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Après une longue nuit de négociations, la 17e Conférence des Nations unies sur la biodiversité (COP17) s’est achevée le 31 octobre 2026 à Erevan, en Arménie. Si près de 200 pays ont adopté des décisions pour accélérer la mise en œuvre du Cadre mondial de Kunming-Montréal, les insuffisances du financement et le retard pris sur les objectifs de 2030 continuent de susciter des inquiétudes. Pour le Sénégal, l’enjeu est désormais de transformer les engagements internationaux en résultats concrets pour les écosystèmes, les communautés rurales et les ressources marines. Prochaine étape : la COP18, prévue à Quito, en Équateur, en 2028.Biodiversité : le monde reconnaît son retard, mais les moyens restent insuffisantsAinsi la COP17 Biodiversité a pris ce samedi 31 octobre 2026, à Erevan, après plusieurs heures de discussions intenses. Au terme de deux semaines de négociations, les représentants des pays parties à la Convention sur la diversité biologique sont parvenus à adopter plusieurs décisions destinées à accélérer l’application du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, adopté en 2022.Au cœur des discussions figurait le premier examen mondial des progrès collectifs accomplis vers les 23 objectifs de ce cadre, qui vise notamment à enrayer et à inverser la perte de biodiversité d’ici à 2030. Le constat est préoccupant : le monde n’est pas sur la bonne trajectoire pour atteindre ces objectifs dans les délais fixés. La COP17 a ainsi adopté la « Feuille de route d’Erevan », destinée à accélérer l’action au cours des quatre années restantes avant l’échéance de 2030.Parmi les priorités figurent la conservation des écosystèmes, la restauration des milieux dégradés, la mobilisation des financements et la réduction des incitations néfastes à la nature. L’objectif mondial demeure notamment de conserver 30 % des terres et des mers d’ici à 2030.Toutefois, les décisions adoptées ne dissipent pas les inquiétudes. Plusieurs organisations de conservation estiment que les compromis obtenus ne sont pas à la hauteur de l’urgence écologique. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a, elle aussi, souligné que les résultats de la conférence ne répondaient pas pleinement à l’ampleur des besoins, particulièrement en matière de financement et de mise en œuvre.Derrière les déclarations d’engagement, la question des ressources financières a constitué l’un des principaux points de blocage de la COP17. Les pays en développement réclament des moyens prévisibles et accessibles pour protéger leur patrimoine naturel, restaurer les écosystèmes et accompagner les populations qui dépendent directement des ressources naturelles.Les discussions ont notamment porté sur les financements internationaux consacrés à la biodiversité, la réforme des subventions néfastes pour la nature et l’élargissement éventuel de la base des contributeurs. La possibilité de faire participer davantage de pays à l’effort financier international, notamment parmi les économies émergentes, a suscité des divergences.Les compromis conclus à Erevan prévoient notamment la poursuite des travaux sur le mécanisme financier de la Convention et la possibilité, pour des pays qui ne figurent pas parmi les contributeurs traditionnels, de manifester leur intérêt à contribuer. Les modalités d’un dispositif financier permanent devront encore être précisées.Pour les pays africains, dont le Sénégal, cette question est déterminante. La protection des forêts, des zones humides, des espaces pastoraux et des écosystèmes côtiers exige des investissements durables, mais aussi des moyens humains et techniques adaptés aux réalités locales.La mobilisation de financements internationaux ne peut donc être considérée comme un simple volet diplomatique. Elle conditionne la capacité des États à mettre en œuvre leurs stratégies nationales, à renforcer la gestion des aires protégées et à soutenir les communautés qui participent quotidiennement à la préservation de la biodiversité.Conduite par le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, le Dr Aliou Gori Diouf, la délégation sénégalaise a pris part aux travaux d’Erevan avec plusieurs enjeux stratégiques, notamment la protection des écosystèmes terrestres et marins, le financement de la conservation et le renforcement de la coopération régionale.Pour le Sénégal, la biodiversité représente un enjeu environnemental, économique et social. Elle est étroitement liée à l’agriculture, à l’élevage, à la pêche, aux activités des communautés côtières et rurales ainsi qu’à la résilience des territoires face aux changements climatiques.La mise en œuvre du Cadre mondial de Kunming-Montréal doit ainsi se traduire par des mesures concrètes : restaurer les terres dégradées, préserver les ressources en eau, protéger les forêts et les zones humides, conserver les habitats naturels et promouvoir une exploitation durable des ressources biologiques.L’enjeu est également de mieux associer les collectivités territoriales, les organisations de producteurs, les communautés locales, les femmes et les jeunes à la gouvernance de la biodiversité. Sans leur participation effective, les objectifs internationaux risquent de rester éloignés des réalités quotidiennes.L’objectif 30×30 et la conservation marine au cœur des prioritésParmi les dossiers stratégiques pour le Sénégal figure l’objectif 30×30, qui vise à assurer la conservation de 30 % des terres et des mers à l’horizon 2030.En Afrique de l’Ouest, la protection du littoral et des écosystèmes marins constitue une priorité face à l’érosion côtière, à la dégradation des habitats, aux pressions exercées sur les ressources halieutiques et aux conséquences du changement climatique.Le Sénégal entend notamment faire de la dynamique régionale autour du sixième Congrès international sur les aires marines protégées (IMPAC6), prévu en Afrique en 2027, un levier pour accélérer la mise en œuvre des engagements de conservation marine dans la sous-région.En collaboration avec le Partenariat régional pour la conservation de la zone côtière et marine en Afrique de l’Ouest (PRCM), les efforts portent sur le renforcement de la coopération entre les pays, la gestion des aires marines protégées et la mobilisation des acteurs concernés.Pour les communautés de pêcheurs, les résultats attendus sont particulièrement importants : préserver les habitats indispensables à la reproduction des espèces, maintenir la productivité des écosystèmes marins et contribuer à la durabilité des activités économiques qui en dépendent.La question est désormais de savoir comment les engagements régionaux pourront se traduire en moyens supplémentaires, en meilleure gouvernance et en résultats mesurables pour les écosystèmes côtiers et marins.Financement de la biodiversité : un enjeu de justice environnementaleLe Sénégal a également défendu la nécessité d’une gouvernance financière internationale plus équitable, adaptée aux besoins des pays en développement. Au-delà des engagements annoncés, l’enjeu est de garantir des financements accessibles, durables et directement mobilisables pour la conservation.Parmi les pistes évoquées figurent des mécanismes financiers innovants, notamment les obligations destinées au financement des parcs naturels, connues sous le nom de Park Bonds. De tels instruments pourraient contribuer au financement de la gestion des aires protégées, sous réserve de conditions économiques viables, d’une gouvernance transparente et de garanties environnementales et sociales.Cette question est particulièrement importante pour les pays africains, qui doivent concilier la conservation des ressources naturelles avec les impératifs de développement, de création d’emplois et d’amélioration des conditions de vie des populations.Pour le Sénégal, la mobilisation de ressources financières ne doit donc pas seulement permettre de protéger des espaces naturels. Elle doit aussi contribuer à soutenir les initiatives locales, à renforcer les capacités des gestionnaires et à assurer une meilleure participation des communautés à la gestion des territoires.La biodiversité marine ne se limite pas aux eaux territoriales. La protection de la haute mer constitue également un enjeu croissant pour la gouvernance mondiale des océans.Dans ce domaine, le Sénégal s’inscrit dans la dynamique des pays engagés en faveur de la ratification et de la mise en œuvre de l’accord international sur la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale, communément désigné par l’acronyme BBNJ.Cet accord vise notamment à renforcer la conservation de la biodiversité en haute mer, à développer les outils de gestion par zone et à encadrer les évaluations d’impact environnemental des activités susceptibles d’affecter les écosystèmes marins.Pour un pays côtier comme le Sénégal, cette dynamique présente un intérêt stratégique : elle permet de renforcer la coopération internationale pour la protection des océans, tout en inscrivant la conservation marine dans une approche plus globale.SPANB 2026-2030 : le véritable test se jouera au niveau nationalAu-delà des négociations internationales, la mise en œuvre des engagements dépendra de leur intégration dans les politiques publiques nationales.Pour le Sénégal, la Stratégie et le Plan d’action national pour la biodiversité (SPANB) constituent un instrument central de cette mise en œuvre. Leur alignement sur le Cadre mondial de Kunming-Montréal doit permettre de définir les priorités nationales, les indicateurs de suivi, les responsabilités institutionnelles et les moyens nécessaires à l’atteinte des objectifs de 2030.Cette démarche doit notamment favoriser une meilleure articulation entre les politiques de conservation, l’agriculture durable, la gestion des ressources pastorales, la pêche, la restauration des terres et l’adaptation aux changements climatiques.Le défi est de passer des engagements aux résultats : combien d’écosystèmes seront restaurés ? Quelles superficies seront effectivement protégées ? Quels moyens seront consacrés à la gestion des aires protégées ? Et quels bénéfices les communautés locales pourront-elles en tirer ?Ces questions seront déterminantes pour apprécier les progrès accomplis par le Sénégal. Elles appellent également un suivi transparent, des données fiables et une évaluation régulière des actions menées sur le terrain.Quid de la COP18 en 2028 à l’issue d’un vote à bulletin secret, l’Équateur a été désigné pour accueillir la 18e Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique (COP18), en 2028. La conférence se tiendra à Quito, la capitale équatorienne, selon les annonces officielles relatives à l’organisation du prochain rendez-vous.Cette prochaine conférence constituera une nouvelle étape dans le suivi du Cadre mondial de Kunming-Montréal. Elle devra permettre d’apprécier les progrès réalisés depuis Erevan, de poursuivre les discussions sur les mécanismes financiers et de mesurer la capacité des États à accélérer la mise en œuvre de leurs engagements avant l’échéance de 2030.Pour le Sénégal, le rendez-vous de Quito représente une occasion de faire le point sur l’application de sa stratégie nationale, de consolider les partenariats régionaux et de défendre un accès plus équitable aux financements internationaux consacrés à la biodiversité.Entre Erevan et Quito, le véritable enjeu sera celui de l’action. La COP17 a rappelé l’urgence de protéger le vivant et les limites des progrès accomplis. La COP18 devra permettre de vérifier si les décisions prises se traduisent effectivement par davantage de ressources, des écosystèmes mieux protégés et des bénéfices concrets pour les populations.Pour le Sénégal comme pour les autres pays africains, la réussite de cette transition dépendra autant de la volonté politique que de la disponibilité des financements et de la participation des communautés qui vivent au quotidien au contact de la nature.Babaclimat journal Agropasteur

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