À quelques jours de l’ouverture officielle de la 17ᵉ Conférence des Parties de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (COP17), prévue du 17 au 28 août 2026 à Oulan-Bator, une question demeure au cœur des préoccupations des organisations de la société civile (OSC) africaines : comment assurer une participation effective et inclusive lorsque les moyens financiers font défaut ?Placée sous le thème « Restaurer les terres, restaurer l’espoir », cette COP17 accorde une attention particulière à la restauration des terres, à la gestion durable des sols et au pastoralisme, dans un contexte marqué par l’accélération de la dégradation des terres et les effets du changement climatique. Elle intervient également dans le cadre de l’Année internationale des parcours et des pasteurs, donnant une résonance particulière aux préoccupations des communautés pastorales.À trois jours de l’ouverture de la conférence, les délégations commencent à affluer vers la capitale mongole. Près de 3 000 délégués représentant les 197 Parties à la Convention, ainsi que de nombreux observateurs et invités, sont attendus.Mais derrière cette mobilisation officielle se joue une autre bataille, moins visible : celle de la participation de la société civile qui se heurte aux contraintes financièresCertaines OSC africaines sont déjà présentes à Oulan-Bator, tandis que d’autres poursuivent leurs préparatifs pour plusieurs organisations. Cependant, le manque de financement, l’absence de sponsors ou les difficultés liées aux frais de transport et de séjour compromettent leur participation en présentiel.Cette situation pose une véritable question de justice et d’équité dans les grandes négociations internationales sur l’environnement. Le continent africain est parmi les plus durement touchés par la dégradation des terres, la désertification et les effets du changement climatique. Pourtant, les organisations qui représentent les communautés directement confrontées à ces phénomènes peinent parfois à accéder à la table des discussions faute de moyens.quel paradoxe là où la société civile veut peser sur les décisionsPour les OSC africaines, leur présence à la COP17 ne doit pas être symbolique. Elle doit permettre de porter la voix des communautés rurales, des femmes, des jeunes, des agriculteurs, des éleveurs et des populations dépendantes des ressources naturelles.Le Panel des OSC africaines, coordonné par sa présidente, Mme Ellen Otaru-Okoedion de la Tanzanie, constitue l’un des cadres de mobilisation de la société civile du continent. Son ambition est notamment de renforcer la coordination entre les organisations, de favoriser le partage d’expériences et de permettre aux acteurs de la société civile de mieux influencer les politiques publiques.La question du financement reste toutefois centrale. Une participation inclusive aux COP suppose que les organisations disposent des moyens nécessaires pour voyager, obtenir les visas, se loger, accéder aux espaces de négociation et organiser des événements parallèles.Sans ces ressources, le risque est de voir les mêmes acteurs disposer durablement d’une capacité d’influence supérieure, tandis que les organisations communautaires et africaines restent à distance des espaces où se prennent les décisions.Face à ces difficultés, plusieurs pays tentent de mieux organiser leur participation.Au Sénégal, un Panel des organisations de la société civile a été mis en place afin de renforcer la coordination et la préparation de la participation des OSC, en collaboration avec le point focal national de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification. Une dynamique qui s’inscrit également dans les préparatifs du pays en direction de la COP17.D’autres expériences sont également partagées entre organisations africaines, notamment sur les procédures d’accréditation, les délais de participation, les visas, la représentation des femmes et la préparation des contributions.Pour les organisations congolaises accréditées auprès de l’UNCCD, la préparation de la participation à la COP17 illustre également l’importance de l’anticipation administrative. Des représentants disposent déjà de leurs visas, permettant d’envisager leur présence à Oulan-Bator.La COP17 sera également l’occasion de valoriser les initiatives africaines de restauration des terres. La Grande Muraille Verte disposera ainsi d’un pavillon destiné à accueillir des événements parallèles consacrés à cette initiative panafricaine.Le pavillon sera placé sous la coordination de l’Agence panafricaine de la Grande Muraille Verte, avec l’appui de plusieurs partenaires, dont la Landscape Alliance, la Banque africaine de développement et l’UNCCD.Un événement ministériel de haut niveau consacré à la Grande Muraille Verte est également annoncé pour le 24 août, à l’occasion de la Journée de la finance.Ces espaces constituent des opportunités importantes pour présenter les expériences africaines, nouer des partenariats et rechercher de nouveaux financements en faveur de la restauration des terres.Des opportunités à saisir, mais qui ne remplacent pas un financement structurel Oulan-Bator,sont nombreuses ; la COP17 sera aussi un espace de rencontres, de partage d’expériences et de recherche de partenariats. Les organisations et experts cherchent des opportunités pour intervenir comme panélistes, modérateurs, traducteurs, rapporteurs ou conférenciers dans les événements parallèles.Ces possibilités peuvent contribuer à faciliter la présence de certains participants. Mais elles ne sauraient se substituer à un véritable mécanisme de financement de la participation de la société civile africaine.Car le problème est structurel : combien d’organisations porteuses d’expériences de terrain ne peuvent-elles pas participer simplement parce qu’elles ne disposent pas du billet d’avion, des frais de séjour ou des ressources nécessaires ?Pour plusieurs OSC africaines, cette COP17 pourrait ainsi devenir l’occasion de mettre en lumière un paradoxe : les populations les plus exposées à la dégradation des terres sont souvent représentées par des organisations qui disposent des moyens les plus limités pour participer aux négociations internationales.D’où l’idée, portée par certains acteurs de la société civile, d’interroger cette situation à travers le concept de « zéro financement » de leur participation.Il ne s’agit pas seulement de financer un déplacement. Il s’agit de permettre aux organisations de contribuer aux négociations, de produire des analyses, de défendre des propositions, de participer aux événements parallèles et surtout de faire remonter les réalités du terrain dans les espaces de décision.Il s’agira pour les OSC de participer autrement lorsque le présentiel devient impossible comme l’a si bien compris » babaclimat du Sénégal en initiant depuis la COP21 le concept « Suivre la COP à partir de chez vous » Pour celles et ceux qui ne pourront finalement pas rejoindre la Mongolie, la participation à distance demeure une possibilité. Des OSC africaines comptent ainsi suivre les sessions en ligne, partager leurs analyses et maintenir leur mobilisation autour des principaux enjeux de la COP17.Cette présence virtuelle ne doit cependant pas devenir la norme par défaut. La participation à distance ne saurait remplacer durablement la présence physique dans les espaces où se négocient les décisions qui auront des conséquences directes sur les territoires africains.La COP17 est donc plus qu’un rendez-vous diplomatique. Elle constitue un test pour la capacité de la communauté internationale à garantir une gouvernance réellement inclusive de la lutte contre la désertification.Trois COP, un même enjeu de participation en cette année 2026 qui est particulièrement importante pour les négociations environnementales internationales avec la tenue de trois grandes conférences : la COP17 sur la désertification à Oulan-Bator, la COP17 sur la biodiversité à Erevan, en Arménie, et la COP31 sur le climat à Antalya, en Turquie.Dans les trois processus, la question de la participation de la société civile restera déterminante.Il s’agira de renforcer leur participation aux COP qui n’est donc pas un simple enjeu logistique. C’est un impératif de développement, de transparence et de gouvernance inclusive.Pour l’Afrique, il s’agit surtout de faire en sorte que les femmes, les jeunes, les agriculteurs, les pasteurs et les communautés rurales ne soient pas seulement évoqués dans les discours, mais que leurs représentants puissent effectivement être présents là où se décident les politiques de restauration des terres et de lutte contre la désertification.À Oulan-Bator, la société civile africaine entend ainsi faire entendre sa voix. Mais pour qu’elle puisse réellement peser sur les décisions, encore faut-il lui donner les moyens d’être présente.Babaclimat Journal Agropasteur
