À Thiès, dans le quartier Fahu, une entrepreneure a décidé de livrer bataille contre un mal silencieux qui ronge une partie de la production agricole : les pertes post-récolte. À la tête de Condifood Groupe, Mme Ndickou Diack Mâle transforme céréales, légumes et fruits en farines, jus, confitures, préparations alimentaires et autres produits innovants. Son credo : « Utiliser autrement nos produits locaux ».À Fahu, dans les locaux de Condifood Groupe, la transformation agroalimentaire prend des allures de laboratoire d’idées. Ici, un produit agricole ne se résume pas à ce qu’il est au sortir du champ. Il peut avoir plusieurs vies.Derrière cette philosophie, une femme : Mme Ndickou Diack Mâle, entrepreneure et Directrice fondatrice de Condifood Groupe. Son ambition est de faire de la transformation agroalimentaire un véritable levier de valorisation des productions locales, mais aussi une réponse aux pertes qui pénalisent les producteurs.Car le constat est simple : produire ne suffit pas. Encore faut-il conserver, transformer, commercialiser et trouver de nouveaux débouchés.« Nous intervenons somme toute dans toute la chaîne agroalimentaire, où nous transformons et valorisons les produits locaux : les céréales, les confitures, les farines enfantines, les jus et bien d’autres produits », explique-t-elle.Pour la fondatrice de Condifood Groupe, la question des pertes post-récolte ne peut être dissociée de celle de la transformation.« Notre credo est de combattre les pertes agricoles post-récolte, lorsque nos produits locaux pourrissent parfois faute de preneurs ou en raison de méventes. Pourtant, ils offrent des possibilités de transformation extraordinaires », souligne Mme Ndickou Diack Mâle. C’est pourquoi notre option a consisté de trransformer plutôt que laisser perdreC’est là que commence le pari de Condifood : regarder autrement le produit agricole.Un légume peut devenir une poudre, une matière première périssable, il peut être transformé en produit conservable. Une production qui peine à trouver preneur peut ainsi accéder à un nouveau marché.Dans cette logique, l’entreprise explore différentes possibilités de transformation : couscous, thiakry, poudres destinées à la pâtisserie, gâteaux, beignets ou encore akara.L’objectif est double : prolonger la durée d’utilisation des matières premières et multiplier les débouchés.L’un des exemples les plus parlants de cette démarche est sans doute la farine d’aubergine.Produit frais et périssable, l’aubergine peut rapidement se détériorer lorsqu’elle n’est pas écoulée. Condifood Groupe lui ouvre une autre trajectoire : la transformation en farine.Cette farine peut ensuite être utilisée dans différentes préparations, notamment pour la pâtisserie, les gâteaux ou les beignets.L’innovation n’est donc pas seulement technologique. Elle est aussi dans la manière de regarder la matière première.L’aubergine qui risquait de finir dans les déchets peut ainsi devenir une nouvelle matière première.C’est toute la philosophie de Mme Ndickou Diack Mâle : chercher, pour chaque produit local, des usages nouveaux susceptibles de créer de la valeur.Une même production, plusieurs viesCette volonté de diversification se retrouve dans la gamme développée par Condifood Groupe.Céréales, confitures, jus, farines enfantines et diverses préparations issues des produits locaux composent un portefeuille qui continue de s’élargir.L’entreprise s’intéresse également à l’alimentation destinée aux enfants, avec des préparations adaptées à leurs besoins.À travers cette diversité, la dirigeante veut démontrer qu’une production agricole peut dépasser son usage traditionnel.Transformer, c’est aussi imaginer.Imaginer de nouveaux produits. Imaginer de nouveaux marchés. Imaginer de nouvelles façons de consommer les productions du terroir.Et surtout, imaginer comment faire en sorte qu’une partie de la récolte ne soit plus condamnée à la perte faute de débouchés.Chez Condifood Groupe, l’activité économique se double également d’une dimension sociale au-delà du commerceL’entreprise organise notamment des journées de consultation médicale gratuite en faveur des enfants et participe à différentes actions de solidarité au sein des communautés.Deux daaras et la pédiatrie de l’hôpital ont ainsi bénéficié d’initiatives comprenant des séances de lecture du Coran, la distribution de farines enfantines ainsi que l’organisation de ndogou et de buffets pour les enfants.Pour Mme Ndickou Diack Mâle, cette démarche doit progressivement contribuer à installer une véritable culture de solidarité autour de l’enfant et de la communauté scolaire.« Nous comptons organiser ces initiatives chaque année afin d’y associer davantage les enfants et de les initier à la chaîne de solidarité scolaire », fait-elle savoir.Une manière pour l’entrepreneure de donner à son entreprise une autre dimension : celle d’un acteur économique qui entend également prendre part à la vie de sa communauté.Le « Marché de Noël », quand les produits locaux prennent la vitrine contribue à cette volonté de rapprocher les produits locaux des consommateurs c’est la Foire Condifood, baptisée » Marché de Noël « L’initiative se veut une vitrine pour les produits transformés localement et un espace de rencontre entre consommateurs et entrepreneurs.À travers ce rendez-vous, Condifood Groupe entend participer à la promotion de la consommation locale et à la valorisation du savoir-faire des transformateurs.Car derrière chaque produit transformé, il y a une matière première, mais aussi un producteur, une chaîne de valeur et des emplois potentiels.L’histoire que raconte Condifood Groupe est finalement celle d’un changement de regard.Regarder l’aubergine non plus seulement comme un légume frais, mais comme une matière première susceptible de devenir farine. Regarder les céréales, les fruits et les légumes non plus uniquement à travers leur consommation immédiate, mais à travers toutes les possibilités qu’offre leur transformation.C’est dans cet espace que Mme Ndickou Diack Mâle entend inscrire son parcours d’entrepreneure.Son combat dépasse ainsi la simple fabrication de produits alimentaires. Il touche à la réduction des pertes post-récolte, à la création de débouchés, à la diversification des produits, à la valorisation des matières premières locales et à la création de nouvelles opportunités économiques.À Thiès, Condifood Groupe veut poursuivre cette aventure en misant sur l’innovation et l’ingéniosité.Une conviction résumée en quelques mots par son credo : « Utiliser autrement nos produits locaux ».Et comme pour rappeler que derrière la technologie, la transformation et l’entrepreneuriat, il y a aussi le plaisir de consommer local, Condifood Groupe revendique une promesse qui se veut simple : »C’est la saveur au bout de la langue mais aussi de la perte à la valeur ». Babacar Sene journal Agropasteur
