0 8 minutes 6 heures
Spread the love

Président du Bureau Exécutif National de l’Association NODDE NOOTO (A2N) à Niamey (Niger), point focal de l’Année internationale des parcours et des pasteurs (IYRP) pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, et représentant des organisations professionnelles d’éleveurs pastoraux, Harouna Abarchi a pris part à la 6e édition de Désertif’Action, tenue à Djerba en Tunisie où il a présenté une communication sur « les enjeux du pastoralisme face à la sécheresse ».Dans un entretien accordé au Journal Agropasteur , il revient sur les défis du secteur, les attentes des éleveurs,  les perspectives ouvertes par l’Année internationale des parcours et des pasteurs sur  les enseignements majeurs tirés  de Désertif’Action 2026, , sur la création des Fédérations nationales des communes pastorales notamment au Niger  , sur  les impacts de la sécheresse sur le pastoralisme , une solution  à la désertification, sur le suivi d’effets des  engagements internationaux en faveur du pastoralisme et le rôle de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD)  et sur la transhumance ; Autant de questions sur lesquelles M Harouna Abarch est largement revenu avant de conclure par souhaiter  que les décisions issues de Désertif’Action soient réellement appliquées.

Agropasteur: Vous avez participé à Désertif’Action 2026 à Djerba. Quels enseignements majeurs en tirez-vous ?

Harouna Abarchi :
Cette conférence mondiale sur la désertification, la dégradation des terres et la sécheresse est capitale. Ces enjeux constituent une infrastructure essentielle, car ils conditionnent la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau, les moyens de subsistance et même la stabilité des territoires. Lorsque les terres se dégradent, l’insécurité progresse, avec des pertes de moyens de subsistance, des déplacements forcés et une pression accrue sur des ressources déjà rares.

Agropasteur : Quel lien faites-vous avec l’Année internationale des parcours et des pasteurs ?

H.A. :
Cette année internationale représente une opportunité unique de faire passer les parcours et les moyens de subsistance pastoraux de la simple sensibilisation à l’action concrète. Il faut rappeler que les parcours couvrent plus de la moitié de la surface terrestre, soutiennent environ 500 millions de personnes et contribuent à près d’un sixième des besoins nutritionnels mondiaux. Pourtant, ils restent parmi les écosystèmes les plus négligés et les plus dégradés.

C’est donc une occasion majeure pour accélérer les politiques de gestion durable, de restauration et de conservation, tout en mettant en lumière les besoins réels des communautés pastorales.

Agropasteur : Concrètement, quels sont les impacts de la sécheresse sur le pastoralisme ?

H.A. :
Chaque année, les sécheresses affectent profondément notre secteur : dégradation des pâturages, assèchement des points d’eau, mortalité du cheptel, faim et soif. Cela entraîne un appauvrissement généralisé des pasteurs.

Face à la raréfaction des ressources, les éleveurs sont contraints de se déplacer vers des zones plus favorables, ce qui accentue les tensions et les vulnérabilités.

Agropasteur: Le pastoralisme peut-il être une solution à la désertification ?

H.A. :
Absolument. Le pastoralisme est une solution en soi. Grâce à la mobilité du bétail, il existe un processus naturel de régénération des écosystèmes. Les animaux contribuent à la dispersion des graines, à la fertilisation des sols à travers les déjections, et à la reconstitution de la biomasse herbacée.

Cette dynamique permet d’entretenir la biodiversité et de restaurer les pâturages. Le pastoralisme est donc un levier écologique puissant, souvent sous-estimé.

Agropasteur : Les engagements internationaux en faveur du pastoralisme sont-ils suivis d’effets ?

H.A. :
Les discours sont généralement favorables, mais leur traduction sur le terrain reste insuffisante. Nous sommes encore en deçà des attentes.

Par exemple, il est reconnu que près de 70 % des ressources du Fonds pour l’environnement mondial concernent les zones arides, où le pastoralisme est dominant. Logiquement, ces ressources devraient bénéficier davantage aux pasteurs. Mais dans la pratique, cela reste limité.

Agropasteur: Quelle est votre lecture du rôle de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) ?

H.A. :
La CNULCD appelle régulièrement à la participation des organisations d’éleveurs. C’est une avancée importante, car elle reconnaît la nécessité d’aborder le pastoralisme dans sa dimension holistique.

Cependant, la vraie question reste : comment assurer cette participation ? Nous avons besoin de moyens concrets pour être présents, pour porter nous-mêmes nos voix et ne plus laisser d’autres parler à notre place.

Agropasteur: Justement, que manque-t-il aux organisations d’éleveurs ?

H.A. :
Nous avons besoin d’appui et d’accompagnement pour participer massivement aux instances internationales. Cela permettra d’assurer une représentativité réelle et de défendre efficacement nos intérêts.

Nous devons renverser la tendance actuelle et faire de ces espaces un cadre de plaidoyer porté directement par les pasteurs.

Agropasteur: La coïncidence entre la COP17 et l’Année internationale est-elle une opportunité ?

H.A. :
C’est une excellente opportunité. Le fait que la COP17 de la CNULCD coïncide avec l’Année internationale des parcours et des pasteurs renforce la visibilité du pastoralisme et favorise son intégration dans les agendas politiques.

Agropasteur: Les organisations d’éleveurs sont-elles prêtes ?

H.A. :
Oui, nous sommes prêts. Plusieurs structures ont déjà formulé des recommandations et des déclarations qui seront portées à l’échelle internationale. Cela nous donne de l’espoir quant à la qualité de notre participation, notamment lors des prochaines rencontres en Mongolie.

Agropasteur: Quel regard portez-vous sur la transhumance ?

H.A. :
La reconnaissance de la transhumance est une avancée majeure. Au Niger, elle est pleinement pratiquée et s’inscrit dans une dynamique transfrontalière avec des pays comme le Bénin, le Burkina Faso, le Nigeria ou encore le Tchad.

Nous souhaitons participer activement aux colloques scientifiques sur cette question, car ils constituent des espaces importants de réflexion et de valorisation.

Agropasteur: Que pensez-vous de la création des Fédérations nationales des communes pastorales ?

H.A. :
C’est une très bonne initiative. Plusieurs pays, comme le Sénégal, le Bénin, le Togo ou la Côte d’Ivoire, sont déjà engagés dans cette dynamique.

Nous comptons nous en inspirer pour créer une Fédération nationale des communes pastorales au Niger, afin de mieux structurer et défendre les intérêts du secteur.

Agropasteur: Un dernier mot ?

H.A. :
Nous souhaitons que les décisions issues de Désertif’Action soient réellement appliquées. Le pastoralisme est un système de production essentiel et doit être reconnu comme tel.

Il doit devenir une priorité des politiques publiques. J’invite tous les acteurs à s’engager pleinement, en perspective de la COP17 et de l’Année internationale des parcours et des pasteurs.

Entretien réalisé par Babacar Sene Journa Agropasteur

Laisser un commentaire