Financement de la SONACOS, règlement des arriérés d’intrants, compétitivité du riz local, relance des filières agricoles et traçabilité des flux : au terme du Conseil interministériel du jeudi 22 octobre 2026, le Premier ministre a arrêté 20 engagements destinés à préparer l’ouverture de la campagne de commercialisation 2026-2027. Les ministères concernés sont appelés à accélérer leur mise en œuvre, avec un premier point d’exécution attendu avant le démarrage de la collecte arachidière.La préparation de la campagne de commercialisation 2026-2027 entre dans une phase décisive. Réuni le jeudi 22 octobre 2026, à Dakar, le Conseil interministériel consacré à cette échéance a permis de dresser le bilan de la précédente campagne et de définir les mesures nécessaires pour améliorer la collecte, sécuriser le financement des achats et faciliter l’écoulement des productions agricoles locales.À travers 20 engagements répartis en quatre axes les prérequis et mesures urgentes, le financement, les mesures spécifiques aux filières et le renforcement de la traçabilité et du suivi , le Gouvernement entend apporter des réponses aux difficultés rencontrées par les producteurs, les opérateurs de collecte, les industriels et les commerçants.Le Premier ministre a notamment insisté sur le suivi de l’exécution des décisions. Il a demandé au ministre, Secrétaire général du Gouvernement, en relation avec les ministères chargés de l’Agriculture, du Commerce et des Finances, de présenter un état d’avancement avant l’ouverture de la collecte arachidière et de lui rendre régulièrement compte de la mise en œuvre des mesures retenues.Arachide : sécuriser le financement et rendre les points de collecte opérationnelsLa filière arachide occupe une place centrale dans les décisions issues du Conseil interministériel. Pour la campagne précédente, la collecte destinée à la SONACOS a atteint 219 171 tonnes, correspondant à 73,43 milliards de FCFA injectés dans le monde rural. Cette performance a bénéficié d’une mobilisation financière de 105 milliards de FCFA, avec la participation de l’ITFC, de la BADEA, de la BOAD et du pool bancaire national.Malgré ces résultats, plusieurs difficultés ont été relevées, notamment la discontinuité du financement et le nombre de points de collecte agréés, parfois sans rapport avec la production disponible. Plus des trois quarts des points concernés seraient restés inexploités.Pour la nouvelle campagne, le Gouvernement prévoit de finaliser l’accord-cadre entre l’État et le Comité national interprofessionnel de l’arachide (CNIA), de mettre en place un comité chargé de proposer chaque année un prix de référence et de publier, dès l’ouverture de la campagne, les modalités d’exportation des graines d’arachide.La fonctionnalité des points de collecte devra également être améliorée. Leur nombre sera ajusté aux volumes de production attendus et aux financements disponibles. L’agrément des opérateurs devra évoluer vers un dispositif portant directement sur les points de collecte, selon des modalités définies avec les parties prenantes.Autre mesure importante : le criblage deviendra obligatoire dans les points de collecte et les centres de réception. Avant le 15 novembre 2026, un état des lieux des cribles et tarares déjà déployés devra être réalisé. Leur entretien sera confié à des artisans locaux spécialisés, dans le cadre de contrats financés par les opérateurs de collecte. Des contrôles métrologiques renforcés sont également prévus.Les autorités devront par ailleurs finaliser le protocole entre l’État et les huiliers relatif à l’accompagnement douanier et définir une stratégie d’écoulement du stock de 70 450 tonnes de tourteaux d’arachide détenu par la SONACOS. Cette stratégie prévoit notamment des ventes aux provendiers et aux meuniers, ainsi que l’affectation d’une partie du stock à l’assistance pastorale décidée pour la période de soudure de 2026.Pour la SONACOS il s’agira de boucler le financement avant la collecteLa sécurisation du financement constitue l’un des principaux préalables à l’ouverture de la campagne. Le ministre chargé des Finances devra, avec le ministère du Commerce, la SONACOS, la Banque Agricole et les autres établissements bancaires concernés, finaliser le plan de financement de la société avant le démarrage de la collecte.Le dispositif devra également garantir la trésorerie nécessaire aux premiers achats. Le Conseil interministériel prévoit à cet effet une capacité de financement d’environ un milliard de FCFA par jour pendant les trente premiers jours de collecte, dans l’attente des premiers décaissements des bailleurs.Le règlement des dettes de l’État envers les fournisseurs d’intrants figure également parmi les priorités. Le montant des arriérés à régler est évalué à 44 milliards de FCFA. Des attestations officielles de créance devront être délivrées aux opérateurs sur la base des factures liquidées.Pour sécuriser le financement des différentes filières, le Gouvernement prévoit aussi de recourir aux lettres de domiciliation des paiements, aux récépissés d’entreposage, à la tierce détention et à une garantie partielle du Fonds de garantie des investissements prioritaires (FONGIP) pour les crédits de collecte des opérateurs agréés.Le paiement des producteurs par mobile money sera également encouragé pour ceux qui le souhaitent, en lien avec leur enrôlement sur la plateforme agro-sylvo-pastorale du Sénégal (ERP-PAS).S’agissant de la filière coton, le ministère chargé des Finances devra délivrer à la SODEFITEX une attestation de créance relative à ses arriérés et programmer leur apurement. L’enveloppe de soutien de 5 milliards de FCFA destinée à cette filière devra être confirmée avant le 15 novembre 2026.Pour le Coton, le maïs et le riz :il s’agira de consolider les débouchés des productions localesAu-delà de l’arachide, les décisions concernent plusieurs autres filières stratégiques pour la souveraineté alimentaire et les revenus des producteurs.Pour le coton, l’objectif fixé pour la campagne 2026-2027 est de 35 000 tonnes, avec un paiement des producteurs dans un délai de trois jours. Le Gouvernement entend consolider la dynamique de la filière, développer les partenariats avec des acheteurs industriels et organiser la valorisation de la graine de coton par les huileries et les provendiers nationaux.Pour le maïs, le protocole entre l’État et les provendiers devra être renouvelé sans délai, autour d’un objectif de commercialisation de 30 000 tonnes, avec un accompagnement bancaire. Cette mesure s’inscrit dans la continuité du programme « Grenier du maïs ».Le mil et le sésame sont également concernés par l’extension de l’approche des protocoles de commercialisation. Les objectifs retenus sont respectivement de 150 000 tonnes pour le mil et de 50 000 tonnes pour le sésame. Les besoins de financement de ces deux filières devront être évalués et intégrés au suivi hebdomadaire, aux côtés du riz local et des produits horticoles.Riz local : accélérer les paiements et améliorer la compétitivitéLa commercialisation du riz local demeure confrontée à des difficultés d’écoulement, liées notamment à sa compétitivité face au riz importé et au retard de paiement des subventions dues aux riziers.En juillet 2026, l’État avait mis en place un mécanisme de soutien prévoyant un prix de 160 FCFA le kilogramme pour le riz paddy et de 280 FCFA le kilogramme pour le riz blanc départ usine, avec une subvention de 50 FCFA par kilogramme au profit des riziers. L’accès aux importations avait également été indexé sur les achats de riz local.Au 13 octobre 2026, sur 41 729 tonnes de riz blanc disponibles, 13 879 tonnes avaient été enlevées. Le Conseil interministériel entend désormais accélérer l’écoulement des stocks en mettant en place un mécanisme de péréquation et en poursuivant les mises en relation entre les riziers et les importateurs.Le paiement des subventions de 50 FCFA par kilogramme dues sur les volumes déjà enlevés figure parmi les mesures prioritaires.Le Gouvernement prévoit également de faire reconnaître l’interprofession du riz, réunissant producteurs, riziers et importateurs, et d’accompagner la formalisation du Comité interprofessionnel du riz du Sénégal (CIRIZ). Un atelier entre le CIRIZ et la Banque Agricole devra être organisé avant l’ouverture de la campagne pour examiner le financement de la campagne 2027.La sécurisation des stocks des rizeries par un système de tierce détention, l’harmonisation des emballages et de la qualité, ainsi que la promotion d’une marque de riz local figurent aussi parmi les mesures retenues, avec l’appui de l’Association sénégalaise de normalisation (ASN).Une stratégie visant à renforcer la compétitivité du riz local face aux importations devra enfin être proposée avant la fin de l’année.Produits horticoles : mieux réguler les importationsPour les filières horticoles, le Gouvernement entend mieux articuler les importations avec la disponibilité de la production nationale.Le calendrier de régulation des importations d’oignons, de pommes de terre et d’autres produits horticoles devra tenir compte des volumes effectivement disponibles sur le marché. Les autorisations d’importation seront conditionnées à la justification d’achats de produits locaux.Le renforcement du fonds de commercialisation de l’oignon et de la pomme de terre est également prévu. Ces mesures prolongent les efforts de régulation engagés lors de la précédente campagne, qui avaient contribué à assurer la disponibilité de plusieurs produits de consommation courante pendant huit à onze mois.Mécanisation, stockage et recherche agricoleLes engagements du Conseil interministériel portent également sur les moyens de production et les infrastructures nécessaires à la valorisation des récoltes.Le Gouvernement prévoit d’accélérer l’opérationnalisation du programme « Allo Tracteur » et de renforcer l’acquisition de matériels de récolte et de triage au profit des producteurs. La poursuite du programme de construction d’infrastructures de stockage frigorifique pour les produits horticoles figure également parmi les priorités.Les moyens d’intervention de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA) et de l’Institut national de pédologie (INP) devront être renforcés afin de soutenir la recherche agricole et l’amélioration des performances des filières.Traçabilité : vers la digitalisation progressive de la commercialisationLe renforcement du contrôle et de la transparence constitue le quatrième axe des décisions. Le Gouvernement prévoit d’engager, dès la campagne 2026-2027, une phase pilote de digitalisation de la commercialisation dans quelques départements.Cette première étape portera notamment sur l’enregistrement des points de collecte et des opérateurs, le suivi des volumes collectés et la traçabilité des paiements aux producteurs. Une évaluation devra intervenir avant la fin de la campagne, avant toute extension progressive du dispositif et l’introduction de récépissés d’entreposage électroniques.Pour la filière arachide, la lettre de voiture sera généralisée à tous les transports. Elle servira de document de traçabilité des flux entre les points de collecte, les huileries et les exportateurs.Les services compétents devront également renforcer la surveillance des zones de production et des axes frontaliers, en coordination avec les pays limitrophes. Les contrôles devront permettre de vérifier que le prix plancher est effectivement perçu par les producteurs et de prévenir les conflits d’intérêts lorsque des opérateurs de collecte interviennent aussi dans la fourniture d’intrants.Enfin, le budget prévisionnel de la campagne de production 2027-2028 devra être arrêté sans délai. L’objectif est d’anticiper la sélection des fournisseurs, les commandes d’intrants et le financement de la prochaine campagne, tout en intégrant l’assurance agricole aux programmes publics d’intrants.Un suivi attendu avant l’ouverture de la collecte arachidièreLes 20 engagements issus du Conseil interministériel dessinent une feuille de route qui associe financement, organisation des marchés, soutien aux filières, mécanisation et contrôle des opérations commerciales.Les prochaines semaines seront déterminantes pour leur traduction en mesures opérationnelles. La finalisation du financement de la SONACOS, le règlement des arriérés dus aux fournisseurs d’intrants, la mise en fonctionnement des points de collecte et le paiement des subventions aux riziers figurent parmi les dossiers qui appellent des réponses rapides.Le Premier ministre a chargé le Secrétaire général du Gouvernement d’assurer la coordination du suivi, de présenter un premier état d’exécution avant l’ouverture de la collecte arachidière et de rendre régulièrement compte des avancées.Pour les producteurs et les acteurs des chaînes de valeur agricoles, l’enjeu sera désormais de voir ces engagements se concrétiser sur le terrain, notamment à travers des paiements dans les délais, des débouchés sécurisés et une meilleure valorisation des productions nationales.Babacar Sene Journal Agropasteur (Source : décisions du Conseil interministériel sur la campagne de commercialisation 2026-2027, Dakar, 22 octobre 2026)
