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À Dakar, le 26 octobre 2026, les acteurs publics et privés ont validé la feuille de route nationale pour la décarbonation de l’industrie du ciment et du béton. Structuré autour de sept leviers et de 39 mesures, ce document stratégique ambitionne de réduire l’empreinte carbone d’un secteur essentiel à l’économie sénégalaise, tout en préservant sa compétitivité.Le Sénégal franchit une nouvelle étape dans sa volonté de concilier développement industriel, compétitivité économique et ambition climatique. Le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique (METE), à travers la Direction du changement climatique, de la Transition écologique et des Financements verts (DCCTEFV), a présidé, le 26 octobre 2026 à Dakar, l’atelier de validation de la Feuille de route nationale pour la décarbonation de l’industrie du ciment et du béton.Placée sous la présidence de Madeleine Diouf Sarr, directrice de la DCCTEFV, la rencontre a réuni les pouvoirs publics, les industriels du ciment et leurs partenaires autour d’un objectif commun : engager le secteur dans une trajectoire de réduction durable des émissions de gaz à effet de serre, en cohérence avec les ambitions climatiques du Sénégal à l’horizon 2050.Les travaux ont été marqués par les interventions d’El Hadji Diop, représentant national du Centre et Réseau des technologies climatiques (CTCN), d’Ousmane Mbaye, président-directeur général de Dangote Ciments Sénégal, représentant les cimentiers, d’Ababacar Mbaye, directeur général de la SONAGED, ainsi que de Samuel Tabane, directeur chargé du développement industriel, représentant le ministre de l’Industrie et du Commerce. Thomas Guillot, directeur général de la Global Cement and Concrete Association (GCCA), a également pris part à la rencontre en qualité d’invité de haut niveau et d’intervenant.Les différentes interventions ont souligné la nécessité d’une mobilisation concertée des pouvoirs publics, des entreprises et des partenaires techniques et financiers pour accélérer la transformation environnementale de l’industrie cimentière.Des émissions appelées à plus que doubler sans mesures adaptéesPrésentée par Laurent Grimmeissen, directeur du cabinet de conseil CEMENTIS, la feuille de route met en évidence l’ampleur du défi climatique auquel le secteur est confronté. Selon les estimations présentées, les émissions de l’industrie cimentière sénégalaise s’élevaient à 5,9 millions de tonnes de CO₂ en 2024. Sans mesures adaptées, elles pourraient atteindre 13 millions de tonnes en 2050.La fabrication du clinker, principal composant du ciment traditionnel, constitue la source majeure de ces émissions. Environ 60 % sont liés aux réactions chimiques intervenant lors de la transformation des matières premières, tandis que les 40 % restants proviennent essentiellement de l’énergie nécessaire à la cuisson.Cette réalité impose une transformation progressive des procédés de fabrication, une meilleure maîtrise de la consommation énergétique et le recours à des solutions technologiques moins émettrices de carbone.Élaborée avec l’appui technique du CTCN et le financement de l’Union européenne, la feuille de route propose ainsi sept leviers stratégiques déclinés en 39 mesures pour accompagner la transition du secteur vers la neutralité carbone.Le ciment LC3, un levier prioritaire de réduction des émissionsParmi les solutions identifiées, la réduction de la teneur en clinker dans le ciment occupe une place centrale. Le recours au ciment LC3, associant notamment du calcaire et de l’argile calcinée, constitue l’une des pistes mises en avant pour diminuer significativement les émissions liées à la production.Selon les données présentées lors de l’atelier, ce levier représente à lui seul 27 % du potentiel total de réduction des émissions identifié dans la feuille de route.D’autres mesures viennent compléter ce dispositif, notamment l’amélioration de l’efficacité énergétique des installations, le développement des énergies renouvelables, la carbonatation du béton et le recours à des technologies émergentes. Leur mise en œuvre devra permettre de réduire progressivement l’empreinte carbone de la production tout en tenant compte des réalités techniques et économiques des cimenteries.Au-delà des procédés industriels, les échanges ont également mis en lumière le potentiel de la valorisation énergétique des déchets. Utilisés comme combustibles alternatifs, certains déchets peuvent se substituer partiellement aux combustibles fossiles employés dans les fours des cimenteries.Un enjeu important se dessine toutefois pour le Sénégal : développer une filière locale d’approvisionnement en déchets valorisables. Une partie des déchets utilisés actuellement par les cimenteries serait importée d’Angleterre, selon les informations évoquées au cours des discussions.Face à cette situation, les industriels ont appelé la SONAGED à saisir cette opportunité en renforçant les infrastructures de collecte, de tri, de traitement et de valorisation des déchets. L’objectif est de favoriser l’émergence d’une chaîne d’approvisionnement nationale capable de répondre aux besoins des cimenteries, tout en contribuant à une meilleure gestion des déchets.Les participants ont également insisté sur le rôle de l’État, notamment du ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, dans la mise en place d’un cadre normatif adapté. Des règles claires et appropriées sont nécessaires pour encadrer l’utilisation de combustibles alternatifs, garantir le respect des exigences environnementales et sécuriser les investissements.La validation de cette feuille de route constitue une étape importante pour l’avenir de l’industrie du ciment et du béton au Sénégal. Elle fixe des orientations et identifie des solutions susceptibles de réduire les émissions d’un secteur stratégique pour la construction et le développement des infrastructures.Le défi réside désormais dans la traduction de ces orientations en actions concrètes. Cela suppose de mobiliser les investissements nécessaires, d’accompagner les entreprises dans l’adoption de technologies plus propres et de renforcer la coordination entre les acteurs publics et privés.À l’horizon 2050, la réussite de cette transition dépendra autant de la pertinence des solutions techniques que de la capacité des acteurs à les déployer à grande échelle. Pour le Sénégal, l’enjeu est de faire de la décarbonation du ciment et du béton un levier de modernisation industrielle, de compétitivité économique et de contribution à l’effort mondial de lutte contre le changement climatique.Babaclimat Journal Agropasteur

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