0 6 minutes 1 heure
Spread the love

Le paradoxe est frappant. Alors que le Sénégal poursuit son ambition d’atteindre la souveraineté alimentaire en riz, les producteurs locaux sont régulièrement confrontés à des difficultés de commercialisation, tandis que le pays continue d’importer d’importants volumes de riz. Une situation qui, selon le Dr Papa Abdoulaye Seck, ancien ministre de l’Agriculture, révèle que le véritable défi n’est plus seulement d’augmenter la production, mais de bâtir une filière rizicole performante, intégrée et orientée vers le marché. Dans une contribution intitulée « Le paradoxe du riz : quelques suggestions pour mieux valoriser le riz local », l’ancien ministre livre une analyse approfondie des dysfonctionnements qui freinent encore la valorisation de la production nationale. Il y formule quatre orientations majeures qu’il juge indispensables pour assurer un développement durable de la filière.Un paradoxe qui interpelle et le constat est sans appel. En 2025, le Sénégal a importé près de 1,39 million de tonnes de riz, pour une facture estimée à 522 milliards de FCFA. Dans le même temps, les producteurs et les transformateurs locaux font face à des épisodes récurrents de mévente.Pour le Dr Papa Abdoulaye Seck, cette contradiction traduit moins un déficit de production qu’un problème d’organisation de la filière. Selon lui, une agriculture performante ne peut se limiter à produire davantage ; elle doit également garantir des débouchés rémunérateurs grâce à une meilleure structuration de l’ensemble de la chaîne de valeur.Il s’agira de repenser la filière dans sa globalité; en cela la première recommandation consiste à adopter une véritable approche filière. L’ancien ministre rappelle que la commercialisation ne commence pas après la récolte, mais dès l’approvisionnement en semences, engrais et autres facteurs de production.Il plaide ainsi pour une gouvernance intégrée dans laquelle le ministère de l’Agriculture assurerait la coordination de l’ensemble des maillons de la chaîne : production, transformation, stockage, distribution et consommation en étroite collaboration avec les autres départements concernés.Selon lui, le marché doit guider les choix de production et non l’inverse.Il s’agira de mieux articuler importations et production nationaleLa deuxième orientation porte sur une meilleure cohérence entre les politiques d’importation et les objectifs de développement de la riziculture nationale.Le Dr Papa Abdoulaye Seck estime que les marges offertes par les règles de l’Organisation mondiale du commerce peuvent être utilisées pour mieux soutenir le riz local. Il suggère notamment que les conditions d’accès aux importations prennent en compte l’engagement des opérateurs dans la collecte, la transformation et la commercialisation de la production nationale.Une telle démarche permettrait, selon lui, de créer une complémentarité entre les importations nécessaires et le développement de la production locale, tout en préservant une concurrence saine et le respect des engagements internationaux du Sénégal.Il s’agira de sécuriser les débouchés grâce aux marchés institutionnelsLe Troisième axe proposé relève du développement de la contractualisation entre les producteurs et les grands consommateurs publics.Le Dr Papa Abdoulaye Seck recommande la signature de contrats d’approvisionnement entre les organisations de riziers et les hôpitaux, les universités, les cantines scolaires, les casernes, les établissements pénitentiaires ainsi que les autres structures publiques.Une telle mesure offrirait des débouchés stables aux producteurs tout en garantissant aux institutions un approvisionnement régulier en riz local de qualité.Enfin, l’ancien ministre propose la mise en place d’observatoires dans les principales zones de production.Ces plateformes rassembleraient l’administration, les collectivités territoriales, les services techniques, la recherche, les organisations de producteurs, les importateurs, les transformateurs, les commerçants, les institutions financières ainsi que les associations de consommateurs.Leur mission serait de suivre en permanence les superficies cultivées, les prévisions de récolte, les niveaux de stocks, les flux commerciaux, les prix et l’évolution de la demande afin d’éclairer les décisions publiques.Pour lui, disposer de données fiables permettrait d’anticiper les déséquilibres du marché au lieu de les subir.Au-delà des propositions techniques, le Dr Papa Abdoulaye Seck lance un appel à un changement de paradigme. La souveraineté rizicole, soutient-il, ne dépend pas uniquement de l’augmentation des rendements ou des superficies emblavées.Elle repose tout autant sur une gouvernance intégrée, une commercialisation performante, une régulation intelligente du marché et une meilleure coordination entre l’ensemble des acteurs de la filière.En définitive, l’ancien ministre considère que le véritable défi consiste désormais à faire en sorte que chaque kilogramme de riz produit au Sénégal trouve durablement sa place sur le marché national. C’est à cette condition, conclut-il, que le Sénégal pourra transformer son potentiel rizicole en véritable levier de souveraineté alimentaire, de création de richesses et d’amélioration des revenus des producteurs.

Babacar sene journal Agropasteur

Laisser un commentaire