La restauration des pâturages dégradés ne peut se faire sans une implication pleine et effective des communautés pastorales, détentrices de savoirs et de pratiques indispensables à la gestion durable des territoires. C’est le principal message ressorti d’une table ronde consacrée à l’avenir du pastoralisme et à la restauration des terres.Animée par Ellen Otaru-Okoedion, de l’Association des journalistes environnementaux de Tanzanie, la rencontre a mis en lumière le rôle central des éleveurs dans la préservation des écosystèmes pastoraux, tout en soulignant les obstacles qui limitent encore leur accès aux financements, aux droits fonciers et aux espaces de décision.Dans son introduction, Ellen Otaru-Okoedion a rappelé que la restauration des pâturages dégradés représente à la fois une urgence environnementale et une opportunité économique, notamment pour les millions de personnes dont les moyens de subsistance dépendent directement des ressources pastorales.il s’agira de faire des communautés pastorales de véritables partenairesDans son discours liminaire, Matti Goldberg, du Woodwell Climate Research Center, a appelé à « jeter des ponts » entre la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) et les communautés pastorales.Trois domaines prioritaires ont été identifiés : les connaissances, en rapprochant les organisations internationales et la communauté scientifique des savoirs et pratiques des éleveurs ; le financement, en facilitant l’accès des communautés aux fonds et mécanismes de marché ; et les cadres d’action, en intégrant les objectifs de neutralité en matière de dégradation des terres (NDT) aux initiatives conçues et conduites par les communautés.Cette approche suppose de reconnaître les éleveurs non comme de simples bénéficiaires des politiques de restauration, mais comme des acteurs à part entière et des partenaires de la gestion durable des terres.Moins de 1 % des financements atteignent les communautés pastorales; ce constat dressé par Basele Stephen Galgesa, de la Pastoralist Goals Foundation, est particulièrement préoccupant. Selon lui, moins de 1 % des financements mondiaux consacrés au climat et à la restauration des terres parviennent directement aux communautés pastorales.Face à cette situation, il a plaidé pour un accès direct aux financements, la garantie des droits fonciers et de mobilité des éleveurs, ainsi que la reconnaissance et le soutien des savoirs autochtones et locaux.Pour Garima Rajpal, de l’initiative ClimAct, un changement de paradigme est également nécessaire : il faut passer d’une vision des éleveurs comme « bénéficiaires vulnérables » à celle de « partenaires de la restauration des terres ».Cela implique notamment de reconnaître leurs territoires et leurs paysages pastoraux, de garantir leur mobilité, de mettre effectivement en œuvre leurs droits, d’investir dans les communautés et de les associer aux processus de décision.L’expérience présentée par Tatiana Blanco Quiroga, de l’équipe Uru Uru, en Bolivie, a illustré concrètement la valeur des connaissances traditionnelles.Elle a évoqué les conséquences de l’exploitation minière dans sa région et montré comment le recours aux savoirs traditionnels et aux solutions locales fondées sur la nature (SfN) a contribué à améliorer la qualité de l’eau et à restaurer les terres dégradées.Cette expérience démontre que les communautés disposent déjà de solutions adaptées à leurs territoires, qui peuvent être renforcées par la science, les politiques publiques et des financements appropriés.Pour une participation effective des communautésDe son côté, Hanieh Moghani, du Centre pour le développement durable et l’environnement, a appelé à créer des espaces sûrs, légitimes et auto-organisés permettant aux communautés de participer pleinement et effectivement aux processus de la Convention.Elle a également insisté sur l’importance de mettre en place des financements accessibles, souples et adaptés aux pratiques définies par les communautés, sans discrimination, sanctions ni mesures coercitives unilatérales.Au terme des échanges, un message se dégage : restaurer les terres pastorales passe nécessairement par les communautés qui les vivent, les connaissent et les gèrent au quotidien. Leur donner une place centrale dans les politiques de restauration, garantir leurs droits et leur mobilité et leur permettre d’accéder directement aux financements apparaissent ainsi comme des conditions essentielles pour atteindre les objectifs de neutralité en matière de dégradation des terres et construire des territoires pastoraux plus résilients face au changement climatique.Babaclimat Journal Agropasteur
