À l’occasion de la Journée de la Terre et des Peuples, organisée dans le cadre de la 17e session de la Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), le Sénégal a plaidé pour une meilleure intégration des données d’observation de la Terre au service des trois grandes Conventions de Rio. Portée par Dr Amadou Sall, du Centre de Suivi Écologique (CSE) du Sénégal, au nom du Comité exécutif du Groupe sur l’observation de la Terre (GEO), cette déclaration est intervenue lors du lancement du réseau des Support Hubs et Technical Advisors de la CNULCD.« Une seule observation, trois conventions »Pour Dr Amadou Sall, l’articulation entre les Conventions de Rio ne constitue pas une construction institutionnelle à inventer. Elle est déjà inscrite dans la réalité du fonctionnement des écosystèmes et dans les données scientifiques disponibles.« Considérée depuis l’espace, la Terre ne distingue ni la désertification, ni l’érosion de la biodiversité, ni le dérèglement climatique ; elle présente un seul et même système terrestre », a-t-il souligné.Les mêmes séries temporelles d’observation satellitaire et les mêmes infrastructures géospatiales nationales permettent aujourd’hui de renseigner plusieurs catégories d’indicateurs. Il s’agit notamment des trois indicateurs de la neutralité en matière de dégradation des terres (NDT) — occupation des terres, dynamique de la productivité des terres et stocks de carbone organique des sols — consolidés dans l’indicateur ODD 15.3.1.Ces mêmes données contribuent également au suivi des objectifs du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal ainsi qu’aux inventaires du secteur des terres réalisés dans le cadre des contributions déterminées au niveau national (CDN) relatives au climat.D’où cette formule forte : « Une seule observation, trois conventions. »Selon le représentant du GEO, le principal défi ne réside donc plus dans l’existence des données, mais dans la cohérence de leur utilisation afin de mieux répondre aux besoins des États et de réduire la duplication des efforts.Le Sénégal, exemple concret de convergence des donnéesLe cas du Sénégal illustre concrètement cette convergence.Le pays a adopté en 2026 sa Stratégie et son Plan d’actions nationaux pour la biodiversité 2026-2030, alignés sur le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal. Parmi les données utilisées pour établir le diagnostic figure notamment l’estimation selon laquelle 34 % des terres agricoles nationales sont dégradées.Or, cette donnée provient du rapport national du Sénégal consacré à la neutralité en matière de dégradation des terres dans le cadre de la CNULCD.Cette situation montre, selon Dr Amadou Sall, que les politiques nationales de biodiversité utilisent déjà, dans la pratique, des données issues du suivi de la dégradation des terres. La convergence existe donc d’abord dans les systèmes d’information et dans les réalités territoriales.« Mesurer une fois pour rapporter trois fois »Cette convergence répond également à une nécessité opérationnelle pour les pays et les communautés. Sur le terrain, les populations ne vivent pas séparément la désertification, la perte de biodiversité et les effets du changement climatique. Ces phénomènes constituent pour elles une contrainte globale qui affecte simultanément les terres, les moyens de subsistance et la résilience des territoires. À l’inverse, les États sont encore amenés à produire des rapports distincts au titre des différentes conventions, avec des calendriers, des équipes et parfois des dispositifs de suivi différents, alors que les mêmes territoires et les mêmes données sont mobilisés. Le Sénégal fournit une illustration particulièrement significative avec les opérations de restauration des mangroves. Plus de 80 millions de plants de palétuviers ont été mis en terre en Casamance et dans le delta du Sine-Saloum. Un même hectare restauré contribue simultanément aux objectifs liés à la biodiversité, à la lutte contre la dégradation des terres et à l’action climatique. Pour Dr Amadou Sall, cette situation pose la question de la rationalisation du suivi : « Permettre aux pays de mesurer une fois pour rapporter trois fois. Dans cette perspective, le Groupe sur l’observation de la Terre entend mettre son expertise au service du réseau des Support Hubs. Cette contribution repose sur trois dimensions. La première est institutionnelle. Les décisions 2/COP.16 et 8/COP.16 appellent la communauté de l’observation de la Terre, notamment à travers l’initiative GEO-LDN, à renforcer sa collaboration avec les institutions régionales afin d’appuyer les Parties. La deuxième est scientifique et thématique. Plusieurs programmes spécialisés peuvent être mobilisés : GEO-LDN pour la dégradation des terres, GEO BON pour l’observation de la biodiversité, GEOGLAM pour l’agriculture et la sécurité alimentaire et GFOI pour le suivi des forêts. Ces initiatives peuvent s’appuyer sur des infrastructures et plateformes de données telles que Digital Earth Africa et GMES & Africa. La troisième dimension est liée à la portée internationale du GEO, qui compte 117 États membres, tous Parties à la CNULCD. Le Sénégal insiste toutefois sur une condition essentielle : l’appui international doit renforcer les dispositifs nationaux et non les remplacer. Les Support Hubs devraient ainsi travailler avec les institutions nationales de suivi, les centres de recherche et les universités. Les informations produites doivent également être utilisables aux niveaux territoriaux où les décisions sont effectivement prises : communes, départements et pôles territoriaux. Autre exigence : la durabilité des capacités. L’appui ne devrait pas se limiter à la durée des projets, mais permettre aux institutions nationales de conserver durablement les compétences et les outils nécessaires. La question de la souveraineté des États sur leurs données constitue également un principe central. Pour le Sénégal, les pays doivent pouvoir accéder non seulement aux produits finaux, mais aussi aux méthodes, aux chaînes de traitement et aux observations brutes nécessaires à leur validation, leur reproduction et leur actualisation. Le Sénégal prêt à jouer un rôle pilote Dans cette dynamique, le Sénégal s’est déclaré disposé à servir de pays pilote pour l’élaboration d’un ensemble restreint d’indicateurs communs aux trois Conventions de Rio, porté par ses propres institutions nationales. L’objectif ne serait pas de créer une nouvelle architecture institutionnelle, mais de faciliter le passage du rapportage à la planification, puis de la mise en œuvre au suivi des résultats et à l’évaluation de l’impact. Dr Amadou Sall a insisté sur un point : cette approche ne vise ni à fusionner les conventions, ni à créer de nouveaux mandats ou de nouvelles chaînes de rapportage. Chaque convention doit conserver son mandat, sa spécificité et son expertise scientifique.« Ce qui a vocation à l’unité, c’est l’appui », a-t-il résumé.Le GEO prêt à accompagner la mise en réseauAu nom du Comité exécutif du GEO, Dr Amadou Sall a proposé que l’organisation contribue à assurer la fonction de coordinateur (« convener ») du réseau des Support Hubs, en étroite collaboration avec le Secrétariat de la CNULCD. Une première échéance est envisagée en 2027, avec l’organisation d’un dialogue réunissant les Hubs et les Parties intéressées, ainsi que l’élaboration d’une feuille de route partagée avec le Secrétariat de la CNULCD. La mangrove, symbole d’une Terre qui ne se divise pas En conclusion, le représentant du Sénégal a choisi l’exemple de la mangrove pour illustrer la nécessité d’une approche intégrée. Pour une communauté de Casamance qui restaure une mangrove, celle-ci n’est pas seulement une question de biodiversité, de désertification ou de climat. Elle protège les sols, contribue au retour des ressources halieutiques et participe au stockage du carbone.« Ce sont les architectures institutionnelles qui la divisent en trois », a-t-il relevé. Le réseau des Support Hubs doit précisément contribuer à dépasser cette fragmentation, en permettant aux États de disposer d’un accompagnement plus cohérent et plus intégré.« . Que notre appui aux pays le soit également », a conclu Dr Amadou Sall. Cette déclaration a bénéficié des contributions des points focaux nationaux des trois Conventions de Rio au Sénégal, de la société civile sénégalaise et de la communauté scientifique. Une démarche qui traduit déjà, dans sa préparation, le principe défendu à Oulan-Bator : « chaque pays, ses trois points focaux, une seule conversation ».
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