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L a convergence des technologies électriques et numériques pourrait réduire jusqu’à 70 % les coûts de transport et jusqu’à 70 % ceux de la fabrication industrielle Et si l’avenir de l’industrialisation en Afrique de l’Ouest se jouait dans la convergence de l’électricité et du numérique ? C’est l’une des grandes questions soulevées par « The Age of Power », une nouvelle étude du groupe de réflexion indépendant Ember, spécialisé dans l’énergie. Son analyse met en lumière une transformation profonde des systèmes énergétiques et de l’économie mondiale, avec des conséquences directes sur la compétitivité industrielle, les marchés et les rapports de force économiques. À travers cette étude, Ember explore la manière dont deux révolutions longtemps considérées comme distinctes  la révolution énergétique et celle de l’information  convergent aujourd’hui autour d’une même chaîne technologique. Une convergence qui pourrait ouvrir de nouvelles perspectives pour les pays capables de maîtriser simultanément l’électricité, les technologies électrotechniques et les outils numériques. L’électron, au cœur de deux révolutions Selon l’analyse d’Ember, les technologies qui transforment les systèmes énergétiques mondiaux et celles qui font fonctionner l’économie numérique s’appuient de plus en plus sur les mêmes composants, les mêmes chaînes d’approvisionnement et des principes économiques communs. L’étude identifie cinq technologies essentielles à cette convergence : les puces électroniques, les batteries, l’électronique de puissance, les moteurs et les capteurs. Depuis 1990, le coût cumulé de ces technologies aurait chuté de 99 %, selon Ember. Cette baisse contribue à renforcer les interactions entre les deux révolutions : les progrès réalisés dans un secteur peuvent rendre les technologies de l’autre plus accessibles. L’exemple des smartphones et des véhicules électriques illustre cette dynamique. Le développement des appareils numériques a contribué à faire baisser le coût des batteries, favorisant ensuite l’essor des véhicules électriques. À leur tour, ces derniers participent au développement des batteries destinées au stockage de l’électricité à l’échelle des réseaux. L’information et l’énergie ne fonctionnent donc plus comme deux systèmes isolés. Elles avancent sur une même roue motrice technologique, chacune contribuant à repousser les limites de l’autre. Des baisses de coûts qui pourraient transformer l’économie L’un des enseignements majeurs de « The Age of Power » concerne le potentiel de réduction des coûts dans plusieurs secteurs de l’économie. Selon les projections présentées dans l’étude, le déploiement conjoint des électrotechnologies et des technologies numériques pourrait permettre :Une réduction allant jusqu’à 80 % des dépenses énergétiques des ménages ;Une baisse pouvant atteindre 70 % des coûts de transport ;Une diminution de 40 à 70 % des coûts de fabrication industrielle. Ces chiffres correspondent à des potentiels mis en avant par Ember dans son analyse. Ils ne constituent pas des baisses déjà réalisées dans tous les pays et ne peuvent être transposés automatiquement aux économies africaines. Mais ils soulèvent une question centrale : comment les pays d’Afrique de l’Ouest pourraient-ils tirer parti de cette convergence technologique pour réduire leurs coûts de production, renforcer leur compétitivité et accélérer leur industrialisation ?Pour le Sénégal, les conclusions de l’étude Ember méritent une attention particulière. Dans un contexte où la transformation locale des matières premières, le développement des industries et la création d’emplois constituent des enjeux majeurs, la maîtrise de l’électricité et du numérique pourrait devenir un levier stratégique. L’enjeu dépasse la simple disponibilité de l’énergie. Il concerne également son coût, sa fiabilité et sa capacité à accompagner la modernisation des entreprises.Dans l’industrie agroalimentaire, par exemple, l’électrification des équipements, le stockage frigorifique, l’automatisation des chaînes de production et la gestion numérique des stocks peuvent contribuer à améliorer la productivité. Dans l’agriculture et l’élevage, les technologies électriques et numériques peuvent également soutenir l’irrigation, la conservation des produits, la transformation du lait, la traçabilité et la gestion des chaînes de valeur. Pour les petites et moyennes entreprises, l’accès à une électricité compétitive et à des outils numériques adaptés pourrait favoriser l’investissement dans la transformation locale et l’émergence de nouvelles activités industrielles. Une opportunité pour attirer les investissements et créer des emplois La convergence entre l’électricité et le numérique ouvre également un débat sur l’attractivité économique du Sénégal. Des coûts énergétiques et industriels plus faibles peuvent, selon les conditions économiques et les politiques publiques, améliorer la compétitivité des entreprises et renforcer leur capacité à investir. Cette dynamique pourrait intéresser les investisseurs à la recherche de territoires disposant d’infrastructures énergétiques fiables, de compétences numériques et d’un environnement favorable à la production. Pour le Sénégal, la question est donc de savoir comment transformer les progrès technologiques en avantages économiques concrets : développer des industries locales, accroître la valeur ajoutée des productions, favoriser l’innovation et créer des emplois durables. Ember cite la Chine comme l’exemple le plus avancé de la fusion des deux révolutions. Depuis 2010, selon l’étude, la Chine a plus que doublé son approvisionnement en électricité. La part des véhicules électriques y aurait dépassé 60 % des ventes de voitures neuves, tandis que le pays dispose du plus grand parc de véhicules automatisés au monde. Ces évolutions illustrent une stratégie de développement fondée sur l’articulation entre infrastructures électriques, capacités industrielles et technologies numériques .L’étude souligne toutefois que cette opportunité n’est pas réservée à un seul pays. Les économies qui sauront identifier leurs propres atouts et combiner les deux révolutions pourront trouver une place dans ce nouvel environnement technologique.« Fusionner ces deux révolutions ou se faire distancer »Daan Walter, auteur principal de l’étude, résume l’enjeu en ces termes :« Les économies qui sauront tirer parti de ces deux révolutions conjointement, et non pas d’une seule, mèneront l’ère de l’énergie. »Pour Kingsmill Bond, coauteur de l’étude et directeur chez Ember, chaque pays doit réduire le coût de l’électricité, faciliter l’adoption des technologies électriques et informatiques et identifier une niche dans le nouveau système économique. Une orientation qui interpelle directement les politiques industrielles africaines. Le défi ne consiste pas seulement à importer des équipements ou à développer la connectivité numérique. Il s’agit de bâtir un écosystème capable de produire, d’utiliser et de valoriser ces technologies au service des économies nationales.« The Age of Power » fait suite à « The Electrotech Revolution », précédente analyse d’Ember consacrée à la transformation des systèmes énergétiques. En mettant en évidence les liens entre énergie et information, le groupe de réflexion propose une lecture nouvelle de la compétitivité mondiale. Les pays qui avancent simultanément dans ces deux domaines disposent, selon son analyse, de possibilités accrues pour transformer leurs économies. Pour l’Afrique de l’Ouest, cette réflexion ouvre plusieurs pistes : électrification des zones industrielles, modernisation des équipements de production, développement des réseaux numériques, stockage de l’énergie, formation aux métiers technologiques et soutien aux entreprises innovantes. Au Sénégal, elle invite à poser une question de fond : comment faire de l’électricité et du numérique non seulement des services essentiels, mais aussi des moteurs de l’industrialisation, de l’investissement et de l’emploi ?L’électrification et le numérique, deux forces pour un même développement L’étude Ember rappelle une réalité de plus en plus visible : l’énergie et l’information sont désormais au cœur d’une même transformation technologique. La baisse des coûts des technologies, la diffusion de l’électricité et le développement du numérique peuvent se renforcer mutuellement. Mais la concrétisation de ces bénéfices dépendra des investissements, des politiques publiques, des infrastructures et des capacités des entreprises à adopter ces innovations. Pour les économies africaines, et notamment pour le Sénégal, la convergence des deux révolutions constitue ainsi un sujet stratégique. Elle pourrait contribuer à redéfinir les conditions de la compétitivité industrielle et à ouvrir de nouvelles perspectives pour un développement fondé sur l’innovation, la transformation locale et la création de valeur. L’avenir industriel de l’Afrique de l’Ouest pourrait se jouer dans cette alliance entre l’électron et l’information. Babaclimat Journal Agropasteur .

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