Le Bulletin de surveillance pastorale sur le Sénégal, couvrant la période de juin-juillet 2025, dresse un état contrasté de la situation pastorale dans le pays. Publié dans le cadre du programme régional de surveillance et d’alerte précoce sur le Sahel, coordonné par Action contre la Faim (ACF), il met en lumière les défis auxquels font face les éleveurs, tout en proposant des recommandations pour renforcer leur résilience.
Le programme, financé et appuyé par plusieurs partenaires techniques et institutionnels, est mis en œuvre dans huit pays de la région sahélienne à travers un dispositif régional de suivi au Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad, ainsi que dans l’ensemble du Sahel.
Il s’appuie sur des données satellitaires, des enquêtes de terrain et un réseau de “sentinelles pastorales” chargé de collecter régulièrement des informations. L’objectif est de suivre en temps réel l’évolution des ressources pastorales (pâturages, eau), l’état du cheptel, les prix du bétail et les risques sanitaires ou sécuritaires.
Au Sénégal, le bulletin relève une installation tardive et irrégulière des pluies, entraînant une soudure pastorale sévère dans le nord (Louga, Saint-Louis, Matam). L’embonpoint du bétail y reste médiocre, contrairement au centre et au sud du pays où la disponibilité des ressources est meilleure.
Des incidents sécuritaires, notamment des vols de bétail fréquents à Louga, Kaffrine et Tambacounda, viennent accentuer la vulnérabilité des éleveurs.
Le rapport souligne également une hausse des prix et des disparités régionales notamment notamment une forte hausse du prix des bovins mâles, améliorant les termes de l’échange pour les éleveurs, mais laissant les ménages non-éleveurs plus exposés. Dans le Saloum, à Tambacounda, Orkadiéré et Bondji, la situation est jugée plus favorable grâce à une meilleure disponibilité en pâturage et en eau.
Le Bulletin recommande le renforcement des infrastructures pastorales (réhabilitation de forages, aménagement de points d’eau, sécurisation des zones de concentration comme Dolly, Ranérou et Kaolack) , une gestion concertée des couloirs de transhumance avec les pays voisins (Mali, Mauritanie) pour réduire les tensions et limiter la propagation des maladies transfrontalières , la mise en place de mécanismes de prévention et de gestion des conflits liés à l’accès aux ressources ,le renforcement de la surveillance zoosanitaire et des campagnes de vaccination , l’appui ciblé aux ménages vulnérables à travers la distribution d’aliments de bétail et l’amélioration de l’accès aux céréales et des outils technologiques pour anticiper les crises
Action contre la Faim met également en avant l’apport des nouvelles technologies dans la surveillance pastorale. L’organisation utilise le BioGenerator, un outil basé sur les données satellitaires Copernicus, permettant de suivre la production de biomasse végétale et de détecter les anomalies liées aux sécheresses.
Les données actualisées tous les dix jours sont accessibles sur la plateforme interactive GeoSahel.info.
Le réseau de sentinelles pastorales, actif notamment au Burkina Faso, en Mauritanie, au Niger et au Sénégal, fonctionne en partenariat avec les services techniques de l’élevage et le Réseau Billital Maroobé (RBM). Depuis 2020, la collaboration avec Vétérinaires Sans Frontières Belgique (VSF-B) a permis de mutualiser les réseaux de collecteurs et d’élargir la couverture.
En conclusion, le bulletin rappelle que la situation pastorale au Sénégal reste fragile et contrastée selon les régions. Il appelle à une vigilance accrue et à un accompagnement ciblé pour consolider les moyens d’existence des communautés pastorales, essentielles à la sécurité alimentaire et à la stabilité socio-économique du pays.
Babacar Sene Journal Agropasteur