Sous un ciel encore voilé, la chaleur reste étouffante à Mékhé, au cœur du département de Tivaouane. Les sillons creusés par les paysans attendent désespérément une pluie régulière. Après un mois de juillet sec et un début août incertain, les premières précipitations notables n’ont arrosé la zone que le 8 août.Selon l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (ANACIM), Mékhé n’a enregistré que 95 mm de pluie depuis le début de l’hivernage, soit 40 % de moins que la moyenne habituelle à cette période.« Cette année, on a semé deux fois, mais les premières graines n’ont pas levé. Avec la pluie tardive, je crains que le mil ne mûrisse pas à temps », selon des informations données par certains paysans producteurs du village et du voisinage .. Pour l’arachide, l’espoir est encore plus mince : « On aura surtout des fanes pour le bétail », soutiennent d’autres qui travaillent au niveau de leurs exploitations familiales.Dans ce paysage morose, les champs de Mbaye Diouf, paysan-chercheur et expert reconnu du mil, font figure d’exception. Les tiges, plus hautes et d’un vert soutenu, se dressent fièrement. « Ce n’est pas un miracle, c’est de la préparation », sourit-il. Depuis plus de dix ans, Mbaye expérimente des pratiques innovantes : semis précoces dès les premières pluies, variétés de mil à cycle court sélectionnées localement, techniques de paillage pour conserver l’humidité, la pépiniérisation, l’arrosage, le repiquage et usage d’engrais organiques.« Tout le monde est dans les champs en ce moment, mais la situation pluviométrique n’est pas facile. Nous traversons une période compliquée. Le monde est en crise, l’Amérique est en crise, l’Europe est en crise, le Sénégal est en crise. Dans ce contexte, la meilleure chose, c’est que chacun fasse bien son travail, là où il est », confie-t-il, le regard fixé sur ses cultures.Autour de lui, l’effervescence est palpable : charrettes chargées de fumier, femmes désherbant en chantant, bruits secs des dabas frappant la terre, vrombissements de tracteurs, voix qui s’élèvent dans les champs, et enfants, pieds nus, apportant de l’eau aux cultivateurs. Cette atmosphère illustre l’importance et l’urgence des travaux agricoles en cette période décisive.Pour Mbaye, la solidarité villageoise est aussi une arme contre la sécheresse. « Les connaissances circulent, et chacun adapte selon ses moyens », il s’agira d’anticiper pour résister souligne-t-il.Mbaye insiste sur « l’hivernage qui reste toujours soumis à la volonté divine, mais la préparation est essentielle. « Il faut se prémunir en mettant des garde-fous. On se prépare pour s’adapter, que les pluies arrivent tôt, tard, ou qu’elles connaissent de longues pauses », explique-t-il.Cette année, les premières pluies sont tombées le 4 juillet, suivies d’une longue pause jusqu’au 8 août. « Un mois et quatre jours sans pluie, il fallait s’y préparer pour éviter les pertes. Les leçons tirées de nos expériences passées nous ont guidés », raconte-t-il.Sa stratégie repose sur l’observation et la recherche endogène : expérimenter, tirer les enseignements et adapter les pratiques. Parmi ses innovations, deux systèmes permettent de sauvegarder les semences :Arroser une partie des exploitations un jour, l’autre partie le lendemain, pendant les pauses pluviométriques.Entretenir une pépinière avant l’hivernage pour conserver les variétés dans des alvéoles, prêtes à être repiquées.« Cette année, avec la longue pause, beaucoup de plantes issues des semis directs ont souffert de stress hydrique et hygrométrique. Nous avons dû arroser et repiquer là où les poquets étaient vides. C’est ce qui nous a sauvés », précise-t-il.Particulièrement sur le mil Souna, Mbaye a mené de nombreux tests et accumulé une solide expérience. Il prône un ensemble de mesures : prévisions climatiques, pépiniérisation, arrosage ciblé, repiquage, et réduction du stress hydrique, afin de limiter la dégradation des ressources en eau et les pertes de rendement.À Mékhé, dans le département de Tivaouane, la saison agricole 2025 est marquée par une longue pause pluviométrique. Les cultures issues des semis directs ont souffert de stress hydrique et hygrométrique. « Nous avons dû arroser et repiquer là où les poquets étaient vides. C’est ce qui nous a sauvés », explique Mbaye Diouf, paysan-chercheur reconnu pour ses expérimentations sur le mil Souna.Des pratiques adaptées pour résister au climat illustrent à bon escient plusieurs années d’expérimentation pour Mbaye qui préconise un ensemble de mesures pour affronter les sécheresses récurrentes le suivi des prévisions climatiques, la pépiniérisation, arrosage ciblé, repiquage, et réduction du stress hydrique. Ces pratiques visent à limiter la dégradation des ressources en eau et à réduire les pertes de rendement.« L’objectif est clair pout Mbaye « semer le mil plus dense pour obtenir de meilleurs rendements avec la réduction des disques », résume-t-il.Des essais comparatifs à Mékhé et Bambey sont en même temps dans la recherche paysanneSur deux sites, à Mékhé et à Bambey, les paysans ont conduit des essais avec des semences paysannes et des variétés améliorées. Les semis ont été réalisés au rayonneur ou avec un cheval, afin de reproduire les conditions habituelles des paysans avec les réductions de disques éprouvéesChaque périmètre d’essai a été divisé en quatre parcelles : Variété paysanne en faible densité, Variété paysanne en forte densité, Variété améliorée en faible densité ; Variété améliorée en forte densitéLes résultats sont parlants : le mil semé en forte densité affiche un gain moyen de 25 % en fourrage et en grains. D’autres observations portent sur la qualité du grain, le poids de mille grains (PMG), le nombre de talles, la taille des épis, les espacements entre les lignes (90/90 cm ou 45/90 cm) ou encore l’influence de la présence d’arbres dans la parcelle.L’autonomie semencière et la biodiversité nos piliers de notre souveraineté pour Mbaye Diouf, qui estime que la réussite passe aussi par une bonne circulation des semences et des informations, afin que les paysans des zones semi-arides accèdent à une plus grande diversité cultivée. Cette approche renforce leur capacité à s’adapter aux aléas climatiques.Il mise également sur des innovations simples mais efficaces : réduction du nombre de disques pour le semis du mil, distribution de pluviomètres, création de greniers à semences pour préserver la biodiversité et assurer l’autonomie en semences paysannes.« Les paysans et paysannes doivent trouver leurs propres solutions », affirme-t-il. « Semer plus dense avec nos semences paysannes, c’est possible et ça change tout. L’exemple de Mbaye Diouf montre qu’avec des innovations adaptées, l’agriculture familiale peut résister aux chocs climatiques. Mais à Mékhé, une certitude demeure : sans pluies régulières dans les prochaines semaines, la saison restera courte… et les greniers en souffriront aussi.Babacar Séne Journal Agropasteur