Les mots ont leur sens : « perturbés », « dérégulés », « désorganisés ». Autant de termes qui traduisent aujourd’hui les difficultés profondes que traversent les secteurs de l’agriculture et de l’élevage au Sénégal et dans plusieurs pays africains.
Pour de nombreux observateurs, les agronomes et les vétérinaires ATE, ATA, ITE, ITA, AG et spécialistes vétérinaires semblent avoir progressivement perdu leur place centrale dans la gouvernance et l’orientation de ces secteurs stratégiques.
À leur place, d’autres profils et approches se sont imposés, parfois éloignés des réalités techniques, agronomiques et pastorales du terrain. Une évolution que plusieurs acteurs jugent préoccupante, estimant qu’elle a contribué à fragiliser les fondements professionnels qui faisaient autrefois la force du monde agricole et pastoral.
À cela s’ajoute, selon plusieurs analystes du monde rural, une culture de la laudation et des discours de convenance qui aurait parfois pris le dessus sur l’action concrète et les réformes de fond. Cette situation aurait favorisé l’émergence d’un système qualifié par certains de « favoritisme stérile », placé au centre des priorités au détriment de l’efficacité, de la compétence et des résultats.
Le retard d’une « consécration agricole » de deux ans fait état de la non opérationnalisation encore des réformes révisionnistes de la LOASPH jusqu’à nos jours s’expliquant par la lenteur procéduriére. Au Sénégal, la « consécration » ou la modernisation du monde rural bute sur plusieurs obstacles structurels au-delà des défaillances institutionnelles c’est toujours l’ancrage toujours du systéme d’antan dans la mise en place effective des intrants (semences, engrais) et les dysfonctionnements dans les programmes de financement pénalisent lourdement les agriculteurs.
D’où l’impérieuse nécessité pour l’état de revoir ses stratégies notamment dans la mise en place tôt des intrants et équipements agricoles mais aussi de sécurisation du secteur de l’élevage et des activités agricole et pastorale.
Pour ces observateurs, cette orientation a entraîné immobilisme, incohérences, tâtonnements et perte de repères dans la conduite des politiques agricoles et pastorales. Pendant ce temps, les producteurs, eux, continuent de faire face aux difficultés liées à la baisse de la productivité, à la désorganisation des filières, au manque d’encadrement technique et à la précarité du monde rural.
Les références d’antan, fondées sur la maîtrise des sols, des cultures, du cheptel, des pâturages ainsi que sur les savoirs paysans, paraissent aujourd’hui affaiblies. Beaucoup estiment que cette rupture avec les valeurs agronomiques et pastorales traditionnelles a contribué à la paupérisation progressive des secteurs agricole et de l’élevage.
Pourtant, l’agriculture et l’élevage demeurent le socle sur lequel reposent les priorités de développement du Sénégal et de nombreux pays africains. Plus que jamais, la question de la souveraineté alimentaire impose une réorientation profonde des politiques publiques vers davantage de rigueur, de compétence, de justice sociale et de valorisation des expertises techniques.
« Plus jamais ça », martèlent certains acteurs du secteur, qui appellent à tourner définitivement la page d’une époque marquée par les hésitations et la survie permanente des producteurs ruraux.
Dans cette dynamique, plusieurs voix rappellent cette expression populaire wolof lourde de sens :
« Ronga ñu badolo, dotoul siim tiéréy buur », autrement dit : « Que les larmes des paysans n’assaisonnent plus le couscous des nantis. »
Un message fort qui traduit l’aspiration croissante à une agriculture plus juste, plus productive et davantage centrée sur les intérêts des producteurs et des communautés rurales.
Les acteurs du secteur estiment enfin qu’il devient urgent de redorer le blason de l’élevage, considéré non plus comme un domaine secondaire, mais comme un secteur stratégique à part entière, capable de contribuer pleinement à la souveraineté alimentaire, à l’emploi rural et à la croissance économique du Sénégal et de l’Afrique. Babacar Séne Journal Agropasteur
