La 17e Conférence des Parties (COP17) de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), tenue du 17 au 28 août 2026 à Oulan-Bator, a constitué une occasion stratégique pour l’Alliance Nationale Femmes et Foncier du Sénégal (ANFF) de partager l’expérience sénégalaise en matière de sécurisation foncière des communautés et de promotion de l’accès des femmes à la terre.Représentée à cette COP17 par CICODEV Afrique et la Fédération Nationale des Femmes Rurales du Sénégal, l’ANFF a porté un message clair : la lutte contre la dégradation des terres et les effets des changements climatiques ne peut être pleinement efficace sans la reconnaissance et la sécurisation des droits fonciers des femmes, des jeunes, des peuples autochtones et des éleveurs.Cette participation intervient dans un contexte particulier marqué par l’Année internationale des parcours et des éleveurs ainsi que par l’Année internationale des femmes agricultrices proclamées par les Nations Unies. Elle s’inscrit également dans une dynamique internationale marquée par la succession des grandes conférences environnementales liées aux trois conventions de Rio.« Coordonnée par CICODEV Afrique, l’Alliance Nationale Femmes et Foncier met en œuvre depuis 2023 au Sénégal la campagne « Stand For Her Land » (S4HL), une campagne au cœur du plaidoyer sénégalais.Celle-ci vise à réduire l’écart entre les droits reconnus par les textes et les pratiques foncières, afin de garantir aux femmes une jouissance effective et sécurisée de leurs droits sur la terre.Déployée dans 25 communes réparties dans les 14 régions du Sénégal, la campagne s’appuie sur la formation, la mobilisation communautaire, la sensibilisation et le plaidoyer auprès des décideurs locaux et nationaux.De Fongolimbi, dans le Sud-Est, à Bokou Dialoubé, dans le Nord, en passant par les Niayes, Médina Sabakh, Taïba Niassène, Patar et Thiaré, les équipes de la campagne ont sillonné plusieurs territoires ruraux pour engager les communautés et accompagner les femmes dans leurs démarches d’accès et de sécurisation foncière.Après plusieurs années d’intervention, la campagne fait état de résultats jugés encourageants. Parmi ceux-ci figurent 4 488 délibérations foncières enregistrées dans les 25 communes ciblées, à la suite notamment de la formation de 50 relais chargés d’accompagner les femmes individuellement et collectivement.Plus de 5 000 personnes, femmes et hommes, ont également été touchées par les sessions de dialogue communautaire. Quatre boutiques pastorales ont été installées dans quatre communes cibles, dans une perspective d’autonomisation économique des femmes.Des résultats qui véritablement ont nourri le plaidoyer.La campagne a par ailleurs permis de sensibiliser 25 collectivités territoriales sur la nécessité de mettre en place des instances de décision plus inclusives, ainsi que plus de 50 élus et élues.D’autres initiatives ont porté sur les effets des changements climatiques sur les sites d’exploitation des femmes professionnelles de la pêche. Un forum de plaidoyer a également été organisé autour de la réhabilitation des terres affectées par les industries extractives et de leur éventuelle réaffectation au profit des femmes et des jeunes.Des défis encore nombreux malgré les avancées reconnus par l’ANFF . La question de l’exploitation des ressources naturelles et de ses conséquences sur les communautés figure parmi les principales préoccupations, notamment la réhabilitation des terres affectées par les industries extractives.L’accès à la terre des mères célibataires et des femmes veuves constitue également un enjeu majeur. L’Alliance plaide notamment pour des mécanismes de discrimination positive susceptibles de favoriser une gouvernance foncière plus inclusive.La sécurisation des droits fonciers des femmes et des jeunes apparaît enfin comme une condition essentielle de leur autonomisation et de leur transformation sociale et économique.Selon les données citées par l’Alliance, seulement 35 % des terres dans le monde disposent de droits formellement documentés, ce qui illustre l’ampleur du défi en matière de sécurisation foncière.À travers sa participation à la COP17, l’ANFF entend ainsi contribuer au plaidoyer mondial en faveur d’une meilleure reconnaissance des droits fonciers des femmes et des communautés. indispensables à la neutralité en matière de dégradation des terresPour l’Alliance, la reconnaissance et la sécurisation de ces droits constituent des leviers indispensables pour atteindre la neutralité en matière de dégradation des terres et renforcer la résilience des populations face aux changements climatiques.Créée en 2018, l’Alliance Nationale Femmes et Foncier du Sénégal regroupe 14 organisations, dont les quatre organisations faîtières de femmes les plus représentatives du pays ainsi que des organisations techniques et d’appui. Elle rassemble des acteurs de la société civile partageant une vision commune : contribuer à l’avènement, à l’horizon 2030, d’un Sénégal où femmes et hommes connaissent l’importance du respect des droits des femmes en matière d’accès, de contrôle, de sécurisation et de valorisation des ressources foncières.À Oulan-Bator, l’ANFF a donc fait de la COP17 une tribune pour partager l’expérience sénégalaise, capitaliser les acquis de la campagne Stand For Her Land et renforcer le plaidoyer en faveur d’une gouvernance foncière plus juste, inclusive et équitable.De l’expérience locale au plaidoyer international, l’enjeu reste le même : garantir aux femmes un accès effectif, sécurisé et durable à la terre pour construire des territoires plus résilients et plus inclusifs.Babaclimat Journal Agropasteur
