À la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), les discussions mettent l’accent sur la nécessité d’agir avant que les crises climatiques ne produisent leurs effets les plus graves. Lors d’un événement parallèle organisé le 19 août 2026 par l’Institut international de gestion de l’eau (IWMI), les participants ont examiné les moyens de mieux se préparer à El Niño, de renforcer la résilience face aux sécheresses et de mieux prendre en compte les interactions entre l’eau, les terres, le climat et la sécurité alimentaire.Il est d’une nécessité impérieuse de transformer les prévisions climatiques en décisions.Pour les agriculteurs et les communautés rurales, une prévision météorologique n’a de véritable valeur que lorsqu’elle permet de prendre une décision. Retarder les semis, économiser l’eau, modifier le choix des cultures ou des essences d’arbres, renforcer l’irrigation ou encore sécuriser l’alimentation du bétail sont autant de mesures qui peuvent contribuer à réduire les pertes lorsque les risques climatiques sont anticipés.Animée par Marie-Charlotte Buisson, responsable du groupe de recherche de l’IWMI sur l’économie et l’évaluation d’impact (EcIA), la session a notamment réuni Giriraj Amarnath, responsable du groupe de recherche de l’IWMI sur les données sur l’eau pour la résilience climatique et chercheur principal en gestion des risques de catastrophe et résilience climatique.Des représentants et experts venus notamment d’Éthiopie, de Somalie, des Émirats arabes unis, du Sri Lanka et de l’Inde ont partagé leurs expériences sur la préparation aux risques climatiques.La question centrale était clairement posée : comment transformer les connaissances sur la sécheresse, El Niño et la dégradation des terres en actions concrètes avant que les impacts ne deviennent critiques ?Passer de l’alerte précoce à l’action anticipéeLes échanges ont souligné l’importance de passer d’une logique d’alerte précoce à une véritable action préventive. Il ne s’agit plus seulement de prévoir une sécheresse, mais de permettre aux gouvernements, aux organisations de développement et aux communautés d’agir suffisamment tôt pour limiter les pertes.Dans cette perspective, l’IWMI a présenté son outil ENSO Outlook, conçu pour traduire les informations relatives aux phénomènes El Niño et La Niña en données pratiques et adaptées aux contextes nationaux.En combinant les prévisions climatiques, les indicateurs de sécheresse et les différentes mesures de préparation envisageables, cet outil doit contribuer à accélérer et à améliorer la prise de décision.Une vulnérabilité qui reste localeLes expériences présentées lors de la session ont également montré que les impacts du changement climatique ne peuvent être appréhendés uniquement à partir de modèles globaux.Si El Niño peut influencer les précipitations et les températures dans de vastes régions du monde, la vulnérabilité reste fortement dépendante des réalités locales. La disponibilité de l’eau, les systèmes agricoles, les infrastructures, les institutions, les revenus des ménages et l’accès à l’information déterminent largement la capacité des communautés à faire face aux périodes de sécheresse.Pour la Fondation du Haut Atlas, ces enjeux sont particulièrement concrets au Maroc, où les communautés agricoles sont confrontées à des précipitations de plus en plus irrégulières, à la rareté de l’eau, à la dégradation des sols et à une multiplication des aléas climatiques.Agroforesterie : anticiper pour mieux restaurerCes défis sont particulièrement importants dans les programmes de plantation d’arbres et d’agroforesterie. Les premières années d’implantation sont en effet très sensibles aux précipitations et à la disponibilité de l’eau.Des conditions plus chaudes ou plus sèches peuvent entraîner une hausse importante de la mortalité des plants lorsque les dates de plantation, l’irrigation, le choix des espèces ou la gestion des sols ne sont pas adaptés.La restauration des terres ne peut donc pas se limiter à planter des arbres. Elle doit s’appuyer sur une approche intégrée comprenant notamment des pépinières, un accompagnement technique, une gestion durable de l’eau, la formation des producteurs, le suivi des plantations et un soutien continu durant la période d’enracinement.Eau, terres, agriculture et énergie : une approche intégréeAutre enseignement majeur de la rencontre : la nécessité d’aborder conjointement les questions liées à l’eau, aux terres, à l’agriculture, à l’énergie et aux écosystèmes.Ces systèmes sont étroitement liés, particulièrement dans les zones rurales. Une pression accrue sur une ressource peut rapidement affecter les moyens de subsistance, la production agricole et, plus largement, la résilience des territoires.Les participants ont également insisté sur les enjeux du financement, des incitations et de l’équité. Une grande partie des financements consacrés à la sécheresse intervient encore après l’apparition des dommages. L’un des défis consiste donc à réorienter davantage les ressources vers la préparation et le financement de la résilience avant la crise.Autre impératif évoqué est de mettre les communautés au cœur du financement climatique.La question des incitations apparaît également déterminante. Certaines politiques peuvent être efficaces à l’échelle nationale tout en faisant peser une charge disproportionnée sur les petits agriculteurs et les communautés rurales disposant de ressources financières limitées.Ces populations sont pourtant souvent en première ligne dans la mise en œuvre des mesures de résilience : conservation des arbres, restauration des sols, gestion de l’eau, protection de la biodiversité et adaptation des systèmes de production.Pour le Maroc et la Fondation du Haut Atlas, l’enjeu est donc de mieux relier les informations climatiques à la restauration des terres, à l’agriculture durable, à la gestion de l’eau et au développement communautaire.Les mécanismes émergents de financement climatique et carbone peuvent également contribuer à soutenir la restauration des terres et l’agroforesterie sur le long terme. Leur efficacité devra toutefois être appréciée à l’aune des bénéfices réellement obtenus par les agriculteurs et les communautés qui entretiennent les paysages restaurés. » Agir avant le choc » reste le principal enseignement a tirer de cette rencontre de l’IWMI à la COP17 qui peut étre sans doute résumé par une idée : la résilience climatique dépend de la capacité à transformer les connaissances en décisions opportunes.Les outils permettant d’identifier les risques émergents liés à la sécheresse et à El Niño sont de plus en plus nombreux. Le défi consiste désormais à faire parvenir ces informations aux agriculteurs, aux communautés, aux organisations locales et aux décideurs sous une forme simple, accessible et directement exploitable.Mais l’information ne suffit pas. Pour agir avant le choc, les acteurs locaux doivent également disposer des ressources financières, des moyens techniques et des incitations nécessaires.À la COP17 de la CNULCD, le message est donc clair : anticiper plutôt que réparer, investir dans la résilience avant la crise et placer les communautés au cœur des stratégies de restauration des terres et d’adaptation climatique.Babaclimat Journal Agropasteur
