Bruxelles a franchi un cap historique en adoptant une stratégie inédite en faveur du secteur de l’élevage, accompagnée d’un plan d’action sur les protéines végétales. L’objectif est clair il s’agit de redonner des perspectives à une filière stratégique pour l’Union européenne tout en maintenant les exigences environnementales, sanitaires et de bien-être animal. Cette décision marque un véritable tournant. Longtemps confrontés à des politiques jugées contraignantes, les éleveurs européens voient enfin leurs préoccupations économiques placées au cœur des priorités. L’élevage représente près de 40 % de la valeur ajoutée agricole de l’Union européenne. Il génère environ 400 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an, fait vivre quatre millions d’exploitations et assure quelque sept millions d’emplois, principalement dans les zones rurales.Malgré ce poids économique, la filière traverse une crise profonde. Les éleveurs sont confrontés à une baisse de rentabilité, à la volatilité des marchés, à l’augmentation des coûts de production, aux effets du changement climatique, aux épizooties récurrentes, au manque de main-d’œuvre et au vieillissement des exploitants. Face à ces défis, l’Europe a choisi d’investir dans l’avenir de son élevage.Cette décision européenne interpelle également les pays africains, où l’élevage constitue un puissant levier de développement économique, de création d’emplois et de souveraineté alimentaire. L’Afrique dispose d’importantes ressources pastorales, d’un cheptel considérable et d’un marché en forte croissance. L »élevage ouest-africain représenté 112 millions de bovins, 170 millions d’ovins, 224 millions de caprins . l’Afrique de l’Ouest et le Sahel abritent l’un des plus grands bassins d’élevage du continent. L’élevage représente en moyenne 36% du PIB agricole dans les pays sahéliens et fait vivre des millions de personnes.Mais un secteur qui demeure sous pression changement climatique, dégradation des terres, insécurité transfrontalière, conflits autour des pâturages et des points d’eau, maladies animales. Pourtant, ce potentiel reste encore insuffisamment valorisé.Le défi consiste désormais à mettre en place des politiques ambitieuses capables de moderniser les systèmes d’élevage, de renforcer les chaînes de valeur, de développer les industries de transformation, d’améliorer la santé animale et de faciliter l’accès aux marchés régionaux et internationaux.Une leçon pour le Sénégal où le secteur est en pleine mutation.Les autorités chargées de l’élevage s’efforcent de relever ces défis en rompant progressivement avec une vision réductrice qui limitait le secteur à la gestion de la Tabaski ou aux campagnes de vaccination selon l’adresse lancée par le nouveau ministre lors de l’audience avec les acteurs .Aujourd’hui, l’élevage s’affirme comme un pilier majeur de l’économie nationale. Il contribue à hauteur d’environ 4 % du PIB national et représente près de 22 % du PIB du secteur primaire. Plus largement, il génère entre 35 et 40 % de la valeur ajoutée agricole.Le secteur fait vivre près de deux millions de personnes, constitue la principale source de revenus d’environ un tiers des ménages ruraux et concerne plus de 600 000 familles. Il offre également de nombreuses opportunités d’emplois directs, notamment pour les femmes et les jeunes, particulièrement dans les filières avicoles et des petits ruminants.Au-delà de son poids économique, l’élevage joue un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire nationale. Il contribue à l’approvisionnement du pays en viande et en lait et participe aux efforts visant à réduire la dépendance vis-à-vis des importations de produits laitiers.Le cheptel sénégalais repose principalement sur les bovins, les ovins et les caprins. Trois chaînes de valeur apparaissent particulièrement porteuses : la viande, moteur des marchés locaux ; le lait, dont la production locale progresse progressivement ; et l’aviculture, qui connaît une croissance soutenue.Transformer le potentiel en moteur de croissanceLe Sénégal dispose aujourd’hui de nombreux atouts pour faire de l’élevage un véritable moteur de croissance durable. Inscrit dans les ambitions de la Vision Sénégal 2050 et soutenu par les réformes engagées dans le cadre des politiques publiques, le secteur peut contribuer davantage à la création de richesses, à l’emploi des jeunes, à la résilience climatique et à l’intégration régionale.L’exemple européen montre qu’un secteur stratégique mérite des politiques publiques fortes, des investissements ciblés et une vision de long terme. L’Afrique, et particulièrement le Sénégal, possède les ressources naturelles, humaines et pastorales nécessaires pour réussir cette transformation.Plus qu’une simple activité économique, l’élevage apparaît désormais comme un levier stratégique de souveraineté alimentaire, de développement territorial et de croissance inclusive. À l’image de l’Europe qui choisit aujourd’hui de défendre ses éleveurs, l’Afrique est appelée à accélérer ses réformes afin de libérer pleinement le potentiel de son élevage au service de son développement.Babacar sene journal Agropasteu
