La 3e Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC 3), coorganisée par la France et le Costa Rica, s’est achevée ce vendredi 13 juin à Nice. Pendant une semaine, 175 délégations, dont 64 chefs d’État et de gouvernement, ainsi que plus de 12 000 délégués et 100 000 visiteurs, se sont réunis pour accélérer les efforts internationaux en faveur de la santé des océans.
Bien que non contraignante, la déclaration politique finale marque un engagement collectif renouvelé, avec des avancées significatives sur plusieurs fronts majeurs de la gouvernance océanique.
Accélération historique vers l’entrée en vigueur du Traité sur la haute mer
L’un des résultats majeurs de cette conférence est l’impulsion décisive donnée à la ratification du Traité sur la haute mer (BBNJ). À ce jour, 56 États l’ont ratifié et 14 autres s’y apprêtent avant la cérémonie officielle prévue le 23 septembre 2025 à New York. Cette dynamique devrait permettre une entrée en vigueur du traité en janvier 2026 et la tenue d’une première COP Océan dès l’automne de la même année.
Mobilisation contre l’exploitation des grands fonds marins
Face à la menace croissante d’une exploitation minière des grands fonds, 37 États ont exprimé leur soutien à un moratoire, et 23 d’entre eux ont signé une déclaration conjointe appelant à la mobilisation internationale. Vingt pays ayant à la fois ratifié le BBNJ et soutenu ce moratoire formeront le groupe des « pionniers de l’océan », avec l’objectif d’élargir rapidement cette coalition.
Vers un traité ambitieux sur les plastiques
En amont du prochain cycle de négociations sur les plastiques prévu en août à Genève, 96 États ont signé une déclaration commune en faveur d’un traité ambitieux et juridiquement contraignant. Cette déclaration, bien qu’insuffisante pour certains acteurs de la société civile, envoie un signal fort en faveur d’une coopération renforcée.
Expansion des aires marines protégées et initiatives nationales
La conférence a permis l’annonce de plusieurs engagements majeurs en matière de protection marine. 14 États s’engagent à étendre leurs réseaux d’aires marines protégées, portant la couverture mondiale à 11 % des océans, contre 8,4 % auparavant. Parmi ces annonces figure la création par la France, via la Polynésie française, de l’aire marine protégée de Tainui Atea, l’une des plus vastes au monde, dont 20 % en protection stricte.
Le Costa Rica, l’Équateur et la Colombie ont également dévoilé un projet ambitieux de première aire marine protégée transnationale en haute mer, en anticipation du traité BBNJ.
Des mesures concrètes contre la pêche destructrice et illégale
Plusieurs pays, dont le Danemark et la France, ont annoncé de nouvelles restrictions sur le chalutage de fond, notamment dans leurs zones économiques exclusives. La France a également dévoilé une Stratégie nationale de protection des fonds marins, appuyée sur des bases scientifiques et en concertation avec les professionnels du secteur.
En parallèle, des annonces de ratification d’accords internationaux de lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) ont été faites, notamment par l’Indonésie, la Chine, la Côte d’Ivoire, la Belgique, ainsi que de nouvelles campagnes de ratification initiées par la France, l’OIT et le Royaume-Uni.
Science et innovation au service de l’océan
UNOC 3 a été marquée par une forte mobilisation scientifique, avec plus de 2 500 chercheurs réunis lors du One Ocean Science Congress (OOSC).
À cette occasion, plusieurs initiatives ont été lancées, notamment la mission Neptune, vaste programme international d’exploration océanique, la première édition du baromètre Starfish, indicateur annuel de l’état de l’océan, le Mercator International Center for the Ocean, nouvelle organisation intergouvernementale pour l’océanographie numérique, le développement du jumeau numérique de l’océan, priorité du Pacte européen pour les océans.
Finance bleue et économie durable
Le Blue Economy & Finance Forum a permis de mobiliser 8,7 milliards d’euros sur cinq ans en faveur d’une économie bleue durable. Les grandes banques publiques de développement ont créé la coalition Finance in Common, représentant à elles seules 7,5 milliards de dollars d’investissements annuels. Par ailleurs, 80 organisations ont lancé l’initiative Business in Ocean, et un Pacte pour un tourisme bleu durable a été signé par les acteurs du secteur.
Un cap fixé, mais des défis à relever
« Dix ans après l’Accord de Paris, la France a de nouveau impulsé une dynamique décisive pour la sauvegarde de notre planète », a déclaré John Kerry, envoyé spécial américain pour le climat. Pour de nombreuses ONG, comme le WWF ou Greenpeace, si des progrès notables ont été accomplis, l’heure est à l’action concrète, en particulier sur les grands fonds marins, le plastique ou les aires marines protégées.
La Conférence de Nice restera comme un tournant politique majeur pour l’océan, posant les jalons d’une gouvernance renouvelée et inclusive, à la croisée de la science, du droit, de la diplomatie et de l’économie durable. Babaclimat/Journal Agropasteur