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Entre protection de la biodiversité, mobilité du bétail et sécurisation des parcours pastoraux, la circulation des troupeaux dans les espaces naturels classés soulève des enjeux majeurs. Au Sénégal, le cas du Parc national du Niokolo-Koba remet au centre des préoccupations la nécessité d’une application rigoureuse des textes, mais aussi d’un dialogue renforcé avec les communautés pastorales.Une question au cœur de la gestion des ressources naturellesDans les zones où cohabitent activités pastorales et espaces protégés, le passage des troupeaux demeure une question sensible. Lorsque des animaux domestiques empruntent des itinéraires non officiellement autorisés, balisés ou aménagés, les interrogations se multiplient sur la gestion des ressources naturelles, la surveillance de la mobilité du bétail et le respect des règles de conservation.Le débat ne porte donc pas uniquement sur le déplacement des troupeaux. Il concerne également la capacité des pouvoirs publics à organiser la mobilité pastorale, à protéger les écosystèmes et à prévenir les conflits entre les différents usagers de l’espace rural.Au Sénégal, cette problématique se pose avec une acuité particulière dans les territoires où les parcours de transhumance côtoient les parcs nationaux, les forêts classées et les autres espaces naturels protégés.Niokolo-Koba : quand la transhumance rencontre les impératifs de conservationLe passage de troupeaux en transhumance à l’intérieur du Parc national du Niokolo-Koba constitue un sujet de préoccupation pour la conservation de cet espace naturel majeur du Sénégal.La présence de bovins, d’ovins et de caprins dans un parc peut accentuer la pression sur les ressources disponibles, notamment les pâturages et les points d’eau. Ces ressources sont également indispensables à la faune sauvage, dont les antilopes et autres mammifères dépendent pour leur alimentation et leur survie. Au-delà de cette concurrence potentielle, plusieurs risques sont évoqués. La transmission de maladies constitue une préoccupation sanitaire. Le contact entre animaux domestiques et animaux sauvages peut favoriser la circulation de certaines maladies, selon les espèces concernées et les conditions sanitaires. La dégradation des sols et de la végétation représente un autre enjeu. Le piétinement répété des troupeaux peut fragiliser les sols, endommager la couverture végétale et affecter les abords des cours d’eau. Ces effets doivent toutefois être appréciés au regard des pratiques réelles, de la durée du séjour et de la sensibilité des milieux traversés. Dans le Niokolo-Koba, où les écosystèmes sont particulièrement précieux, la protection des habitats naturels demeure un impératif. L’application des textes : une ligne rouge pour les espaces protégés Les autorités sénégalaises ont engagé différentes actions pour lutter contre la présence non autorisée du bétail dans les espaces protégés.  Ces interventions comprennent notamment l’identification des troupeaux, les opérations de contrôle, la sensibilisation des populations et les rappels des interdictions applicables. Le principe de protection des parcs nationaux est central : les activités incompatibles avec la conservation de la faune, de la flore et des habitats doivent y être empêchées. Dans cette perspective, la question des passages de troupeaux ne peut être dissociée de l’application des règles qui régissent le parc .Mais une interrogation demeure : comment faire respecter les interdictions tout en prenant en compte les besoins de mobilité des éleveurs et les réalités pastorales des territoires riverains ?C’est précisément à ce niveau que le dialogue entre les services de conservation, les collectivités territoriales, les organisations d’éleveurs et les communautés locales devient indispensable. La question de la signalisation et de la matérialisation des passages mérite également une attention particulière. Lorsqu’un itinéraire est autorisé, son identification doit être suffisamment claire pour permettre aux éleveurs de savoir où ils peuvent circuler. Lorsqu’un passage est interdit, cette interdiction doit être portée à la connaissance des usagers par les moyens appropriés, conformément aux règles applicables. Dans les espaces protégés, cette démarche peut passer par :La cartographie des itinéraires autorisés et des zones interdites .La matérialisation des couloirs de passage lorsqu’ils existent. L’information des communautés pastorales et des collectivités riveraines .La mise en place de mécanismes de concertation et d’alerte .Le suivi des mouvements de troupeaux dans les zones sensibles. La comparaison avec le Code de la route permet d’illustrer l’importance de la signalisation dans la compréhension des interdictions. Toutefois, les panneaux routiers ne peuvent pas être assimilés automatiquement aux dispositifs juridiques applicables aux espaces protégés. La matérialisation des passages pastoraux doit répondre aux textes et aux aménagements prévus pour ces territoires .Code de l’environnement et Code pastoral : des textes à articuler La gestion des espaces naturels et celle des activités pastorales reposent sur des cadres juridiques distincts mais complémentaires. Le Code de l’environnement fixe les principes de protection de la nature et de gestion des ressources naturelles. Il consacre notamment l’importance de la préservation de l’environnement et encadre les activités susceptibles de porter atteinte aux écosystèmes .La législation pastorale, pour sa part, vise à organiser les activités d’élevage, la mobilité du bétail, l’accès aux ressources et la prévention des conflits entre agriculteurs et éleveurs. Le nouveau cadre pastoral sénégalais, évoqué dans les échanges autour de la transhumance, doit être lu en articulation avec les dispositions propres aux parcs nationaux, aux forêts classées et aux autres espaces bénéficiant d’une protection particulière. Le droit à la mobilité pastorale ne saurait être interprété comme un droit d’accès automatique à tous les espaces naturels. De la même manière, la protection des espaces classés doit être mise en œuvre en tenant compte des parcours et des droits pastoraux reconnus dans les zones où ils sont légalement applicables. Une clarification juridique accessible aux éleveurs et aux agents chargés du contrôle apparaît dès lors essentielle .La question des passages des troupeaux dans les espaces protégés dépasse les frontières du Sénégal. Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, la pression sur les ressources pastorales, la raréfaction des pâturages, les effets du changement climatique et les conflits entre agriculteurs et éleveurs imposent de nouvelles réponses. Les expériences partagées dans la sous-région montrent des approches différentes.’ entre contrôle strict et gestion communautaire Au Burkina Faso , c’ést la sécurisation des pistes et la  protection des espaces forestiers, la question des pistes à bétail et de leur protection constitue un enjeu majeur de l’organisation pastorale. La sécurisation des couloirs de passage vise notamment à éviter leur obstruction par les cultures, les installations ou d’autres occupations incompatibles avec leur fonction. Cette expérience rappelle l’importance d’une délimitation claire des itinéraires pastoraux et d’une protection effective des espaces réservés à la mobilité du bétail. Au Mali :il fait place à  la concertation locale avec  des approches de gestion communautaire et de décentralisation qui  occupent une place importante dans l’organisation des activités pastorales. Les collectivités territoriales, les organisations d’éleveurs et les autorités coutumières peuvent contribuer à la définition des modalités de passage, à la gestion des ressources et à la prévention des conflits. Cette expérience met en évidence l’intérêt d’une gouvernance de proximité, fondée sur la concertation et la connaissance des réalités locales. Au Bénin c’est à travers une approche plus restrictive où il est  souvent cité dans les débats régionaux pour les mesures restrictives prises à l’égard de la transhumance transfrontalière .L’expérience béninoise illustre une approche privilégiant le contrôle des mouvements de troupeaux et la sécurisation du territoire face aux tensions liées à la mobilité pastorale. Elle pose toutefois une question essentielle : comment concilier les impératifs de sécurité, de protection des ressources et de maintien des moyens de subsistance des éleveurs ?Guinée : la question du respect des règles pastorales En Guinée, les discussions sur la modernisation du cadre pastoral mettent également en avant la nécessité de mieux encadrer la circulation du bétail, la divagation et la protection des ressources naturelles. L’expérience guinéenne rappelle que les règles pastorales doivent être connues, comprises et appliquées, tout en tenant compte des réalités des communautés rurales.Les échanges avec des acteurs de l’expertise pastorale sénégalaise soulignent l’importance d’une approche équilibrée.Pour l’expert pastoraliste Atoumane Kane, l’intégration des expériences comparatives d’Afrique de l’Ouest peut enrichir considérablement la réflexion sur la gestion de la transhumance.Selon cette perspective, le Sénégal n’est pas un cas isolé. Les pays de la sous-région sont confrontés à des défis similaires : pression climatique, raréfaction des ressources, conflits fonciers et nécessité de préserver les espaces naturels. Les contributions de Djiby Ndiaye , de Mbissane et de Kalidou, membres d’unités pastorales de la zone pastorale, ainsi que celles de l’experte pastoraliste Dieynaba Sidibé, spécialiste des questions de transhumance et de pastoralisme, méritent également d’être valorisées dans ce débat. Pour Mme Dieynaba Sidibé : « Les textes sont clairs pour le Niokolo-Koba » .Ayant participé à la rédaction du Code pastoral du Sénégal, Dieynaba Sidibé souligne l’importance de prendre en compte les dispositions environnementales dans la gestion des passages des troupeaux à proximité des espaces protégés. Elle rappelle que la question des couloirs de passage autour des parcs a été évoquée lors des travaux d’élaboration du cadre pastoral. Mais concernant le Parc national du Niokolo-Koba, elle insiste sur la nécessité de se référer aux textes environnementaux applicables .Le parc étant reconnu comme patrimoine mondial de l’UNESCO, la spécialiste estime que l’application rigoureuse des règles de conservation doit rester une priorité .Pour elle, la question appelle une clarification des dispositions à prendre, en lien avec les autorités compétentes et les populations concernées .Le débat sur les passages des troupeaux dans les espaces protégés ne peut être réduit à une opposition entre éleveurs et défenseurs de la nature .Il met en évidence la nécessité d’une gouvernance plus claire des espaces ruraux, fondée sur la connaissance des territoires, la matérialisation des parcours et la concertation entre les acteurs .Plusieurs pistes méritent d’être approfondies :1. Clarifier les zones de passage et les zones interdites. Les éleveurs doivent disposer d’informations précises sur les itinéraires autorisés, les points d’eau accessibles et les limites des espaces protégés.2. Renforcer la concertation locale.Les collectivités territoriales, les services de l’élevage, les services des eaux et forêts, les gestionnaires des parcs et les organisations pastorales doivent pouvoir travailler ensemble.3. Valoriser les expériences partagées.Les pratiques de gestion communautaire au Mali, la protection des pistes au Burkina Faso et les approches de contrôle dans d’autres pays peuvent nourrir la réflexion sénégalaise, sans transposer mécaniquement leurs modèles.4. Prévenir plutôt que sanctionner uniquement.La sensibilisation, l’information et l’accompagnement des éleveurs doivent compléter les mesures de contrôle.5. Adapter les décisions aux réalités du terrain.Les parcours pastoraux, les besoins en eau et en pâturage, les mouvements saisonniers et les contraintes climatiques doivent être intégrés dans les politiques d’aménagement.L’urgence d’un dialogue entre l’État, les éleveurs et les communautésLes acteurs pastoraux souhaitent que les autorités compétentes, notamment celles chargées de l’Élevage, examinent les dispositions à prendre face aux difficultés rencontrées sur le terrain.L’objectif est de parvenir à des solutions qui permettent de préserver les espaces protégés tout en évitant que les communautés pastorales ne se retrouvent sans alternatives viables pour la mobilité de leurs troupeaux.Dans le cas du Niokolo-Koba, la conservation de la biodiversité demeure une exigence majeure. Mais la réussite des politiques de protection passe aussi par une meilleure compréhension des réalités des populations riveraines.En conclusion il s’agira de protéger la nature, d’organiser la Mobilité;  le passage des troupeaux dans les parcs et espaces naturels classés pose une question de fond : comment garantir la protection des ressources naturelles tout en assurant un pastoralisme durable et sécurisé ?Au Sénégal comme dans les autres pays ouest-africains, la réponse ne peut reposer uniquement sur les interdictions ou les sanctions. Elle doit également s’appuyer sur la concertation, la clarification des règles, la matérialisation des parcours et le partage des expériences.L’enjeu est de construire une gestion pastorale qui protège les espaces naturels sans fragiliser les communautés qui vivent de l’élevage.C’est à cette condition que la mobilité du bétail pourra s’inscrire dans une vision durable de l’aménagement du territoire et de la conservation des ressources naturelles.Babacar seneJournal Agropasteur – Agriculture, Élevage, Pêche et Environnement

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