/ou les nouvelles variétés, les populations et les banques de gènes.• Les organisations paysannes, associations de consommateurs, structures de plaidoyer et réseaux agroécologiques à :• Renforcer les actions de plaidoyer et de sensibilisation auprès des décideurs et des citoyens sur les enjeux des semences paysannes et de la souveraineté alimentaire.• Encourager et multiplier les initiatives locales telles que les banques de semences communautaires et les marchés de semences paysannes.• Soutenir la transmission des savoirs traditionnels sur la gestion des semences, en impliquant les agriculteurs, les chercheurs et les jeunes générations.• Créer des alliances stratégiques avec les médias, les scientifiques et les institutions locales pour influencer les politiques agricoles.• Les institutions internationales, bailleurs de fonds, secteur privé, ONG et programmes de développement à :• Soutenir financièrement les initiatives agroécologiques et les projets de promotion des semences paysannes, en priorisant les structures locales et les organisations paysannes.• Accompagner la recherche et le développement de solutions adaptées aux réalités agroécologiques du Burkina Faso, en valorisant les savoirs traditionnels.• Intégrer la souveraineté alimentaire comme un axe clé des programmes d’aide au développement, en mettant l’accent sur la réduction de la dépendance aux semences industrielles.• Encourager les politiques publiques favorables à la transition agroécologique en soutenant les réformes nécessaires à la reconnaissance des semences paysannes. Fait à Loumbila, le 19 février 2025
Babacar sene Journal Agropasteur (La COASP )