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Je viens de lire avec intérêt l’article du Dr Mbaye Diop, un de nos jeunes collègues sur le théâtre des opérations pour une métamorphose positive et durable du secteur agricole. Je tiens à l’en féliciter. La recherche agricole finalisée connaît, de façon récurrente, des réformes dans tous les pays. Ceci tient essentiellement au fait qu’une agriculture productive et durable passe nécessairement par une recherche forte générant des connaissances et des technologies servant d’adjuvants pour des itinéraires techniques porteurs de profondes et significatives mutations. A l’évidence, l’ISRA a, à son actif, des résultats susceptibles de contribuer à une transformation de nos systèmes reposant sur les mots clés suivants: efficacité, efficience, durabilité, résilience, inclusivité. Le Dr Mbaye Diop en administre la preuve à partir des nombreux acquis enregistrés par l’ISRA au cours des 10 dernières années, à titre illustratif. Nous constatons tous que les problèmes agricoles sont de plus en plus complexes. Ceci résulte d’une perte de confiance vis-à-vis du marché international qui a conduit, partout, à la socialisation de cette belle formule « produire ce que nous mangeons et manger ce que nous produisons ». Par conséquent, il est légitime de s’interroger sur l’architecture actuelle de l’ISRA, une invite de mon jeune collègue, Mbaye Diop. Pour ma part, je considère que, partout à travers le monde, on vise à regrouper les différents compartiments de la recherche agricole finalisée en vue :- d’une part, de réaliser des économies d’échelle;- et d’autre part, d’avoir des masses critiques pour prendre en charge les problèmes de développement rural. Le Sénégal l’a presque réussi en créant, en 1974, l’ISRA, avec une forte volonté de construction d’un système national de recherches agricoles et agroalimentaires, carrefour d’exploitation optimale des complémentarités disciplinaires et inter-institutionnelles. A présent, en lieu et place de la création de nouvelles entités de recherche agricole, il nous faut un Conseil Supérieur de la Recherche Agricole appliquée placée sous la présidence de l’Académie Nationale des Sciences. Celui-ci pourrait comprendre l’ISRA, l’ITA, les Universités, les acteurs ruraux et les structures d’appui -conseil. Cela devrait parfaire l’environnement de la science, de la technologie et de l’innovation agricole dans notre pays, tout en renforçant l’existant. Par ailleurs, je plaide pour la sauvegarde de l’intégrité de l’ISRA et son maintien au Ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Elevage pour consolider et élargir : 1) les recherches interdisciplinaires car toute recherche disciplinaire est réductrice du réel et, donc, peut difficilement générer des résultats utiles et utilisables;

2) les recherches systémiques car les problèmes de l’Agriculture sont 30 pour cent dans les champs et 70 pour cent en dehors et les décisions dans une exploitation agricole résultent d’arbitrages entre ses différentes composantes;

3) le pilotage de la recherche par l’aval pour nous exclure d’un productivisme et renforcer les approches chaînes de valeur;

4) une recherche participative et itérative pour favoriser l’appropriation et l’incorporation d’innovations technologiques grâce à une domestication de la recherche fondée sur une complicité naturelle et agissante avec les acteurs ruraux;

5) une recherche conciliant l’économie, l’environnement et la santé publique pour se nourrir sans se détruire;

6) une recherche gérée comme une entreprise de type privé bien que d’utilité publique car il y a une sélection naturelle dans tous les secteurs sociétaux et la recherche ne saurait être une exception;

7) une recherche qui tient compte de l’hétérogénéité des systèmes de production, de transfert et de consommation, c’est-à-dire dans une dynamique d’approche différenciée et territorialisée; une recherche qui contribue à l’émergence de systèmes d’innovation ou écologie de l’innovation, condition sine qua non pour avoir un impact plus décisif;

8) une recherche qui nous évite des externalités négatives résultant d’une intensification agricole non durable; 10) une recherche qui sait prendre en charge les défis du moment et rationaliser sa réflexion sur le devenir. Pour conclure, j’ai l’intime conviction qu’un renforcement de l’ISRA et du conseil agricole et rural constitue des inputs majeurs pour construire une révolution doublement verte. Oui, l’indépendance alimentaire est la plus forte des indépendances, elle est directement corrélée à la dignité humaine. Dr Papa Abdoulaye Seck

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